Meurtre de Sandy Cucheval : "on veut qu'il avoue", choqués et les nerfs à vif, les témoins défilent au procès de son ex-compagnon

Seconde journée du procès de Jonathan Boillet, l'homme accusé d'avoir tué Sandy Cucheval brûlée vive en novembre 2020. Aux assises du Pas-de-Calais, un sentiment domine chez tous les témoins : le choc.

"Veuillez garder votre calme s'il vous plait", demande la présidente des assises du Pas-de-Calais à la cousine de Sandy Cucheval, tentant alors de parler directement au mis en cause. Lors de cette seconde journée de procès aux assises du Pas-de-Calais, les esprits se sont échauffés. Les émotions semblent prendre le dessus alors que les témoignages se multiplient à la cour.

Jonathan Boillet est jugé aux assises du Pas-de-Calais pour meurtre par conjoint. Sandy Cucheval avait 33 ans et était mère de quatre enfants. Elle voulait quitter son compagnon. Sa vie bascule dans la nuit du 10 au 11 novembre 2020, alors qu’elle se gare dans la rue Victor Schoelcher, à Bully-les-Mines (62). Le couple est dans la voiture, une dispute éclate dans l'habitacle. Quelques minutes plus tard, Sandy Cucheval sort du véhicule, en flammes, comme une "torche humaine". Transportée au centre des grands brûlés du CHU de Lille, elle décédera sept jours plus tard.

Barbe et cheveux courts, réponses succinctes, mots presque inaudibles. Dans le box des accusés, l'homme de 36 ans défend la thèse de l'accident. Ce soir-là, un bidon d'essence se trouve à l'arrière du véhicule. Jonathan Boillet soutient s'être allumé une cigarette, qui provoquera l'explosion du bidon. Une thèse qui laisse dubitatifs les avocats de la partie civile, alors que les nombreux témoins se souviennent d'une forte odeur d'essence émanant de Sandy Cucheval. Un briquet a par ailleurs été retrouvé par les policiers dans le soutien-gorge de la victime.

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"Les témoins font encore des cauchemars"

Cette 2e journée de procès s'est ouverte par le témoignage de l'officier de police en charge de l'enquête. "Est-ce qu'il est fréquent d'avoir ce type de scène de crime ?", l'interroge l'un des avocats de la partie civile face à la violence inouïe des faits. Pour le policier, en poste depuis 29 ans, "c'est la première fois." Ce qui peut en partie expliquer pourquoi "les témoins font encore des cauchemars", poursuit l'avocat.

Une référence au témoignage de l'une des résidentes de la rue Victor Schoelcher, qui a eu lieu la veille. Depuis la fenêtre de son domicile, elle se rappelle des éclats de voix émanant du véhicule de Sandy Cucheval, lui faisant penser à une dispute. Puis cette vision d'horreur, qui la hante toujours. "Sandy est sortie de son véhicule", en "flammes".

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Deuxième jour du procès de Jonathan Boillet ©Martin Vanlaton / FTV
Particulièrement émue, la riveraine décrit la scène avec des mots forts. Une "boule de feu", "une torche humaine", les comparaisons ne suffisent pas à décrire l'horreur de cette soirée. Présente également le soir des faits, sa fille se souvient précisément des cris de sa mère. Surprise par la chaleur des flammes qui s'est emparée de la pièce, "j'ai entendu en début de nuit ma mère hurler. Je suis entrée dans sa chambre, j'ai vu une scène catastrophique".

Une expertise sans appel

Il suffira d'un simple schéma pour saisir pleinement la violence de l'incendie. La présidente ayant pris la décision de ne pas diffuser les photos du corps calciné de Sandy Cucheval.

Le médecin légiste a délimité sur un dessin, les zones du corps de Sandy Cucheval touchées par les flammes. Tout le schéma est recouvert d'annotations. "70 à 75 % du corps est brûlé".

L'expertise apporte des éléments de réponse à la question centrale du procès : Sandy Cucheval a-t-elle été aspergée d'essence par accident avant de prendre feu ? "L’importance des brûlures constatées correspondent à une imbibition importante des vêtements et du siège, avance le médecin légiste. Peu compatible avec une aspersion accidentelle. Manifestement, une quantité relativement importante d'essence a été utilisée pour avoir des brûlures aussi étendues", poursuit l'expert.

Un ingénieur de la police scientifique de Lille est venu compléter l'expertise du légiste : la quantité d'essence retrouvée sur les vêtements de Sandy Cucheval "est nettement plus importante" que celle retrouvée sur les vêtements de Jonathan Boillet. "Ces résultats peuvent être accrédités à l'hypothèse que Mme Cucheval ait été aspergée volontairement ou involontairement", conclut l'expert.

Au-delà de se faire le relai de l'horreur de cette nuit du 10 au 11 novembre 2020, les preuves scientifiques semblent accabler Jonathan Boillet.

La famille de Jonathan Boillet désemparée

Les proches de Jonathan Boillet ont également pu s'exprimer. Face à la cour, sa mère est très émue, les souvenirs sont flous. Elle ne cesse de répéter "je ne sais plus, je ne sais plus..." C'est à son domicile que Sandy Cucheval et Jonathan Boillet rentraient le soir des faits.

La maman de l'accusé l'assure pourtant : elle a "tout essayé" pour venir en aide à son fils, depuis ses premiers excès de violence dans son adolescence jusqu'à ses addictions aux stupéfiants. Désemparée, ses réponses sont ponctuées par les larmes. C'est elle qui a récupéré la garde des trois enfants de Jonathan Boillet. "J'ai été impuissante, oui, j'ai toujours été présente pour lui." Elle reste choquée par les faits reprochés par son fils, d'autant plus qu'elle entretenait une "relation de proximité" avec Sandy Cucheval, qui l'appelait "maman".

Face au récit de la relation qu'entretenait sa mère avec la victime, Jonathan Boillet craque. "J'ai mal pour ses enfants, pour les gens qui l'aimaient", admet-il, en larmes.

Pourtant, c'est l'oubli qui transparait du témoignage de la mère de l'intéressé, ainsi que de son beau-père. Une attitude qui ne laisse pas indifférent la famille de la victime, qui prend la décision de quitter la salle d'audience pendant plusieurs minutes, les visages rougis par la colère et l'émotion.

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Le procès s'est ouvert le 5 mars aux assises du Pas-de-Calais ©Martin Vanlaton / Jean-Marc Vasco / France Télévisions

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Entre deux prises de paroles décousues, dont une avocate de la partie civile ne manquera pas de souligner l'incohérence avec les audiences précédentes, le beau-père de Jonathan Boillet se justifie : "j'ai tout oublié". Il poursuit : "Est-ce que vous croyez que je suis assez bête aujourd'hui pour vous mentir ? Tous les jours, j'y pense."

En cette deuxième journée de procès, les témoignages se succèdent, mais semblent incapables de guérir les plaies de la famille de Sandy Cucheval. "On ne demande pas la lune, on veut qu'il avoue", admet la cousine de la victime à la cour. Les nerfs sont à vif du côté des parties civiles, lors des dépositions, les témoins sont au bord de perdre leur sang-froid.