Pénurie d'huile de tournesol : arachide ou coco, comment cuire ses frites autrement, sans choquer les gens du Nord

Huile d'arachide, de coco, de pépin de raisin mais aussi au four, avec de la végétaline ou du gras de boeuf... Tour d'horizon de ce qu'on peut utiliser pour faire des frites à la maison sans huile de tournesol, frappée par la pénurie.

La pénurie d'huile de tournesol commence à avoir raison des amateurs de frites. En effet, depuis quelques semaines, trouver ce produit relève du parcours du combattant.

En cause, la dépendance de la France à l'Ukraine et la Russie, exportatrices de cette huile devenue un élixir rare. Désormais, il faut parfois faire plusieurs supermarchés et épiceries pour réussir à dénicher une bouteille, qu'on retrouve à des prix plus élevés que la moyenne. 

Dans le Nord, temple de la frite française, la question de trouver une alternative se pose. 

Huile d'arachide, de pépin de raisin, de coco... 

Si vous souhaitez à tout prix manger vos frites maison, il existe des substituts à l'huile de tournesol, habituellement utilisée car elle supporte très bien les hautes températures et permet d'avoir des frites de bonne qualité.

Mathilde Desprez, diététicienne à domicile dans la région de Lens, conseille celle à l'arachide ou aux pépins de raisin, "qui supportent bien les températures élevées". L'huile de coco est toute aussi bonne, et contrairement aux idées reçues, ne laisse pas d'arrière-goût. "Elle est neutre", précise-t-elle. 

Attention toutefois, car comme le rappelle Sylvia Colas, gérante de la friterie Les Maqueux D'Frites à Samer (Pas-de-Calais), il faut s'assurer que personne autour de vous ne soit allergique à l'huile d'arachide, "c'est ce qui coûte le moins cher, mais il y a beaucoup de monde qui est allergique, il faut faire attention."

Huile de coco, de pépin de raisin, d'arachide ? Au moment de faire le choix, on est tenté de se demander laquelle est la meilleure pour la santé. Pour la diététicienne, "toutes les huiles se valent, il n'y en a pas une mieux que l'autre, ce sont des à priori." Il faut simplement "varier car chaque huile est indispensable et a des bienfaits différents.

À côté, la Mathilde Desprez déconseille l'huile d'olive, de colza et de noix, qui "ne supportent pas la haute température" et qu'il faudrait mieux utiliser "pour des assaisonnements". Par ailleurs, "l’huile d’olive se travaille surtout froide", explique Sylvia Colas.

Les autres alternatives : le gras de bœuf et la végétaline 

En attendant le retour de l'huile de tournesol, on peut lui substituer le gras de bœuf, qu'utilisent de nombreux restaurateurs, comme La Friterie Orchésienne (Nord). Elle donne "un bon goût" d'après son gérant et les retours de sa clientèle. "C'est de chez nous, c'est une cuisson à l'ancienne, poursuit-il. Je pense que beaucoup de friteries y ont recours". C'est aussi le cas de Maqueux D'Frites. 

Mathilde Deprez, notre diététicienne, rappelle néanmoins que le gras de bœuf "reste une graisse" qu'il faut utiliser avec modération dans le cadre d'une consommation personnelle. "D'un point de vue nutritionnel, ça ne va pas changer, c'est surtout au niveau du goût qu'on verra la différence".

On peut aussi opter pour la végétaline en pain, qu'utilise Sylvia Colas à la maison, et qui convient "à tous les régimes alimentaires et à toutes les confessions religieuses", précise la diététicienne. 

L'huile de palme ? À déconseiller

Si certains commencent à penser à l'huile de palme, Peggy Merlevelde, co-gérante de la Friterie hersinoise à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais), alerte sur les conséquences qu'elle a sur la santé, en plus de celles sur l'environnement. "Je la déconseille, c'est cancérigène, il y a tout un tas d'articles dessus, prévient-elle. Ça provoque des problèmes de santé".

L'huile de palme, c'est l'alternative pas chère, mais je préfère ne pas manger de frites qu'en faire avec

Mathilde Desprez, diététicienne

Penser à la cuisson au four

C'est l'alternative qui hérissera probablement les poils des grands amateurs de frites : la cuisson four. La diététicienne relativise : "Il faut essayer de changer ses plaisirs gustatifs. Dans tous les cas, la pénurie est temporaire et on retrouvera le plaisir de manger ses frites dans quelques semaines." Certaines marques de surgelé proposent déjà ce mode de cuisson, comme le rappelle le gérant de la friterie Orchésienne. 

On peut aussi pencher vers des recettes alternatives que Mathilde Desprez conseille à ses patients, à l'image des marinades à la patate douce. "Il y a un côté très sucré, très ludique pour les enfants", indique-t-elle. Pour ce faire, "il faut couper les patates douces en forme de frites, mettre un peu d'huile d'olive, d'herbe de Provence et de paprika, les mettre au four et les retourner à mi-cuisson". Une recette beaucoup plus diététique car "on contrôle l'ajout de matière grasse et ça évite le bain d'huile. C'est un plaisir contrôlé". 

Pour celles et ceux qui souhaitent continuer à déguster leurs frites dans des restaurants, il se peut que les prix augmentent prochainement. Certaines friteries ont déjà dû ajouter quelques euros à leur carte. "Je suis à perte, déplore Malika Kadri, responsable chez Chic Frite à Dunkerque (Nord). Si ça continue comme ça, on sera obligé d’augmenter les prix". Autour de Sylvia Colas, les prix ont déjà commencé à grossir. Elle craint de devoir faire la même chose dans les semaines avenir.