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Retards de paiement des retraites par la Carsat Nord-Picardie : comment en est-on arrivé là ?

Des retraités patientent à la Carsat Nord-Picardie. / © MaxPPP
Des retraités patientent à la Carsat Nord-Picardie. / © MaxPPP

Explications sur un scandale qui traîne depuis des mois, alors que 1.200 nouveaux retraités ne sont toujours pas correctement payés en Picardie et Nord-Pas-de-Calais.

Par Mickael Guiho

Prendre sa retraite et ne plus avoir de revenus. C'est la galère à laquelle ont été temporairement confrontés des milliers de néo-retraités de Picardie et du Nord-Pas-de-Calais ces derniers mois.

Au 23 mars, la Carsat Nord-Picardie, caisse de retraites pour les deux régions du nord de la France, avait encore 3.500 dossiers à traiter. Comparé à une période normale, la Carsat estime à 1.200, le nombre de dossiers "en retard".

Au début de l'hiver, on parlait de 8.000 dossiers. La situation s'est donc bien améliorée, mais elle traîne, malgré la médiatisation du problème et l'intervention du gouvernement au mois de décembre.

Des problèmes d'effectifs


Le 19 mars dernier, la picarde Laurence Rossignole, Secrétaire d’État aux Personnes âgées, était interpellée au Sénat. Elle a rappelé quelle était la cause essentielle de ces retards : le départ anticipé pour les carrières longues.

En novembre 2012, le gouvernement adaptait ce dispositif, permettant aux personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans (au lieu de 18 ans sous Nicolas Sarkozy) de partir à la retraite avant l'âge légal. "Un droit nouveau dont nous pouvons être fiers", a estimé la ministre, même s'il a eu pour conséquence lointaine de générer des retards dans le paiement des retraites...

Laurence Rossignol. / © KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Laurence Rossignol. / © KENZO TRIBOUILLARD / AFP

En effet, la Carsat Nord-Picardie confirme qu'il y a eu "beaucoup de départs en interne" avec ce dispositif carrières longues.

Elle assure pourtant que "les postes liés à la gestion des retraites ont été remplacés à 100% : on a eu des restrictions dans d'autres secteurs, mais pas pour les retraites." Concrètement, 24 personnes ont été embauchées en CDI et leur formation, qui dure normalement 12 à 18 mois, a été accélérée.

Mais ce n'était pas suffisant. Pour preuve : la Carsat Nord-Picardie annonce l'arrivée de 11 CDD en renfort le 1er avril.

Manque de réactivité


Aujourd'hui la Carsat estime que "la situation est revenue à la normale", au sens où une solution a été proposée à tous les néo-retraités : soit une liquidation provisoire, soit le versement d'une indemnité de 800 euros. Deux dispositifs exceptionnels mis en place par le gouvernement... uniquement cet hiver, quand des milliers de dossiers en retard s'étaient accumulés.

Selon Béatrice Druelle, secrétaire régionale CFDT Nord-Pas de Calais, "la caisse nationale d’assurance retraite n’a pas pris la mesure de la situation", en tout cas pas assez tôt. "Pourquoi des acomptes n'ont-ils pas été versés ?", demande la syndicaliste.

Vidéo tournée par la CFDT.

 
La Carsat Nord-Picardie se défend et renvoie implicitement la balle au gouvernement, qui fixe les règles administratives auxquelles elle est tenue : "Notre directeur général a tiré la sonnette d’alarme dès le début, on a rapidement mis en place des actions. Suffisantes ou pas ? Ce n'est pas à moi d'en juger. On a finalement eu des dérogations par le national, notamment pour la liquidation provisoire, données uniquement à notre région et le Languedoc-Roussillon, que nous avions demandées bien avant."

Les victimes vont devoir payer plus d'impôt


La CFDT organisait une manifestation jeudi 26 mars, lors de laquelle Béatrice Druelle s'est exprimée. Outre son diagnostic sévère sur l'action de la Carsat - le syndicat parle de "dysfonctionnements graves" - la CFDT souligne que les retraités victimes de ces retards risquent de souffrir d'effets secondaires...

Le syndicat pense en effet que les rappels de paiement que les retraités finiront par toucher un jour, seront parfois tellement importants qu'ils dépasseront le cadre d'une année de référence fiscale. Par conséquent, ils pourraient devoir "payer plus d'impôts", sans parler des agiots.

La Carsat confirme l'existence de ce risque mais ne s'estime pas compétente. "L’assuré devra contacter son centre d’impôts et demander un étalement", conseille l'organisme. Comme quoi, la retraite, ce n'est vraiment pas de tout repos.

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