RC Lens : combien Hafiz Mammadov va-t-il toucher sur la cession du club ?

Hafiz Mammadov, actionnaire majoritaire du RC Lens, avait investi plus de 20 millions d'euros depuis sa reprise des Sang et Or à l'été 2013. Mais avec la liquidation de la holding et la cession du club artésien à Solferino, il ne récupérera que des miettes.

Hafiz Mammadov était absent, mercredi, au tribunal de commerce de Paris alors que se jouait, en chambre du conseil, le sort du RC Lens qu'il avait racheté à l'été 2013. A vrai dire, plus personne ne s'attendait à le voir débarquer. Empêtré depuis deux ans dans des difficultés financières, politiques et personnelles dans son pays, l'Azerbaïdjanais semble avoir rendu les armes sans vraiment chercher à se battre. "Pendant deux ans, j'ai frappé à toutes les portes et demandé de l'aide, mais ça a été refusé dans tous les bureaux", s'est-il expliqué la semaine dernière sur le site Haqqin.az. "C'était une question d'honneur pas seulement pour Hafiz Mammadov, mais pour tout le pays. (...) J'étais prêt à renoncer à ce club au profit de tout autre oligarque en Azerbaïdjan, mais personne n'a voulu. Donc, nous avons perdu Lens.

Après avoir englouti plus de 20 millions d'euros à Lens, Hafiz Mammadov est devenu un actionnaire fantôme. Il n'a même pas souhaité donner suite, en début d'année, à l'offre d'achat formulée par le Belge Grégory Maquet, PDG de Century 21 Bénélux. Son entreprise, le Baghlan Group, possédait 99,99% de RCL Holding, la société parisienne qui détenait la quasi-totalité des actions de la SASP Racing Club de Lens. Faute de financement depuis près d'un an et demi, cette holding a fini par être placée en liquidation judiciaire le 4 mai dernier. Avec seulement 5 735 euros en caisse, elle était en cessation de paiement avec un passif exigible de 12,15 millions. Selon nos informations, cette dette se compose de la manière suivante :
  • 500 000 euros de passif social et fiscal (Urssaf, impôts...)
  • 100 000 euros de passif fournisseurs (assurances, cabinet d'avocats), dont la moitié est due à la compagnie Axa.
  • 11,55 millions de compte-courant d'associé dus au Baghlan Group
En clair, le Baghlan Group d'Hafiz Mammadov avait consenti une avance de 11,55 millions à RCL Holding pour financer sa filiale, le Racing Club de Lens. Cette somme lui était théoriquement remboursable, à condition que la société soit en capacité financière de le faire. Ce qui n'était pas le cas. Avec la liquidation de la holding et la cession du club à un repreneur, l'Azerbaïdjanais ne récupérera donc que des "miettes" au regard de l'investissement consenti.

Plus 20 millions investis, moins de 160 000 euros récupérés

La société luxembourgeoise Solferino, qui devrait être désignée lundi comme le nouveau propriétaire du club, a mis sur la table 660 000 euros pour racheter les actions et le passif de RCL Holding dans la SASP, assorti d'un investissement de 5 millions d'euros en capital pour couvrir les besoins immédiats des Sang et Or. Sur les 660 000 euros de la vente, 500 000 euros seront versés à l'Etat pour couvrir la dette fiscale et sociale de la société. Les 160 000 euros restant seront répartis entre les fournisseurs et le Baghlan Group d'Hafiz Mammadov, au prorata du montant leurs créances. D'après nos calculs, l'Azerbaïdjanais ne devrait donc toucher que 158 624 euros. Les fournisseurs, eux, devront se partager la modique somme de... 1376 euros.

Hafiz Mammadov a déjà perdu en début d'année Bank of Azerbaijan, la banque privée qu'il détenait avec sa famille et qui a été placée, elle aussi, en liquidation judiciaire le 1er février. Son autre club de foot, le FC Bakou, rélégué administrativement en 2e division cette saison, ne va pas très bien non plus. Selon un récent communiqué, le club de la capitale azerbaïdjanaise peine encore à remplir tous les critères pour l'octroi de sa licence. Du temps de sa splendeur, Hafiz Mammadov lui avait pourtant permis de décrocher deux titres de champion (2006 et 2009) et trois coupes nationales (2005, 2010 et 2012). 
Hafiz Mammadov peut-il déposer un recours ?
En principe, Hafiz Mammadov dispose d'un délai de 10 jours à compter du jugement du tribunal de commerce de Paris pour déposer un  éventuel recours. Début mai, nous avions consulté Me Philippe Hameau, avocat au cabinet parisien de Norton Rose Fulbright et spécialiste des procédures de cession en mode "prepack" comme celle mise en oeuvre pour le RC Lens. Selon lui, un recours de Mammadov aurait peu de chance d'aboutir. "L’article R.661-1 du Code de commerce dispose que les décision rendues en matière de sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire sont exécutoires de plein droit", nous avait-il expliqué. "Tel est le cas du plan de cession, qu’il intervienne dans le cadre d’un "prepack" ou pas. Ainsi un recours de l’actionnaire n’aurait pas d’effet suspensif. D’ailleurs, l’actionnaire ne fait pas partie des personnes autorisées à faire appel d’un jugement arrêtant un plan de cession (article L.661-6 III du Code de commerce). En outre, l’article L. 661-7 exclut la tierce opposition, c’est-à-dire le recours d’une personne qui n’était pas partie à un jugement mais qui souhaite le critiquer parce qu’il lui fait grief. Autrement dit, si un jugement ordonne la cession des actifs de cette holding, la messe sera dite pour l’actionnaire qui ne disposera d’aucun recours. Bien entendu cela ne l’empêchera pas de tenter un recours mais celui-ci devrait être déclaré irrecevable".

Jusqu'à présent, Hafiz Mammadov n'a jamais laissé entendre qu'il comptait contester la cession du club par le tribunal. Ignacio Aguillo, l'un des actionnaires du futur repreneur, Solferino, est une de ses connaissances. L'Espagnol, dirigeant de l'Atlético de Madrid, a représenté en effet les intérêts de l'Azerbaïdjanais lors de discussions menées à Londres avec le Belge Grégory Maquet, le 18 février. Le club madrilène, qui pourrait acquérir à l'avenir 34,6% des actions du RC Lens, est par ailleurs toujours sponsorisé par "Azerbaijan, Land of Fire", la marque créée par Mammadov pour promouvoir son pays.