RC Lens : l'alliance Mammadov/Percheron fait sortir Martel de ses gonds

Publié le Mis à jour le
Écrit par YF

Le président du RC Lens, Gervais Martel, a diffusé un communiqué cinglant sur le site officiel du club où il indique ne pas avoir "été informé au préalable" des démarches entreprises par Daniel Percheron auprès de l'actionnaire, Hafiz Mammadov.  

Le communiqué, diffusé ce mercredi sur le site officiel du Racing Club de Lens, commence de façon plutôt soft. "Le Président Gervais Martel se félicite de la démarche entreprise par M. Daniel Percheron auprès de M. Hafiz Mammadov, actionnaire principal du club, malheureusement dans l’incapacité de faire face à ses engagements écrits et verbaux depuis plus d’un an, et ce malgré son fort investissement initial", peut-on lire. "Il tient à la disposition de M. Daniel Percheron l’ensemble des éléments juridiques et financiers lui permettant de mieux apprécier la situation du club, qui a effectivement été maintenue à flot pendant cette « absence » sans aucun concours bancaire ni actionnarial." Mais au troisième paragraphe, le ton se corse. "(Gervais Martel) trouve néanmoins surprenant que cette démarche ait pu avoir lieu sans qu’il en ait été informé au préalable par M. Daniel Percheron, à fortiori en présence d’un ancien salarié du club (Xavier Thuilot, ex-directeur général adjoint du club NDR)."

Lundi, Daniel Percheron, président PS du Conseil Régional du Nord Pas-de-Calais, a annoncé, au micro de France Bleu Nord, qu'il avait rencontré en personne Hafiz Mammadov en Azerbaïdjan pour lui demander "d’ouvrir le capital du club, d’ouvrir la gouvernance aux forces vives du territoire". "Sa réponse fut positive", avait-il affirmé annonçant la création d'une coopérative d'intérêt collectif qui regrouperait supporters, collectivités et entrepreneurs locaux et qui prendrait une participation de 1 à 2% dans le capital de RCL Holding, la société parisienne qui possède le club artésien.

"La gestion du club n'a rien d'opaque"

Ce mercredi matin, un article du journal L'Equipe, consacré à cette entrevue Percheron/Mammadov, semble avoir mis le feu aux poudres. On y apprend que le président de région s'est rendu à Bakou en compagnie de Xavier Thuliot, ex-directeur général adjoint du club, remercié cet été par Gervais Martel. L'article explique également que Daniel Percheron aurait pris l'initiative de ce rendez-vous après avoir été alerté par deux dirigeants du RCL, Didier Roudet et Jocelyn Blanchard, inquiets de la situation financière du club. Selon le quotidien sportif, cette entrevue avec Hafiz Mammadov avait pour but de "créer, de fait, un contre-pouvoir à Gervais Martel et à ses équipes au fonctionnement opaque".

Une accusation qui semble faire bondir le président lensois. "(Gervais Martel) rappelle que la gestion du club n'a rien d'opaque, étant entendu que sa situation financière fait l'objet comme chacun le sait, d'un examen rigoureux et périodique par la DNCG ET QUE SON BUDGET A DU ETRE ADAPTE A LA DEFAILLANCE DE SON ACTIONNAIRE PRINCIPAL AU COURS DES DOUZE DERNIERS MOIS après examen attentif par la DNCG (Les majuscules sont dans le communiqué NDR)", répond le club sur son site.
 

La guerre est déclarée

"Néanmoins, et dans l’hypothèse où cette rencontre ne déboucherait sur rien de précis ni de concret pour améliorer la situation juridique ou financière du club, Gervais Martel a décidé de poursuivre ses efforts et ses démarches afin de sortir le RC Lens de cette impasse." Alors que Gervais Martel et Daniel Percheron étaient allés main dans la main, fin juin, devant la Direction Nationale de Contrôle de Gestion (DNCG), l'heure ne semble plus à l'amitié entre les deux hommes.

L'enjeu porte clairement sur la gouvernance du RC Lens. A ce jour, Hafiz Mammadov et Gervais Martel se partagent le pouvoir au sein de la "holding" qui possède le club. L'homme d'affaires azerbaïdjanais détient 99,99% du capital et le président du Racing seulement 0,01% (soit 1000 euros d'actions sur un capital d'environ 12 millions). Mais les statuts de la société accordent à ce dernier 40% des voix au conseil d'administration, ainsi qu'une minorité de blocage sur toute décision stratégique importante, comme l'augmentation ou l'ouverture du capital. Si Daniel Percheron et Hafiz Mammadov souhaitent faire entrer une coopérative d'intérêt collectif dans la "holding", l'accord de Gervais Martel est donc indispensable. Et pour que cette coopérative puisse réellement peser dans les décisions, le président lensois doit accepter une refonte totale des statuts et surtout renoncer à ses 40% au conseil d'administration et à sa minorité de blocage. Ce qui, à première vue, ne semble pas dans ses intentions.  

Vers une situation de blocage ?

"Gervais Martel est incontournable comme l'est Mammadov aujourd'hui dans la constitution statutaire de la holding", nous confiait ce mercredi matin Dominique Bailly, sénateur-maire d'Orchies, qui plaidait au printemps dernier pour une diversification de l'actionnariat du RC Lens. "Ça fait quand même beaucoup". L'élu socialiste, qui assure ne pas être impliqué aujourd'hui dans les démarches et projets de Daniel Percheron, avait recommandé à Gervais Martel de déposer le bilan de la holding pour régler une bonne fois pour toute ce problème d'actionnariat et de gouvernance et laisser la place à des repreneurs. Ce à quoi le président lensois s'était refusé. "On dépose le bilan d’une entité quand on est en cessation de paiement", avait argumenté Gervais Martel. "Ni la SASP (c'est à dire le club NDR), ni la holding ne sont en cessation de paiement."

D'après lui, il existait une autre solution pour "sortir" Hafiz Mammadov de la holding et attirer de nouveaux investisseurs. "On peut faire un constat de carence de l’actionnaire principal. Mais ça ne se fait pas en 2 secondes, il faut saisir les tribunaux compétents". Dans plusieurs interviews accordées ces derniers mois, Gervais Martel déclare qu'il s'est fixé jusqu'à fin décembre pour trouver une issue juridique. Mais selon Daniel Percheron, c'est une autre date qui avait été avancée, fin juin, devant la DNCG : le "gendarme financier" du foot français attendrait ainsi la mise en place d'une nouvelle gouvernance avant le 31 octobre 2015. Aujourd'hui en tout cas, tout semble bloqué.
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