Jason Lukasi, petit garçon issu de la protection de l'enfance devenu mannequin : "j'ai compris que mon avenir ne dépendait que de moi-même"

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Écrit par Romane Idres

Placé à l'aide sociale à l'enfance de l'Oise alors qu'il n'était qu'un bébé, Jason Lukasi a aujourd'hui 20 ans et travaille comme mannequin pour des grandes marques de prêt-à-porter. Il nous raconte son parcours.

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C'est un jeune homme plein d'ambition, avec un parcours qui force l'admiration. À 20 ans, Jason Lukasi est en passe de réaliser le rêve de nombreux jeunes de sa génération : se faire connaître sur les réseaux sociaux et gagner sa vie en devenant influenceur. Il a déjà décroché des contrats de mannequinat avec de grandes marques de prêt-à-porter comme Tommy Hilfiger, Adidas et Boss, et des partenariats rémunérés avec d'autres marques, qu'il promeut sur son compte Instagram.

"À la base, j'avais prévu de poursuivre mes études après le bac parce que j'étais bon à l'école, mais je ne savais pas trop quoi faire. J'ai fait un an de licence information-communication à la fac de Saint-Denis et ça ne m'a pas du tout plu", raconte-t-il. Il enchaîne les petits boulots quelques temps et s'inscrit dans une formation sur la création d'entreprise à Dubaï. "C'est comme ça que j'ai rencontré des personnes qui m'ont conseillé de rentrer dans le mannequinat, et ça a été le déclencheur", se souvient le jeune homme. Il s'inscrit alors dans une agence de mannequinat et la machine est lancée.

En parallèle, il fait sa place petit à petit sur Instagram, avec presque 11 000 abonnés. Un véritable homme d'affaires de la génération Z. "Si je crée une communauté solide autour de moi, cela me servira quand je voudrai créer une entreprise plus tard. Aujourd'hui l'influence, c'est la meilleure publicité quand on veut monter un business."

Hyperactif et plein de projets, il s'essaye même à la production de musique, "pour le plaisir, pour l'instant."

Une enfance en famille d'accueil

Pourtant, Jason Lukasi revient de loin. Confié à l'aide sociale à l'enfance (ASE) en 2003 alors qu'il était un bébé, il a été placé en famille d'accueil à Noailles, dans l'Oise, deux ans plus tard, avec son frère. "J'ai eu beaucoup de chance, parce qu'on quittait une situation très difficile avec nos parents, et on est arrivés avec des séquelles de ce qu'on avait vécu. La famille a su nous habituer à voir du monde, nous aider à oublier ce passé et à nous construire, raconte-t-il. On n'a jamais manqué de rien sur le plan matériel non plus. Ce qui est plus difficile, c'est sur le plan affectif. Quand on est en famille d'accueil, ce n'est pas du tout comme une adoption. Ce ne sont pas nos parents. On a des éducateurs, des rendez-vous réguliers avec l'ASE, et tous les ans, il y a des jugements pour savoir ce qui va se passer ensuite, décider si on peut retourner chez nos parents ou si on doit changer de famille d'accueil par exemple."

Jason et son frère n'ont jamais pu retourner vivre avec leurs parents. Mais ils ont eu une chance  : ils sont restés dans la même famille d'accueil jusqu'à leur 18 ans, âge à partir duquel la prise en charge par l'aide sociale à l'enfance s'arrête. Une étape qui peut se révéler brutale pour les jeunes issus de l'ASE  : d'après un rapport de la fondation Abbé Pierre, un quart des SDF nés en France sont des anciens enfants placés. Une réalité dont Jason avait déjà bien conscience. "Ça me faisait un peu peur bien sûr. Je ne veux pas critiquer le travail de l'ASE, mais si on regarde bien, beaucoup de personnes de notre âge qui sont en difficulté sortent de la protection de l'enfance."

Fort de l'exemple de son frère, de trois ans son aîné, il a commencé à préparer son avenir dès ses 16 ans. "Je suis très proche de mon frère, il est mon seul repère familial, et pendant longtemps, il a été mon modèle. J'ai vu ce qu'il a fait, et j'ai pu ne pas commettre les mêmes erreurs que lui. Il a eu plus de difficultés que moi parce qu'il est étudiant et pendant longtemps il n'a eu que la bourse pour vivre. 600 euros par mois, c'est pas énorme."

"Dans cette difficulté, il faut essayer de briller"

Dans cette enfance teintée d'incertitude, Jason Lukasi a grandi un peu plus vite que les autres. Aujourd'hui, il relativise et évoque son passé avec philosophie. "Bien sûr j'ai eu des manques, j'ai manqué de mes parents, mais je vais être honnête, j'ai eu une belle enfance. Ce parcours m'a permis de me construire, d'acquérir de la maturité plus vite et de comprendre que ma vie et mon avenir ne dépendaient que de moi-même, parce que si j'échoue, je suis seul, je ne peux pas compter sur mes parents, et je n'ai plus l'ASE."

Aujourd'hui, il raconte son parcours et espère inspirer d'autres jeunes issus de la protection de l'enfance. "J'ai envie de leur donner de la force. Je connais les épreuves qu'ils traversent, et je veux leur dire que dans cette difficulté, il faut essayer de briller."