"Une compagnie sur deux de danse, de théâtre, de musique va disparaître", la forte inquiétude du monde de la culture après les annonces de coupes budgétaires

Toute la semaine, le monde de la culture se mobilise. Avec l'annonce de 100 millions en moins cette année pour la création artistique, intermittents et structures redoutent un avenir sombre pour les artistes, techniciens et lieux de culture subventionnés. A Lille, une première mobilisation a eu lieu Grand-Place devant le Théâtre du Nord.

"C’est un démantèlement assumé de ce qu’il reste du service public de la culture", se désespère Pierre Boudeulle, comédien.

Réunis devant le théâtre du Nord de Lille, à l'appel de la CGT Spectacle, les artistes et techniciens de la région crient leur inquiétude. 

En cause, l'annonce, par décret le 22 février, de l'annulation d'un peu plus de 204 millions d'euros des programmes budgétaires du ministère de la Culture. La moitié de ces suppressions concerne la création, la production d'œuvres (96 millions d'euros).

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Intervention de Pierre Boudeulle, comédien (CGT Spectacle) lors du rassemblement à Lille, devant le théâtre du Nord, le 10 avril 2024. ©M. Schelcher / FTV

50 % de spectacles en moins ?

"Forcément, les structures qui accueillent des spectacles vont être touchées par des baisses budgétaires. Tout ça va encore bloquer la diffusion des spectacles, qui est déjà difficile. Les structures vont être obligées d'accueillir moins d'équipes artistiques. D'autant plus qu'elles sont aussi touchées par les hausses de coûts liés à l'inflation" s'inquiète Catherine Gilleron, membre du bureau du Synavi des Hauts-de-France (Syndicat national des arts vivants).

Conséquence immédiate, les intermittents, techniciens, comédiens, auront moins de travail.

Une compagnie sur deux de danse, de théâtre, de musique va disparaître.

Pierre Boudeulle, comédien et militant CGT Spectacle

"Moins de spectacles, moins de concerts dans les théâtres, les rues, les villes" ,explique Pierre Bourdeulle, comédien dans la Compagnie L'Aventure, au micro sur la Grand-Place de Lille. "On nous annonce 50 % de spectacles qui ne se feront pas l'année prochaine. (...) Une compagnie sur deux de danse, de théâtre, de musique va disparaître" poursuit-il.

Pour le moment, les lieux de spectacle ont été informés en direct des baisses de budget qui les concernent : l’Opéra de Paris (- 6 millions d’euros), la Comédie-Française (-5 millions d’euros), le Musée du Louvre (-3 millions d’euros), etc...

Catherine Gilleron du Synavi des Hauts-de-France complète : " c'est une politique générale d'attaque du service public. C'est une première vague, on sait que ça va continuer. Cette politique d'austérité va impacter les compagnies les plus fragiles, entre les problèmes de diffusion et les annulations de budgets aussi des collectivités territoriales, comme le Conseil départemental du Nord".

Ces annonces sont mal vécues dans un monde du spectacle qui, au contraire, réclamait à Rachida Dati, ministre de la Culture, une augmentation des budgets pour faire face à leurs difficultés liées à la hausse généralisée des coûts.

Un tiers des intermittents menacés ?

Pour les intermittents, c'est la douche froide. Ces annonces surviennent alors que Régime de l'assurance chômage est en négociation depuis l'automne. 

"Le patronat part du postulat que notre accord professionnel ne respecte pas la trajectoire de 15% d’économies et exige une modification des conditions d’accès aux droits à l’assurance chômage, soit : 610 h sur 12 mois pour les ouvrier·ères et technicien·nes 580 h sur 12 mois pour les artistes. Cette proposition est une véritable provocation et une attaque très grave contre les intermittent.es du spectacle ! Si ces règles étaient mises en place, elles conduiraient à sortir près d’un·e technicien·ne sur 4 et un·e artiste sur 2, soit un tiers des intermittent·es du régime spécifique d’assurance chômage" explique sur les réseaux sociaux le Syndicat des Artistes et Musiciens.

Les orchestres et Opéras en danger ?

Dans toute la France, les orchestres et Opéras sont en difficultés. "Depuis longtemps, les financements publics stagnent, ils n'ont pas été réévalués avec l'inflation alors qu'ils subissent aussi la baisse des aides des collectivités territoriales" explique Bernard Bodiou, délégué SNAM-CGT à l'ONL, avant d'ajouter "l'attitude de l'Etat s'inscrit dans ce contexte déjà fragile..."

Depuis longtemps, les financements publics stagnent. (...) L'attitude de l'Etat s'inscrit dans ce contexte déjà fragile.

Bernard Bodiou, délégué SNAM-CGT à l'ONL

Violoniste depuis 1989 à l'Orchestre national de Lille, il continue "l'ONL est concerné. Depuis 12 ans les financements publics n'ont pas évolué". Conséquence, tous les départs à la retraite ne sont pas remplacés. Huit postes sont actuellement vacants sur les 99 de l'orchestre. Surtout, le nombre de représentations par an n'a pas retrouvé son niveau d'avant Covid. La baisse d'activité serait de 20%. Pour le moment.