Saint-Omer : appel aux bénévoles pour rendre visite aux personnes âgées isolées

Publié le Mis à jour le
Écrit par Alix Guiho
Après plus d'un an de crise sanitaire et de confinement, Jacqueline, 89 ans, n'ose plus franchir le seuil de sa porte. D'un naturel souriant, jovial et plutôt bavard, elle a perdu tout lien social. C'est décidé, elle s'est inscrite au programme "visiteurs bienveillant" pour retrouver de la compagnie.
Après plus d'un an de crise sanitaire et de confinement, Jacqueline, 89 ans, n'ose plus franchir le seuil de sa porte. D'un naturel souriant, jovial et plutôt bavard, elle a perdu tout lien social. C'est décidé, elle s'est inscrite au programme "visiteurs bienveillant" pour retrouver de la compagnie. © Mustafa Mohammad

A Saint-Omer, le nombre de personnes âgées isolées a doublé avec la crise sanitaire et les longs mois de confinement. Le CCAS lance alors un nouveau dispositif : les "visiteurs bienveillants". Il recherche activement des bénévoles, prêts à donner un peu de leur temps.

Avant, Jacqueline Deslyper, 89 ans, sortait tous les jours faire des courses. Elle prenait le bus pour se rendre au supermarché. Elle parlait au chauffeur, au caissier. Aujourd’hui, elle n'interagit plus qu’avec sa télévision. Elle a peur de sortir de chez elle : "Ça me manque, mais je n'y arrive pas. J'ai peur de m'engager dans la rue, j'ai comme une peur de tomber, une peur de... je ne sais pas."

"Je n'aurais pas dû rester enfermée, maintenant, j'ai peur" 

Le docteur lui a dit que c'était psychologique : "je pense que c'est le fait d'avoir passé plus d'un an, 18 mois, en n'y allant plus, je n'arrive plus à m'engager. C'est parce que je suis restée enfermée comme ça. Je n'aurais pas dû. Si j'avais su, j'aurais dû. J'aurais dit "Covid ou pas Covid, je sors". Et puis si j'avais attrapé le Covid, tant pis. Ça aurait été à prendre ou à laisser." 

La journée, Jacqueline fait du café, bricole dans sa maison, s'occupe de son potager et regarde la télévision. Questions pour un champion surtout. Les visites, elles, sont rares. Il y a bien sa fille, qui l'accompagne faire le plein de courses une fois par semaine, "mais elle ne peut pas passer sa vie avec moi, estime-t-elle, ce serait bien qu'une personne vienne me promener". Pour dépasser sa peur. Et surtout, retrouver de la compagnie.

Le lien social rompu par les mesures de distanciation 

A Saint-Omer, elle est loin d’être la seule. Le maire de la commune, François Decoster le constate : "On a notamment une liste qui permet de répertorier les personnes en grande fragilité. Résultat : on est passé d'une centaine de personnes qui s'inscrivaient au centre communal d'action sociale (CCAS) avant la crise sanitaire, au double désormais." Il l'affirme : "la grande solitude est croissante dans la ville de Saint-Omer, et s'étend dans toute la France". 

1 personne âgée sur 3 est isolée 

La grande solitude... un phénomène accentué par la crise du Covid-19 et qui était déjà en augmentation depuis dix ans. C'est ce que révélait le rapport annuel de la Fondation de France, en décembre 2020 : 7 millions de personnes se trouvaient en situation d'isolement, soit 14 % des Français, contre 9 % en 2010. 

La grande solitude... un phénomène qui concerne particulièrement les personnes âgées : 1 sur 3 est en situation d’isolement. "Un tiers d’entre eux n’ont que les relations de voisinage comme réseau de sociabilité, un réseau qui a tendance à s’affaiblir", assure la Fondation de France. 

Le CCAS recherche des bénévoles, des "visiteurs bienveillants" 

La Ville de Saint-Omer essaye alors de renforcer ses outils de lutte contre l'isolement et met en place le dispositif des "visiteurs bienveillants". Il s'agit de rendre visite régulièrement à une personne isolée de la commune. Jouer aux cartes, faire une promenade, une visite culturelle, ou tout simplement boire un café et discuter. "Le bénévole peut choisir entre une visite hebdomadaire ou toutes les deux semaines, ou davantage, selon ses disponibilités, indique Evelyne Delobel, directrice du CCAS de Saint-Omer. Mon collègue qui s'occupe de l'action va présenter le bénévole à la personne âgée pour voir si ça peut matcher." 

Nadine Leroy est en passe de devenir "visiteuse bienveillante". Elle connaît bien le CCAS, qui l’a soutenue quand son mari était gravement malade. Aujourd’hui, elle rend la pareille. Et pour elle, être bénévole, dans un sens, c’est aussi être bénéficiaire : "ça m’a vraiment saisie parce qu'en fait moi j’ai aussi été dans le même cas, je me suis dit pourquoi pas rendre service, voir des gens, déjà même pour moi - étant veuve, je suis seule aussi, dans un appartement - et pour des personnes isolées, qui ont envie de parler ou faire des activités." 

Boire un café, échanger quelques mots. Un engagement qui prend tout son sens après un an de confinement et de prise de conscience : celle de la nécessité du lien social dans notre société. 

 

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