Solidarité Artois Ukraine réunit des familles réfugiées d'Ukraine autour d'un repas de Noël solidaire à Ayette

Dans la salle des fêtes de la commune d'Ayette (Pas-de-Calais), dix-neuf familles ukrainiennes avec mères et enfants ont déjeuné ensemble samedi grâce à l'association Solidarité Artois Ukraine. Un moment convivial où toute la place est donnée à la magie de Noël.

Sur les tables dressées, les nappes rouges et serviettes en papier bleu marine donnent le ton. Au milieu des décorations de Noël, dix-neuf familles ukrainiennes trinquent et partagent un repas. Assis à des tables basses, les enfants peuvent dessiner, faire de la peinture et lancer une partie de jeux de société avant de recevoir un ou plusieurs cadeaux chacun.

Ce réveillon avant l'heure a été offert par l'association Solidarité Artois Ukraine, avec le soutien de la fondation de France et la participation de la mairie d'Ayette, qui a mis à disposition la salle des fêtes. Pour Christophe Scaps, président de l'association Solidarité Artois Ukraine, ce repas est l'occasion de "proposer un moment convivial à l'approche des fêtes de fin d'année aux familles ukrainiennes qu'on accompagne dans le bassin minier et l'Arrageois."

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"Éloignées de leur patrie et leur famille, laissées en Ukraine", les réfugiées peuvent profiter d'un repas créé autour d'un évènement "pas facile pour eux, qui leur rappelle ce qu'ils ont pu vivre", explique le bénévole. Pour lui, il s'agit surtout de participer "à leur besoin de reconstruction", notamment celui des enfants, avec des célébrations symboliques qui les "aide à oublier le malheur, les galères et la douleur" confie Anastasia Lisenko, réfugiée ukrainienne.

Un repas chaleureux avec une "seconde famille"

En plus de la distribution de cadeaux, l'esprit de Noël français est apprécié par les Ukrainiens qui le voient "à l'extérieur, dans la rue avec les illuminations sur les maisons et les fenêtres", explique la mère de famille. "Ravie d'être ici", elle est "reconnaissante envers la France qui les a accueil" et "l'attitude formidable dans [leur] accueil."

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Pour Ganna Kozoroz, réfugiée ukrainienne arrivée en mai 2022 pour rejoindre son fils Ivan à Saint-Nicolas-lez-Arras, c'est "un vrai Noël cette année." Elle regrette tout de même l'absence de neige "c'est la seule chose qui manque" par rapport à l'Ukraine où "il y a beaucoup de neige et il grêle" à cette époque de l'année.

En compagnie de ses "amis français", Ganna se "sent très bien et proches" de ceux qu'Aline compare "à une seconde famille". Malgré une période d'adaptation, cette maman qui habite dans un logement social à Lens avec ses enfants, exprime sa gratitude de fêter Noël aux côtés de français et ukrainiens.

La ville d'Ayette, en participant à cette initiative, tient à venir en aide à ces familles ukrainiennes qu'elle "n'a pas pu héberger faute de logement" au début de la guerre. Souligné par un "bon appétit" en ukrainien, soit Смачного [Smachnoho], souhaité par un représentant de la mairie, le repas confectionné par un chef arrageois a été servi grâce à une dizaine de bénévoles de l'association Solidarité Artois Ukraine.

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Depuis 10 ans, elle intervient au long terme avec la "volonté d'inclure les réfugiés dans la société française" notamment en faisant de l'accès à l'emploi son champ de bataille concède Christophe Scaps, président de l'association Solidarité Artois Ukraine. L'action est née d'un constat : "beaucoup de choses sont mises en place pour distribuer les vivres en Ukraine et accueillir certaines familles mais il n'y a rien pour l'après, aucun accompagnement.

"Les enfants ukrainiens ont toutes les aides, sont épaulés par les français et recoivent de bonnes bases en éducation."

Anastasia Lisenko

Christophe Scaps rappelle que la "population ukrainienne ne veut pas être à la charge des Français avec une subvention versée tous les mois." Ce qu'ils veulent "c'est un travail" pour réaliser leurs projets et "subvenir à leurs besoins" explique-t-il.

Tout cela nécessite des moyens pour passer "outre la barrière de la langue qui n'est pas évidente à acquérir" souligne le président de l'association qui met en place un suivi dans l'apprentissage. Le fils de 18 ans d'Anastasia, lui, veut rester en France car, quand bien même la langue et la vie sont différentes, les enfants "ont toutes les aides, sont épaulés par les Français et reçoivent de bonnes bases en éducation", selon la mère de famille.

Noël au téléphone, l'Ukraine n'est jamais loin

D'autres, par contre, souhaitent rentrer chez eux, "on est à peu près à 50/50 qui veulent rester en France ou rentrer en Ukraine." Leur pays, ces familles y pense sans cesse. "Je suis tous les jours inquiète pour mes proches à Odessa" explique Anastasia, pensant à cette ville frappée par des bombardements récurrents. "Je ne peux pas être sereine pour mes proches, la vie n'est pas calme" confie-t-elle.

Elle est l'une des rares à parler de la situation de ses proches, parce qu’"on évoque très peu la guerre avec eux, ils occultent souvent, surtout les veuves" précise Christophe Scaps, président de l'association Solidarité Artois Ukraine.

"J'ai espoir d'avoir la même fête heureuse dans mon pays."

Ganna Kozoroz

Pour Alina, cette année elle passera le même réveillon de Noël qu'en 2022. "Je le fête deux fois, à une heure de décalage, avec mes proches en Ukraine" explique la jeune femme. Son esprit est dans son pays, avec sa mère et sa sœur, avec qui elle garde contact "tout le temps via internet".

Ganna Kozoroz, elle, partage l'espoir de retrouver le même genre "de fête heureuse, bientôt dans [son] pays." Nostalgique, la réfugiée ukrainienne arrivée en 2022 en France raconte qu'à Noël "les enfants passent de maison en maison et reçoivent cadeaux, bonbons et sucreries avant de rentrer pour célébrer en famille."

Traditionnellement, les enfants portent "une toile qui représente Noël et chante des chansons" autour d'une koutia, un plat sucré à base de grains de blé, de noix et de raisins secs servi le soir de Noël.