Témoignages. "Que vont devenir nos braves époux ?", des femmes d'ouvriers adressent une lettre poignante à Emmanuel Macron

Publié le Écrit par Baptiste Mezerette

La fermeture annoncée de l'usine de Prysmian-Draka à Calais, fabricant de câbles de fibre optique, devrait laisser 82 salariés sur le carreau. En réaction, des femmes se mobilisent pour soutenir leurs compagnons. Elles viennent d'envoyer un courrier bouleversant à l'Élysée.

Elles portent la voix de leurs compagnons, avec colère et dignité. Un collectif de femmes de salariés de Prysmian-Draka s'est monté après l'annonce de la fermeture de l'usine de Calais, le 20 novembre. Objectif : défendre le sort des 82 ouvriers sur le point d'être licenciés.

Pour ce faire, elles ont pris la plume pour adresser une lettre au président de la République, Emmanuel Macron, samedi 2 décembre. Au fil des pages, elles racontent "les doutes", "les crises d'angoisse", "les frigos vides", "les fêtes de fin d'année sinistres" et plus largement l'incertitude qui pèse sur l'avenir de leur foyer. "Que vont devenir nos braves époux, nos courageux conjoints ?", interrogent-elles

Une lettre écrite par l'épouse d'un salarié

Dans ce genre de contexte, celui d'un plan social, la parole des conjointes se fait rare. "Habituellement, on n'entend pas les épouses quand il y a un licenciement, remarque Sophie Agneray, l'une des membres de ce groupe. Mais pour nous, c'était primordial de les soutenir." Frédérique Hivin abonde : "c'est vrai que compliqué de pouvoir soutenir nos maris, donc cette lettre est une belle manière de montrer qu'on est là et que l'on fera tout pour les aider jusqu'au bout."

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Lecture d'un extrait de la lettre par Sophie Agneray, femme de salarié, dans le cadre d'un reportage télé pour France 3 Nord Pas-de-Calais ©Damien Deparnay/France Télévisions

C'est Sophie Agneray, dont le mari est délégué syndical chez Prysmian-Draka, qui a écrit ce courrier poignant, émouvant, sur la base de témoignages recueillis auprès de ces femmes, ces dernières semaines. "C'est le coeur qui a parlé et les mots se sont couchés sur le papier assez facilement, confie-t-elle. Même si nous avons toutes nos propres expériences et qu'on le vit toutes de manière différente..."

Le récit de vies chamboulées par le licenciement

Elle aura mis deux jours à mettre en forme le récit de ces vies chamboulées. Parmi elles, il y a Béatrice "qui depuis lundi dernier prend un traitement médicamenteux lourd pour l’apaiser." Laurine "qui s’isole dans les toilettes de son travail et pleure assise à même le sol." Ou encore Aline "qui a oublié de changer la couche de son petit dernier." Jamais Aline n’avait oublié le change de son enfant.

"On a mis notre projet de deuxième bébé entre parenthèses pour l'instant, car il faut les moyens pour avoir un enfant."

Laura Levis, femme de salarié de Prysmian-Draka et mère au foyer

On peut aussi raconter l'histoire de Laura Levis et de son compagnon, embauché il y a un an, qui mettent "entre paranthèses" le projet de mettre au monde un deuxième enfant. "Parcequ'il faut avoir les moyens pour avoir un enfant...", rappelle cette mère au foyer, plongé dans l'incertitude, comme elles toutes, depuis la décision inattendue du groupe italien Prysmian.

"Que le président nous écoute"

Au-delà de son effet cathartique, cette lettre vise à interpeller le gouvernement et rappeler qu'une fermeture d'usine "ne doit pas être une banalité". "On attend du président une écoute, pour éviter que la même chose se reproduise sur le territoire, dans d'autres foyers avec d'autres familles, d'autres enfants, d'autres épouses, explique Sophie Agneray. Puis, cette lettre, c'est aussi une volonté de trouver un emploi pour nos maris, parce qu'ils veulent travailler."

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Sophie Agneray, membre du collectif de femmes de salariés Prysmian-Draka, et compagne d'un représentant syndical de l'entreprise. ©Damien Deparnay/France Télévisions

Le travail est au coeur des revendications. L'enveloppe négociation dans le cadre du plan social passe, lui, au second plan selon Frédérique Hivin. "Le but n'est pas l'argent, aucune prime ne vaudra jamais la sérénité d'avoir un emploi stable, assure-t-elle. Or, trouver un travail dans le Calaisis, c'est compliqué. Mon mari qui a 55 ans (la moyenne d'âge serait de 53 ans chez les salariés NDLR) devait être en retraite d'ici 7 ans, alors on commençait à se projeter... Maintenant on se demande comment ça va se passer."

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Le témoignage de Frédérique Hivin, femme d'un salarié de Prysmian-Draka : "on avait envie de crier notre colère et notre désespoir" ©Damien Deparnay/France Télévisions

Réunion entre élus, syndicats et direction

Dans l'attente d'un éventuel retour de l'Élysée, le collectif (qui n'a pas reçu d'accusé de réception du courrier pour l'heure) ne compte pas s'arrêter là. "Dans tous les cas on ira voir Xavier Bertrand", font-elles savoir. Le président de la région Hauts-de-France sera justement en déplacement à l'hôtel de ville de Calais, pour y rencontrer la maire, Natacha Bouchart, avant de s'entretenir avec les représentants syndicaux et la direction de l'entreprise.

"Il y a aussi des gens qu'on ne connait pas qui se manifestent et nous donnent des signes de soutien."

Sophie Agneray, femme de salarié de Prysmian-Draka

Le groupe justifiait son projet de fermeture comme une "conséquence de la fin programmée du Plan très haut débit en France", stratégie gouvernementale d'installation de la fibre optique, et des difficultés du secteur face à une baisse des volumes de câbles à fibre optique.En guise de protestation, une marche blanche réunissant 400 personnes avait été organisée le 25 novembre, quelques jours après l'annonce.

Un arbre de Noël pour les enfants de salariés

Les ouvriers et familles impliquées dans cette fermeture ont reçu le soutien d'élus, comme Natacha Bouchart, maire de Calais, qui s'était rendu sur le site, le 29 novembre. Cette dernière organisera, sous la proposition du collectif, un arbre de Noël pour les enfants des salariés, au stade de l'Épopée, le 23 décembre. "Il y a aussi des gens qu'on ne connaît pas qui se manifestent et nous donnent des signes de soutien", se réjouit Sophie Agneray.

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