"Un simulacre de démocratie" selon ses opposants : un projet de construction de 295 logements fait débat à Hem

Sur la table depuis quinze ans, le projet de la "Tribonnerie 2" à Hem pourrait finalement voir le jour très prochainement. Une accélération du calendrier qui accroît les tensions entre Métropole, Ville et opposition, notamment autour du sujet de l'artificialisation des sols.

D'ici 2026, une partie des champs qui encadrent l'avenue de l'Europe à Hem pourraient disparaître. Depuis près de quinze ans, la Métropole européenne de Lille (MEL) et la mairie de Hem œuvrent sur un projet de création de logements, la Tribonnerie 2, extension du quartier du même nom situé au nord de la ville.

Sur les 22 hectares de cultures plantées au centre de Hem, 9 seraient utilisés pour construire 295 nouveaux logements. Une réponse apportée par les autorités locales face à la crise du logement, qui toutefois ne fait pas l'unanimité.

2700 demandes de logement

"On a reçu 2700 demandes de logement à Hem depuis 2020, dont 1421 en premier et deuxième choix. On ne peut pas rester les bras croisés". Francis Vercamer, maire de Hem (UDI) et vice-président de la MEL, justifie le projet Tribonnerie 2. Un projet qui, au départ, devait s'étendre sur 12 hectares, avant d'être progressivement amené à 9 après des concertations avec les habitants et "pour respecter les règles d'urbanisme".

Les friches de la ville ont toutes déjà été traitées et à part ces neuf hectares de terre, il n'y a pas d'autre façon de créer de l'habitat ailleurs que dans les zones déjà construites.

Francis Vercamer, maire de Hem (UDI)

Selon l'élu, le projet vise à "mieux répartir les logements", pour éviter une densification des zones déjà construites. "Construire oui, mais construire où ? Les friches de la ville ont toutes déjà été traitées et à part ces neuf hectares de terre, il n'y a pas d'autre façon de créer de l'habitat ailleurs que dans les zones déjà construites."

Voir par-delà la commune

Une affirmation que l'association "La Tribonnerie autrement", qui s'oppose au projet de construction, tend à infirmer. "Il faut se mettre à l'échelle de la MEL... À deux pas de la Tribonnerie 2 se trouve Villeneuve-d'Ascq où des friches et des entrepôts sont encore à valoriser", souligne Géraud Doyelle, président de l'association et ancien membre d'opposition du conseil municipal de Hem. "Il faut réhabiliter le mobilier urbain et les zones déjà bétonnées autour de la commune."

Autre argument avancé par l'ex-élu : les 90 logements déjà en cours de construction juste au-dessus du quartier de la Tribonnerie. Géraud Doyelle l'affirme, le dernier plan local de l'habitat (PLH) - qui régit la construction des logements dans les communes - a "déjà rempli son contrat. Il n'y a plus besoin de construire du neuf à Hem".

Quid des agriculteurs ?

L'étalement urbain constitue l'une des principales inquiétudes de l'opposition à la Tribonnerie 2. "Il s'agit d'un projet qui va totalement à l'encontre des lois et des objectifs pris par l'État et la MEL en matière environnementale", fustige Géraud Doyelle, qui dénonce aussi un risque pour les zones humides en contrebas des champs, pour la pollution aux particules fines à cause de la hausse du nombre de voitures et pour le respect des terrains agricoles. Des constatations que partagent la chambre d'Agriculture et la CDPENAF (commission départementale de préservation des espaces naturels agricoles et forestiers), qui ont toutes deux émis un avis défavorable au projet.

Au lieu de créer des immeubles, les agriculteurs pourraient vendre leurs terres à des maraîchers, pour ne pas perdre de cultures.

Géraud Doyelle, président de l'association La Tribonnerie autrement

Des "arguments politiciens" selon le maire de la commune, qui accuse l'association de ne pas considérer les bienfaits du projet pour les habitants et notamment pour les agriculteurs. "Deux des trois personnes qui cultivent la zone ont plus de 80 ans et seraient heureuses de vendre leurs terres pour toucher une indemnité d'éviction." Ce à quoi Géraud Doyelle rétorque : "au lieu de créer des immeubles, les agriculteurs pourraient vendre leurs terres à des maraîchers, pour ne pas perdre de cultures."

Le temps de "l'approbation"

Après quinze ans de délibérations, une étape clé doit être votée ce mois-ci par les conseils municipal et métropolitain : la création de la ZAC (zone d’aménagement concertée), qui délimitera entre autres le périmètre du chantier et son financement... "Alors même que l’avis du commissaire enquêteur sur la révision du plan local d’urbanisme (PLU) n’a pas été rendu", relève un communiqué de l'association publié ce lundi 4 décembre 2023. "Ce projet de création sera donc peut-être incompatible avec le PLU." Un document qui définit pourtant les grandes orientations et les réglementations des constructions dans les communes.

Ce projet de création sera donc peut-être incompatible avec le plan local d'urbanisme.

Géraud Doyelle

Le président de "La Tribonnerie autrement" évoque également les concertations publiques qu'il considère comme "un simulacre de démocratie" : "à la fin les choses ne bougent pas, malgré les opinions négatives de nombreux habitants."

Pour le maire, Francis Vercamer, il faut laisser le temps au parcours administratif de faire son chemin et ne pas "confondre temps de création et temps d'approbation." "Une enquête publique sera menée après le vote de la ZAC, suivie par une commission d'enquête qui analysera les différents avis récoltés."

En attendant les prochaines délibérations, un rassemblement est organisé ce jeudi 7 décembre à Hem par "La Tribonnerie autrement !" pour contester ce projet avant "d'en venir à une saisie des instances judiciaires, s'il venait à se poursuivre."

L'actualité "Environnement" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Hauts-de-France
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité