Décès d'Olivier Dassault - Député de l'Oise, artiste, patron d'industrie : le parcours d'un homme aux multiples facettes

Olivier Dassault s'est tué dans un accident d'hélicoptère à Touques près de Deauville dimanche 7 mars vers 18h. Il avait 69 ans. Retour sur le parcours politique d'élu local et national d'un homme aux multiples facettes, député de l'Oise depuis 2002.

Olivier Dassault était député de l'Oise depuis 2002. Il est décédé dans un accident d'hélicoptère le 7 mars 2021.
Olivier Dassault était député de l'Oise depuis 2002. Il est décédé dans un accident d'hélicoptère le 7 mars 2021. © FTV

Il est près de 18h lorsqu'Olivier Dassault, député de l'Oise, s'est tué ce dimanche 7 mars dans un accident d'hélicoptère à Touques, près de Deauville, dans le Calvados. L'information nous a été confirmée par Olivier Paccaud, un proche et vice-président du département de l'Oise. Le pilote est également décédé dans le crash. Il s'agissait d'un voyage privé.

Les faits

L'appareil, un aérospatial AS 350 Ecureuil s'est écrasé au "décollage effectué depuis un terrain privé", selon le Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile. La section de recherche des transports aériens a été saisie par le Parquet de Lisieux (Calvados) qui a annoncé à l'AFP avoir ouvert une enquête judiciaire pour homicide involontaire.

"Je suis sur site, il fait nuit. Les investigations techniques ne débuteront que demain. On procède aux actes relatifs aux corps", a déclaré Delphine Mienniel, procureur de la République de Lisieux. 

Depuis que la nouvelle est tombée, les réactions se multiplient sur les réseaux sociaux. Emmanuel Macron a aussitôt réagi pour lui rendre hommage sur Twitter.

La passion des avions

Olivier Dassault est le petit-fils de Marcel Dassault (décédé en 1986), constructeur aéronautique et fondateur de Dassault Aviation. Ingénieur de l'Ecole de l'Air, pilote professionnel (avec plusieurs records sur des Falcon), il est titulaire d'un DEA de mathématiques de la décision et d'un doctorat d'informatique de gestion. Ingénieur, il est aussi pilote d'essais. C'est l'un des rares à être capable de piloter tous les modèles d'avions d'affaires Falcon. Il a décroché plusieurs records du monde de vitesse.

Alain Gest, président d'Amiens métropole et ancien député de la Somme, se souvient dans un tweet lorsqu'Olivier Dassault avait lui-même piloté l'avion qui emmenait des députés lors d'une mission à Monaco :

Son père, Serge Dassault le fait rentrer après le décès du grand-père comme vendeur d'avions Falcon aux Avions Marcel Dassault. Après un parcours professionnel au sein de Dassault Aviation, il en est nommé administrateur en 1996. Il est administrateur du musée de l'air et de l'espace depuis 1994.

L'élu local

Olivier Dassault débute sa carrière politique comme conseiller municipal du XIXe arrondissement de Paris en 1978 en remplacement de Pierre de Bénouville, démissionnaire. De mars 1983 à mars 1989, Olivier Dassault est conseiller municipal du XIIème arrondissement. Il fût également conseiller municipal de Beauvais de 1989 à 1996. Son élection est alors annulée par le Conseil d’Etat, pour dépassement du plafond de ses comptes de campagne de 1995. Olivier Dassault est alors déclaré inéligible en qualité de conseiller municipal pendant un an. Il ne revient en fait jamais siéger à la mairie, et ne se représente pas en 2001 malgré son intention annoncée l’année précédente.

Tête de liste UPF aux élections régionales de 1992, il est élu conseiller régional. Il fût pendant un an vice-président du conseil régional de Picardie. Il doit démissionner en mai 1993 pour cumul des mandats.

En 2003 il est choisi de prime abord pour conduire la liste UMP aux régionales de 2004 dans l’Oise, mais au final, c’est Caroline Cayeux qui occupe cette 1ère place sur la liste UDF-UMP, résultat des négociations à droite lorsque Gilles de Robien prend la tête de cette liste pour l’ensemble de la région.

La maire de Beauvais, Caroline Cayeux a, ce soir, salué "un grand homme et un grand industriel" :

Ancien conseiller général du canton de Beauvais-Nord-Est, il est élu en mai 1993 lors de l’élection cantonale partielle après le décès de Michel Gorin, il ne se représente pas en 1998. Il avait décidé en effet à cette époque d’abandonner la vie politique, et ne figurait que pour l’anecdote en queue de la liste UDF/RPR lors des élections régionales de mars 1998 dans l’Oise.

Cependant, en décembre 2003, il est investi par l’UMP pour les cantonales de mars 2004 dans le même canton, où il affronte le socialiste sortant Henri Bonan. Mais l’effet Dassault n’a pas lieu et il est battu au 2ème tour (36,39%) par Bonan (48,02%) dans le cadre d’une triangulaire (avec Thomas Joly, FN, 15,59%)

Le parlementaire

Olivier Dassault est élu député dans la 1ère circonscription de l'Oise (Beauvais NE-NO) en septembre 1988 (circonscription où fut élu son grand-père Marcel Dassault pendant 28 ans). En 1997, il subit de plein fouet le vote sanction de la droite après la dissolution de l’Assemblée nationale et doit laisser sa place au PS Yves Rome au terme d’une triangulaire.

