Des psychologues "de rue" au chevet des jeunes

A Roubaix ou dans le bassin minier, des psychologues "de rue" vont à la rencontre des ados. L'après Covid est encore difficile à gérer pour ces jeunes qui souffrent - entre autres - de phases de déprimes voire de dépression plus fréquentes. Le dispositif, mis en place par deux associations, a l'intérêt de désacraliser le métier de psy et de venir en aide à des publics parfois cruellement en manque de soins. Reportage.

Dylan, 12 ans, a été renvoyé du collège après une bagarre. "Il m'a insulté, je l'ai frappé", se justifie-t-il face à une "psychologue de rue" qui sillonne Roubaix au contact des jeunes comme lui et qui lui propose un rendez-vous.

Depuis 2019, Marion Zeghdoudi arpente Roubaix huit heures par semaine à la rencontre d'une jeunesse coupée des structures de santé mentale classiques et toujours marquée par la pandémie du Covid-19.

Dans la rue... On débroussaille, on repère les situations à risque. Mais pour comprendre d'où vient cette violence, j'ai besoin d'être dans mon bureau

Marion Zeghdoudi

"Dans la rue, c'est un premier contact. On débroussaille, on repère les situations à risque. Mais pour comprendre d'où vient cette violence, j'ai besoin d'être dans mon bureau", explique la psychologue en arpentant le quartier du Fresnoy et ses enfilades de maisons mitoyennes en briques rouges.

Les publics qu'elle accompagne sont "en voie de marginalisation", avec des problématiques "sociales, psychologiques, familiales", note-t-elle.

Des garçons sont rassemblés autour d'une voiture. "Pas besoin de psy, on a des petites copines pour parler, des amis, c'est bon..." La jeune femme, toujours accompagnée d'éducateurs, n'insiste pas. Elle reviendra.

"Un lien de confiance doit se créer", débriefe-t-elle. "Il ne faut pas les prendre de haut", mais  "s'intéresser à eux avec conviction et authenticité", ces jeunes ont besoin de "réassurance".

Désacraliser le psy

Embauchée par une association d'éducation et de prévention (AEP), son but est de "repérer" les profils à risque et de "désacraliser" le rôle du psychologue pour lancer la démarche de soins avant une prise en charge par les structures habituelles.

"Ça a été très enrichissant cet 'aller vers' les jeunes. J'ai bénéficié du travail en amont des éducateurs qui connaissent les jeunes" explique rétrospectivement Marion Zeghdoudi. "Mais sur les 150 jeunes que nous avons ensuite suivis chaque année via au minimum trois entretiens, il y a réellement eu de beaux retours". 

Comme cette ado, à l'instar de plusieurs autres, qui lui a confié se sentir désormais "libérée au niveau de la parole" depuis qu'elle a été "écoutée sans jugement" ou comme cette mère de famille venue également dans les locaux de l'association pour une problématique liée à son enfant : "Je la revois dans la rue accompagnée par des amies, je salue le groupe mais ne m'attarde pas sur elle pour ne pas révéler l'existence de nos entretiens... Et elle, elle me prend par le bras avec le sourire pour me présenter comme sa 'psy' à ses copines". 

Je la revois dans la rue accompagnée par des amies, je salue le groupe mais ne m'attarde pas sur elle pour ne pas révéler l'existence de nos entretiens... Et elle, elle me prend par le bras avec le sourire pour me présenter comme sa 'psy' à ses copines

Marion Zeghdoudi à propos d'une mère qui l'avait consultée

Ou encore, cette adolescente qui lors d'une visite du préfet et de la sous-préfète, salue Marion avant de demander qu'on l'augmente pour le travail qu'elle fait. Autant d'exemples qui montrent l'intégration de "la psy de rue" dans le quartier. 

Mais les psychologues de rue "ne se substituent pas au parcours de soins classiques", ils pallient "des délais d'attente trop long" vers les Centres médico-psychologique (CMP), résume Sadek Deghima, président de l'association Avenir des Cités à Harnes, Billy-Montigny et Sallaumines (Pas-de-Calais), dans le bassin minier, un club de prévention de la délinquance.

Ces professionnels comblent un manque "pour un public qui ne s'y rend pas spontanément", "qui se dit : les psys c'est pour les riches ou pour les fous". "Désarmée" face à des adolescents qui, à la sortie du Covid, "n'allaient pas bien" - "plus irritables", "plus anxieux" - l'association a embauché en février Célya Moungari, psychologue de rue.

Les cas de dépression ont connu un bond sans précédent après le Covid-19 selon une récente étude publiée par l'agence Santé publique France : deux fois plus d'épisodes dépressifs chez les 18-24 ans, un cinquième des personnes interrogées.

"Stress, dépression, harcèlement"

À Harnes, deux éducateurs accompagnent Célya Moungari à la rencontre d'adolescents de la cité Bellevue, une cité pavillonnaire encore marquée par l'exploitation minière. "Les usines ferment, le chômage est élevé, c'est un public en grande précarité", décrit l'un d'eux, Nordine Lagragui, en traversant le quartier. "Les gamins étaient déjà 'border'. Avec le confinement, ils ont dépassé les bornes."

Quand la psychologue aborde les adolescents, la discussion est "informelle". "Il faut sortir de la logique du guichet qui ne parle pas aux jeunes", dit-elle en se présentant aux élèves à la sortie du collège.

En fait t'es comme nous, t'es pas froide derrière ton bureau

Célya Moungari, à propos du retour que lui font de jeunes collégiens

"Souvent, ils commencent par me parler de mes baskets, disent 'en fait, t'es comme nous, t'es pas froide derrière ton bureau", témoigne la jeune femme. "Je dois trouver un équilibre, gagner en proximité, mais maintenir le cadre."

Elle pointe parmi ces jeunes habitants des "problématiques adolescentes", "troubles du comportement alimentaire, anxiété, stress, dépression, harcèlement".

Elle assiste aussi aux activités organisées par les éducateurs, repère cette jeune qui s'isole du groupe, se dévalorise, lui propose alors de travailler son estime de soi. "Ils se rendent compte qu'il ne faut pas avoir de gros problèmes ou être fou pour voir un psy. C'est aussi pour mieux se connaître."

Avec AFP

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