"Terrible" : le pape François, ému, reçoit un cerf-volant constitué de toiles de tentes de migrants à Calais

Publié le
Écrit par Martin Vanlaton
Dans l'avion pour Chypre, le pape reçoit le cerf-volant des mains du journaliste de la Croix Loup Besmond de Senneville, au fond de l'image.
Dans l'avion pour Chypre, le pape reçoit le cerf-volant des mains du journaliste de la Croix Loup Besmond de Senneville, au fond de l'image. © Alban Mikoczy / FTV

Dans l'avion qui le menait à Chypre, jeudi 2 décembre, le pape François a reçu de la part d'un journaliste de la Croix un cerf-volant. L'objet, constitué de toiles de tentes de migrants présents à Calais, se veut symbolique : alerter sur la situation catastrophique des exilés sur le littoral de notre région, quelques jours seulement après le dramatique naufrage ayant fait au moins 27 morts.

Un présent ô combien symbolique, des camps de migrants de Calais jusqu’au Vatican. Alors que le pape François venait d’embarquer dans l’avion pour entamer son voyage apostolique à Chypre et en Grèce jeudi 2 décembre 2021, le Saint-Père a reçu un cerf-volant fabriqué à l’aide de tentes de migrants récupérées après les démantèlements successifs à Calais.  

On vous raconte l’histoire derrière ce geste qui a ému le Saint-Père.

À l’origine, un journaliste de La Croix

Pour comprendre la genèse du projet, il faut remonter le temps. Le 11 octobre dernier, le prêtre jésuite Philippe Demeestère et les deux militants associatifs Anaïs Vogel et Ludovic Holbein entament une grève de la faim à Calais pour dénoncer le traitement réservé aux migrants à Calais. Elle durera 25 jours pour l’aumônier du Secours Catholique, 38 pour le couple de militants. Tous les trois sont hébergés dans l’église Saint-Pierre. 

"Nous avions relayé largement cette grève de la faim qui se déroulait dans notre église", explique aujourd’hui Louis-Emmanuel Meyer, vicaire des paroisses de Calais. Il y a quelques semaines, il a été contacté par Loup Besmond de Senneville, correspondant permanent du journal La Croix à Rome. "Il m’a dit qu’il faisait partie du voyage papal et qu’il était coutume à chaque voyage d’offrir un cadeau. Parfois, cela pouvait être des cadeaux personnels comme des dessins de ses enfants. Mais aux vues de la situation à Calais, il a proposé que nous fassions ce cadeau pour le remettre au Saint-Père". Ce que confirme le journaliste. "Il y a cette possibilité pour nous de croiser le pape François à l’aller dans l’avion car il vient nous saluer individuellement. Ça peut être l’occasion de transmettre un message de quelqu’un en lien avec le voyage".

Les trois grévistes de la faim acceptent la proposition et décident de choisir un cerf-volant fabriqué à l’aide de toiles de tentes de migrants lacérées lors des démantèlements de campements. Sur celui-ci est inscrit le prénom d’Aleksandra, décédée le 4 septembre 2020 à Calais, trois jours seulement après sa naissance déclenchée suite à l’interpellation de ses parents kurdes irakiens sur une plage de la ville. En-dessous, un message fait référence à "toutes les personnes décédées sur la frontière franco-britannique". Le cerf-volant a été envoyé le mercredi 24 novembre. Quelques heures plus tard, la nouvelle tombait : au moins 27 personnes venaient de perdre la vie en tentant la traversée de la Manche depuis Calais. "Nous avons renvoyé un courrier adapté", raconte le vicaire de Calais. 

Alerter plus que jamais sur la situation des exilés à Calais 

Cette démarche, "très symbolique", avait pour but de "signifier au pape ce qui se passe ici", raconte aujourd’hui Louis-Emmanuel Meyer.

C’était également une manière de remercier le Saint-Père de "l’attention qu’il porte" à la situation sur place. "Ça se veut aussi une sorte d’appel car la question migratoire à Calais est uniquement traitée de manière sécuritaire. En parler au pape, c’est passer à une position plus multilatérale, c’est faire appel à un front humanitaire".

On voit l’Etat qui défait ce que les associations font. Il y a une vraie nécessité d’un appel général à une prise de conscience.

Louis-Emmanuel Meyer, vicaire des paroisses de Calais

Car selon lui, engagé depuis plusieurs années auprès des migrants à Calais avec les différentes paroisses de la ville, la situation s’est aggravée. "Autrefois il y avait des victimes de ces migrations mais il n’y avait pas cette accélération. Il y a un changement de situation avec une véritable crispation, on sent que ça se tend. On voit l’Etat qui défait ce que les associations font. Il y a une vraie nécessité d’un appel général à une prise de conscience". 

Accueillir le pape à Calais ? 

Qui de mieux que le pape en personne pour relayer cet appel ? D’autant plus que le souverain pontife est très engagé sur les questions migratoires et humanitaires, comme le rappelle Louis-Emmanuel Meyer. "Il est allé deux fois à Lampedusa, cette île italienne sur laquelle il y a de nombreux réfugiés, mais aussi à Lesbos en Grèce".  

De là à imaginer un voyage du Saint-Père à Calais ? "C’est une question qu’on se pose. Il est allé dans des lieux emblématiques où la situation migratoire se crispe, peut-être viendra-t-il un jour à Calais. Mais il ne faut pas oublier que c’est un chef d’état, donc c’est compliqué".

Pour l’heure, le présent offert par les calaisiens a semble-t-il touché le pape François, comme l’a rapporté le journaliste de La Croix au vicaire. "Il a été très ému, a répété par deux fois en italien que c’était terrible. Ce qui fait dire au journaliste de la Croix que nous aurons sans doute une réponse à notre courrier, peut-être à son retour de Chypre". 

Le voyage du pape va durer jusqu'au 6 décembre. Parmi les visites, François va de nouveau se rendre sur l'île de Lesbos à la rencontre des réfugiés. En 2016, lors d'une visite éclair au camp de Moria, le Saint-Père, frappé par le spectacle qui se jouait devant ses yeux, avait ramené avec lui trois familles de réfugiés syriens.

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.