En juin 2001, il annonce dans son journal Oise Libérée sa décision d’être à nouveau candidat. Il ferait face à une probable candidate issue du même camp, Caroline Cayeux, avec laquelle il est en conflit ouvert depuis les municipales de la même année.

En 2002, il se déclare candidat à la candidature aux législatives dans la 1ère circonscription, celle-là même que convoite Caroline Cayeux. Il dénonce l’ingratitude de la maire de Beauvais ( "J'en ai fait ma suppléante en 1997 (…). J’en ai fait la secrétaire départementale du RPR en 1998") et lui reproche de ne pas tenir parole ("Nous avions en effet signé un accord de partenariat"). Il est tout de même bien moins implanté dans la vie beauvaisienne. Absent par forfait face à Caroline Cayeux aux municipales à Beauvais, à 51 ans, il n’a plus aucun mandat.

Entre les 2 tours de la présidentielle, la commission des investitures de la toute nouvelle UMP, présidée par Jean Claude Gaudin, décide de donner l’investiture à Olivier Dassault. Il ne se débarrasse pas pour autant de Caroline Cayeux qui se met en congé du secrétariat départemental du RPR afin de se maintenir. A l’issue du premier tour des législatives, Olivier Dassault arrive en tête du scrutin avec 27,1% des suffrages.

Ses deux principales adversaires, Yves Rome PS et Caroline Cayeux RPR - dissidente obtiennent respectivement 25,16% des voix et 19,54% des voix. Entre les deux tours, Caroline Cayeux se retire pour laisser le champ libre à Olivier Dassault qui remporte la circonscription face à Yves Rome avec 56,88% des suffrages. Il retrouve donc son siège de député après cinq ans d’absence.

Investi par l’UMP pour les législatives de 2007 dans la 1ère circonscription de l’Oise, il arrive en tête du 1er tour avec 49.04% des voix, ratant sa réélection à 466 voix près. Ce n’est que partie remise : il est réélu avec 58,58 % des voix la semaine qui suit dans un second tour où il retrouvait une nouvelle fois Yves Rome, améliorant au passage le score de Sarkozy au second tour de la présidentielle 2007.

En 2012, il est élu au second tour avec 58% des suffrages. Il affiche 67% des voix au second tour des législatives de 2017.

Jean Castex, le Premier ministre, souligne l'engagement d'Olivier Dassault : 

A l’Assemblée nationale, Olivier Dassault est membre de la commission des finances et membre de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi pour l’initiative économique. Il crée au sein de l’Assemblée en 2002 avec le député Jean-Michel Fourgous le club Génération entreprise, qui a pour mission de réhabiliter le monde de l’entreprise.

Prises de position 

Selon Libération en janvier 2003, Olivier Dassaul est "ultra-libéral en matière économique et ultra sécuritaire sur les questions de société". Il défend aussi la chasse.

Il est partisan de la peine de mort "pour les terroristes et les crimes d’enfants". En mai 2004, avec 46 députés de la majorité, il propose une loi "tendant à rétablir la peine de mort pour les auteurs d’actes de terrorisme ". Suite aux attentats de Bruxelles en mars 2016, il relance le débat : "combattons les avec nos armes, celles d'un Etat de droit en rétablissant unanimement la peine de mort".

En octobre 2012, il vote Oui au Traité Européen. En janvier 2013 en plein débat sur le mariage pour tous, il plaide pour une alternative : l'alliance civile. Il dit avoir "déposé avec Daniel Fasquelle, député de la 4e circonscription du Pas de Calais, une proposition de loi qui permettrait au maire, non pas de marier, mais de célébrer une alliance civile". 

En 2013, il s'exprime à propos de la publication du patrimoine des élus : "ma fortune est de notoriété publique (...) aucune loi n'empêchera un tricheur de tricher". En 2020, le magazine Forbes le classe 361e fortune mondiale, à égalité avec ses deux frères et sa sœur avec environ 5 milliards d'euros. Il est une des premières fortunes françaises.

Olivier Dassault, un homme aux multiples facettes

Depuis 2002, il est administrateur du Figaro, membre du Conseil d'administration du Groupe Socpresse, devenu Dassault Médias en 2011 (Le Figaro, l’Express …). Olivier Dassault est depuis 2010 vice-président du groupe Valmonde et Compagnie SA (Valeurs Actuelles, Spectacle du Monde, Jours de Chasse) et président du Conseil de surveillance de Particulier et Finances Editions.  Il est Membre du bureau de l’association des patrons de presse.

Xavier Bertrand, président de la Région Hauts-de-France, rappelle les multiples vies d'Olivier Dassault : 

L'homme a pour passion la musique et la photographie. Ce petit neveu de Darius Milhaud, a composé des musiques électroniques, il a réalisé des courts-métrages et des films publicitaires. En 2018, il avait abandonné la présidence du conseil de surveillance de la holding familiale.

Olivier Dassault était père de trois enfants dont le dernier est âgé de 10 ans.

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