Harcèlement scolaire : l'association "Les souffre-douleurs de l'école" fête ses 10 ans avec un bien triste constat

Michel Bucamp, fondateur de l'association liévinoise aux ramifications en France, nous explique comment le harcèlement scolaire, longtemps dénié, minimisé, nous 'explose' aujourd'hui à la figure, au lendemain de la manifestation qui a rassemblé 200 personnes en mémoire de Lindsay, dimanche 22 octobre 2023.

Les belles histoires du dimanche
Découvrez des récits inspirants de solidarité et d'altruisme, et partez à la rencontre de la générosité. Émotions garanties chaque dimanche !
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "Les belles histoires du dimanche". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

"Les souffre-douleurs de l'école" est une association 1901 qui œuvre sur les réseaux sociaux contre le harcèlement scolaire avec des antennes à Clermont-Ferrand, Auxerre, Cluses et dont le siège est à Liévin. Au total, il y a 80 adhérents et 20 bénévoles qui sont des parents d'élèves de différents corps de métiers, des éducateurs, des gens des forces de l'ordre, un professeur etc. 

Fondée il y a 10 ans à une époque où l'utilisation des réseaux sociaux était moins entrée dans les mœurs et où les numéros de téléphone d'aide d'urgence 3018 et 3020 n'existaient pas, l'association a vu la violence physique et verbale se développer en intensité et dans le temps. Entretien avec Michel Bucamp, président fondateur des "souffre-douleurs de l'école", de Liévin.

La violence scolaire est-elle davantage présente aujourd'hui qu'il y a 10 ans ?

Oui. Disons qu'en 2012 - 2013, il y a eu le franchissement d'un palier avec les suicides de Pauline du côté de Lens avant la rentrée de janvier puis celui de Marion Fraisse en région parisienne. À l'époque, on s'est rendu compte qu'avec les réseaux sociaux, le harcèlement scolaire continuait après le franchissement des grilles de l'école, du collège, ou du lycée. D'abord via des SMS puis par des réseaux sociaux. Avec le recul, on s'aperçoit que le harcèlement provoque des dégâts chez des élèves de plus en plus jeunes. On voit aujourd'hui les mêmes comportements en CM1 - CM2 qu'on voyait en 4e, il y a 10 ans. 

Chez les CM1 - CM2 ?

Oui, j'ai l'exemple à Mouvaux actuellement d'un rejet d'une différence d'un élève qui conduit à des moqueries et des insultes. À 8 -10 ans, les élèves commencent à avoir un téléphone portable. En tout cas, on remarque qu'ils en ont un de plus en plus souvent avant le collège. Ils savent très vite alors se connecter à TikTok et créer des communautés. Et les CM1 - CM2 sont les grands de l'école, et suivant une certaine logique, dans leur esprit, les chefs et ils veulent pour certains le montrer. Oui, de manière plus générale, au collège et au lycée, il y a une haine qui se développe, des messages comme "Tu sers à rien ! Va te suicider !" sont fréquents. Les coups sont plus violents et les bagarres répétées.

Il y a une réelle prise de conscience tout de même au niveau des autorités...

Oui, Gabriel Attal, ministre de l'Education nationale est déterminé à lutter contre le harcèlement scolaire et la parole se libère, mais on n'est pas encore prêts à l'écouter : selon une étude de l'association "Marion, la main tendue" 81% des plaintes pour harcèlement scolaire sont classées sans suite en 2019. Et même depuis que le harcèlement scolaire est un délit, c'est-à-dire en 2022, on a encore tendance à considérer le harcèlement scolaire comme une chamaillerie. 

Comment luttez-vous contre ce délit ?

En conseillant les familles dont les enfants sont harcelés. En les écoutant et en les orientant grâce à une veille sur le web ou en présentiel au moins deux mercredis par mois à Liévin. On essaie de créer des "bancs des copains" dans les établissements, une dictée non au harcèlement le 9 novembre, journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école. On a travaillé avec le Sénat également dans le cadre d'une mission contre le harcèlement scolaire. Nous avons proposé que les cours d'empathie deviennent une matière à part entière, comme les mathématiques, et qui seraient notée au brevet, à différents examens. Les Scandinaves, au Danemark et en Suède, ils sont très en avance là-dessus. Mais nous restons un peu trop à mon goût dans une école du maître, sous son autorité, une école un peu répressive.

Quelles peuvent être les conséquences sur les élèves harcelé.e.s ?

Leurs esprits sont attaqués, les résultats chutent, des troubles alimentaires, du sommeil peuvent apparaître. Avant la dépression, l'automutilation et les tentatives de suicide.

Comment quantifie-t-on le harcèlement scolaire en France ?

L'Éducation nationale et les pouvoirs publics estiment qu'il y a 700 000 élèves harcelés en France. Nous pensons que c'est plutôt de l'ordre d'un million. Sachant que les tentatives de suicide des 8 - 20 ans sont en augmentation de + 64% depuis la fin des confinements du Covid-19... Toutes ces tentatives de suicide ne sont pas liées au harcèlement scolaire mais on voit bien que la jeunesse est en souffrance. 

Que cela dit-il de notre société ? 

Qu'elle n'a pas voulu voir le problème. Qu'elle en a fait un tabou pendant longtemps, un "pas de vague", un déni, une minimisation. Les réactions ont trop souvent été : c'est pas grave, ça va passer ou ça forge le caractère. Et maintenant la problématique du cyberharcèlement se rajoute. Dans notre association, au moins six familles ont ainsi un enfant décédé. Et on estime qu'il y a 30 à 35 enfants qui décèdent des suites du harcèlement scolaire en France par an.

Si vous êtes témoins ou victimes de harcèlement scolaire : téléphonez au 3020 ou de cyberharcèlement au 3018. Attention, seul le 3018 subsistera en janvier 2024.