"On ne devrait pas mettre notre vie en danger pour ce métier" : Thérèse Bauwens, accueillante familiale, prépare une nouvelle grève de la faim

À 72 ans, la Nordiste et accueillante familiale Thérèse Bauwens risque de repartir pour une troisième grève de la faim. L'association France Accueil Familial s'est donné 45 jours pour obtenir une réponse du Parlement et du ministère des Solidarités sur l'amélioration des conditions de travail et de salaire des accueillants familiaux. Faute de retours, Thérèse cessera de s'alimenter dès la fin mai 2024.

45 jours. Cette fois-ci, Thérèse Bauwens, accueillante familiale originaire du Nord, et l'association France Accueil Familial se sont donné 45 jours pour obtenir une réponse du Parlement et du ministère des Solidarités face à leur nouveau cri de détresse. Le même que depuis 20 ans. "Nous demandons la promulgation de lois par décret. Sinon, fin mai je débuterai une nouvelle grève de la faim", résume froidement Thérèse, d'ordinaire pourtant chaleureuse.

Une troisième grève se profile donc pour la Nordiste de 72 ans, habitante du Valenciennois, qui s'était déjà mobilisée en 2000 et 2022 pour que sa profession soit officiellement inscrite dans le Code du travail.

Il y a 24 ans, sa grève de la faim avait permis aux accueillants familiaux d'obtenir des congés payés et la création de contrats de travail concrets. Mais un souvenir amer s'échappe de ces expériences : malgré ces deux victoires, d'autres promesses formulées "n'ont jamais suivi."

À chaque fois on nous promettait des améliorations. Et puis on changeait de ministre et tout était à refaire.

Thérèse Bauwens, accueillante familiale

"À chaque fois on nous promettait des améliorations. Et puis on changeait de ministre et tout était à refaire", se lamente-t-elle, en regrettant de devoir envisager ce troisième jeûne forcé. "On ne devrait pas en arriver là et mettre notre vie en danger pour ce métier, aussi passionné soit-on."

► À lire aussi : "On n'a pas envie d'être des fossoyeurs !" : Thérèse Bauwens, accueillante familiale dans le Nord, entame sa seconde grève de la faim

700 euros par personne accueillie

Thérèse accueille actuellement trois personnes dépendantes : Nicole, 82 ans, Marie-Ange, 66 ans et Bernadette, 48 ans. Des personnes âgées refusant de vivre en EHPAD, ou en situation de handicap, qui ne souhaitent pas habiter en établissement médicalisé. Avant de se dévouer entièrement à l'accueil familial, la militante a travaillé dans la restauration. "Heureusement !", s'exclame-t-elle. "Sinon je n’aurais pas de retraite."

En plus d'être une activité méconnue - qui présente pourtant toutes les qualités pour être considérée comme un métier d'avenir - cette profession est particulièrement mal pourvue en aides sociales.

À mi-chemin entre salariée et indépendante, cette profession n'ouvre aucun droit au chômage ou à des garanties financières en cas de décès ou de départ d'une personne accueillie... "Du jour au lendemain on ne peut plus payer nos factures et on est obligés de travailler jusqu’au cercueil", confirme Thérèse.

Car en plus de ne gagner que 700 euros par personne dont ils prennent soin, les accueillants travaillent 24h/24 et 365 jours par an. "Au départ, les accueillants étaient plutôt des gens qui cherchaient un complément de salaire, comme les agriculteurs, mais au début des années 2000, le public a commencé à considérer ça comme leur travail à part entière et à demander leur reconnaissance", raconte Marie Provôt, vice-présidente de France Accueil Familial.

Assurer la relève d'une "profession humaine"

En seulement quelques années, face à ce revenu trop faible, les accueillants ont fini par se raréfier. Fin 2022, les professionnels encore en activité n'étaient plus que 8428 contre 9890 trois ans plus tôt. "La profession est vouée à disparaître si rien n'est fait", tempêtent Thérèse et Marie. "Il n'y a pas de relève puisque les jeunes ont besoin de se sentir en sécurité dans leur métier. Sauf que c'est une activité précaire. Même pour prendre nos congés on doit trouver un remplaçant... Mais il n'y en a pas."

Il n'y a pas de relève puisque les jeune ont besoin de se sentir en sécurité dans leur métier. Sauf que c'est une activité précaire.

Marie Provôt

La moyenne d'âge des accueillants familiaux en France est de 65 ans. "On continue parce qu’avant tout c’est un métier humain, une dame de 92 ans est chez moi depuis 12 ans et je ne me vois pas la remettre à une autre famille, ou au pire des cas dans un EHPAD", complète la vice-présidente, en détaillant ce qui rend ce métier chaleureux et humain pour les personnes dépendantes ou isolées.

Accueil personnalisé, petites attentions, présence humaine, moments conviviaux, participation aux tâches du quotidien, autonomisation... Les personnes prises en charge sont maîtresses de leurs journées, avec une grande adaptabilité et une proximité des accueillants.

Se mobiliser, au moins financièrement

En cas de non-réponse des personnalités politiques, France Accueil Familial appelle toutes les associations départementales à se mobiliser pour monter soutenir Thérèse à Paris, devant le ministère des Solidarités, où elle mènera sa grève de la faim.

Marie Provôt le sait bien, tous les accueillants n'ont pas la possibilité de quitter leur domicile et les personnes sous leur responsabilité. "J'espère qu'un maximum de personnes pourra venir. Mais ceux qui ne peuvent pas se déplacer pourront au moins participer à une cagnotte pour que ceux sur place ne paient pas l’intégralité de cet effort. On ne choisit pas ce métier par attrait de l’argent, mais il faut quand même qu'on puisse en vivre."