"Des traversées toujours plus dangereuses", 36000 migrants ont tenté de rejoindre l'Angleterre en 2023

Près de 36 000 migrants ont cherché à rejoindre l’Angleterre depuis les côtes françaises en 2023, dont douze sont morts. Ce bilan des tentatives de traversées de la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord est le deuxième plus élevé jamais enregistré, bien qu’en baisse par rapport à 2022.

Sur l’année 2023, 35 800 personnes migrantes ont pris la mer depuis les littoraux du Nord et du Pas-de-Calais, selon le bilan de l'année 2023 présenté ce vendredi par la préfecture maritime. Elles tentaient ainsi de rejoindre l’Angleterre. 

Douze migrants ont perdu la vie et quatre ont disparu, soit trois fois plus que l’année précédente. 4 900 ont quant à eux été secourus par les gardes-côte et la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer). Les autres ont poursuivi leur route pour rallier les côtes britanniques.

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"Des traversées toujours plus dangereuses"

Selon la préfecture maritime, le nombre de tentatives de traversées est en baisse par rapport à 2022. Il avait alors atteint un pic : 52 000 personnes avaient essayé de rejoindre l’Angleterre par la voie maritime. 

Une baisse à relativiser, puisque le bilan de 2023 reste le deuxième plus élevé jamais enregistré. La préfecture affirme en effet que “le phénomène migratoire s’est accentué de manière exponentielle”. En comparaison, en 2018, 586 personnes avaient cherché à traverser la Manche. 

La préfecture souligne que les traversées sont de plus en plus dangereuses. D’abord parce que les petites embarcations utilisées sont de plus en plus chargées, avec en moyenne 50 personnes à bord. "On a vu des small boats [petites embarcations, ndlr] de 13 mètres chargés à 90 personnes", explique Marc Véran, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord. "Vous imaginez 90 personnes sans gilets qui coulent ? Même avec un appel d’urgence, quand vous avez 90 personnes à l’eau, on mettrait toute la Marine américaine dans la Manche qu’on n’arriverait pas à les sauver." Par ailleurs, de plus en plus de femmes et d’enfants très jeunes se trouvent à bord. 

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Le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Marc Véran. "On déplore 12 décès" ©France Télévisions
Déjà cinq morts en 2024 

Autre danger, des départs de migrants se font de plus en plus loin sur le littoral anglais. Face aux contrôles policiers, ces traversées "se font de plus en plus au sud par rapport au Pas-de-Calais, avec une météo qui peut leurrer", explique Marc Véran. En effet, la météo maritime n'est pas forcément la même entre le nord et le centre-Manche. 

Dans une eau à 10 degrés, quand vous êtes déjà transis, fatigués, sans gilet et que vous ne savez pas nager, forcément vous coulez.

Marc Véran, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord

Le préfet maritime met également en avant un “phénomène nouveau” : certains exilés, même en perdition, refusent d'être aidés pendant la traversée et de monter dans les bâteaux de secours. En effet, "les gens qui partent veulent aller en Grande-Bretagne, ils ne veulent pas revenir en France", explique le préfet. Pour lui, "c’est bien les passeurs qui sont responsables.” 

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Ce 14 janvier 2024, cinq migrants sont morts, près d’une plage de Wimereux alors qu’ils tentaient de rejoindre une embarcation à la mer dans une eau glaciale pour traverser la Manche. D’après le préfet maritime, en ce moment, avec une eau “à dix degrés”, “l'espérance de vie est de moins d'une heure” en cas de chute à la mer. À cette température, "quand vous êtes déjà transis, fatigués, sans gilet et que vous ne savez pas nager, forcément vous coulez".