Plus de 6 ans après la mort de Nicolas, un renforcement de la sécurité au passage à niveau n'est toujours pas prévu à Wavrin

Le 17 octobre 2016, un adolescent de 15 ans a perdu la vie, fauché par un train en traversant le passage à niveau près de la gare de Wavrin, au sud de Lille. A l'issue d'une réunion entre les acteurs publics et la SNCF, il a été décidé de ne pas changer la structure actuelle.

Les parents de Nicolas dénoncent une décision "intolérable". Le 17 octobre 2016, Denis Cottin et Muriel Danel ont perdu leur fils de 15 ans dans un accident tragique. Alors qu'il traversait le passage à niveau de la gare de Wavrin pour attraper son train en direction de Lille, Nicolas s'est fait faucher par un train arrivant à 100 km/h. Depuis, ses parents se battent pour que ce passage à niveau soit davantage sécurisé, mais ils ne parviennent pas à obtenir de changements.

"Ce n'est pas pour nous qu'on le fait, nous, on ne le prend plus ce passage à niveau, souligne Denis Cottin, le père de Nicolas. On se bat pour les familles qui ne sont pas prises en considération. Ce qu'on veut, c'est que ça ne se reproduise pas, qu'il n'y ait pas un autre Nicolas !"

Le 4 avril dernier, une réunion organisée par la préfecture du Nord, qui joue le médiateur entre les différentes parties, a rassemblé quatre acteurs : le maire de Wavrin Alain Blondeau, Franck Dhersin, le vice-président de la région Hauts-de-France en charge des mobilités, des infrastructures de transport et des ports, des représentants de la Métropole Européenne de Lille (MEL) et d'autres pour la SNCF.

Franck Dhersin explique sa présence : "J'étais là pour apporter mon soutien à la famille qui n'était pas invitée à cette réunion. Mais les passages à niveau ne sont pas de la compétence de la région. Cela revient à la SNCF et à la MEL." Il explique que lors de cette réunion, il n'a pas été décidé de faire quelque chose de plus que ce qui est déjà en cours, notamment pour rendre l'information concernant le danger plus visible pour les usagers.

Les parents de Nicolas ont été conviés à la préfecture à l'issue de cette réunion. Ils ont été informés que leur proposition de la construction d'un passage souterrain pour les piétons avait été refusée, ainsi que celle de mettre deux demi-barrières supplémentaires au passage à niveau. 

Il y a actuellement deux demi-barrières pour arrêter les voitures et une barrière piéton. Grâce à un rapport officiel, ils ont pu constater que ces installations ne sont pas suffisantes. Plus d'une dizaine de piétons contournent ces barrières chaque jour pour aller sur la voie d'en face et prendre le train. Les parents de Nicolas proposaient d'installer deux demi-barrières supplémentaires pour complètement fermer le passage à niveau lorsqu'un train doit passer et un passage souterrain pour permettre aux piétons d'accéder aux voies même si un train s'apprête à passer.

Deux difficultés empêchent la MEL et la mairie de s'engager dans cette voie. D'un côté, le coût : il faudrait débourser 8 millions d'euros pour construire un passage souterrain. De l'autre, le deuxième point d'arrêt des trains à Wavrin. La halte-gare de La Fontaine, à 1 km de la gare du centre-ville.

Supprimer une gare pour plus de sécurité dans une autre

En plaçant deux demi-barrières supplémentaires, leur temps d'ouverture et de fermeture serait plus long. Il faudrait donc déplacer le capteur qui déclenche leur fermeture en amont afin que les barrières aient le temps de se fermer. Cela signifierait donc que le capteur se situerait avant la gare de La Fontaine et que le temps que les passagers montent et descendent du train à La Fontaine, les barrières resteraient fermées, jusqu'à l'arrivée du train en gare de Wavrin. Cela augmenterait le temps d'attente des voitures et des piétons pour traverser le passage à niveau et le maire refuse de laisser passer cela.

Les personnes en faveur de ces quatre demi-barrières à Wavrin proposent de supprimer la gare de La Fontaine, car elle n'est utilisée que par une dizaine de personnes par jour (contre 400 à Wavrin). Ainsi, le capteur pourrait être placé plus tôt sur le chemin, mais n'augmenterait pas le temps d'attente pour les voitures et piétons au passage à niveau. 

Selon nos informations, cette solution ne convient pas à la mairie de Wavrin.

Une autre possibilité serait de réduire la vitesse des trains de 100 à 80km/h pour que les quatre demi-barrières aient le temps de se fermer même si le capteur reste entre Wavrin et La Fontaine. 

Le refus d'améliorer cette sécurisation met les parents de Nicolas en colère : 

Mon fils serait encore en vie s'il y avait quatre demi-barrières ! Il aurait été stoppé et il aurait vu le train arriver. On estime que la vie d'un Wavrinois ne vaut pas la peine de débloquer 8 millions d'euros pour la construction d'un passage souterrain ou de prendre des décisions politiques comme le fait de fermer une gare qui ne sert qu'à une dizaine de personnes.

Denis Cottin

"On désécurise la gare où il y a le plus d’usagers du TER pour 12 usagers à La Fontaine", remarque Muriel Danel qui reste dans l'incompréhension face à cette décision.

Pour tenter à nouveau de se faire entendre, les parents prévoient de prendre rendez-vous avec Thierry Coquil, directeur général des infrastructures, des transports et des mobilités, qui dépend du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.

On a toujours espoir qu’enfin, ils réalisent qu’il faut sécuriser le lieu. Là, c’est se moquer de la sécurité d’une manière générale.

Muriel Danel

Contactée, la mairie de Wavrin n'a pas donné suite à nos demandes d'interview.

Concernant le volet judiciaire de cette affaire, la SNCF a été renvoyée devant le tribunal correctionnel pour "homicide involontaire par personne morale" en mars dernier. Selon l'enquête, il leur est reproché d'avoir "involontairement causé la mort" de l'adolescent, notamment par "négligence" ou "manquement à une obligation de sécurité". La date du procès n'a pas encore été fixée.

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