Crise de l'aéronautique à Albert : les méthodes de licenciement douteuses de la Simra

Avec la crise du Covid, le secteur aéronautique traverse une crise majeure et durable. Dans la Somme, Stelia et ses sous-traitants risquent de payer un lourd tribut. À la Simra, basée à Albert, la direction veut se séparer de 90 salariés sur 150. À coup de méthodes douteuses, selon les syndicats.

Manifestation à l'appel de la CGT devant la Simra, à Albert, le 2 juin 2020.
Manifestation à l'appel de la CGT devant la Simra, à Albert, le 2 juin 2020. © Laurent Pénichou/FTV
L'ambiance est très tendue à l'intérieur de l'usine. "Aussi bien avec la direction qu'entre les compagnons", confie un représentant syndical. L'usine en question, c'est la Simra, basée à Albert dans la Somme. Qui appartient au groupe d'ingénierie français Segula.
 
Elle fabrique des planchers d'avions et des pare-brises de cockpits. Elle les livre ensuite non loin de là, à Méaulte, chez Stelia, une filiale du groupe Airbus. C'est 80% de son activité. Autant dire que quand Stelia va mal, la Simra plonge. Depuis le mois de mars, il est question de réduire drastiquement les effectifs. Objectif : 90 postes en moins, selon les syndicats, sur les 150 que compte l'entreprise. Un chiffre que la direction du groupe refuse de confirmer, tout en reconnaissant qu'il lui faut effectivement revoir ses effectifs à la baisse "étant donné le contexte de crise économique sans précédent que connaît le secteur aéronautique et les baisses de cadence des donneurs d'ordres".

Des propositions jugées illégales

Les négociations autour de ces départs sont houleuses et opaques. Le 2 juin, les salariés manifestent sur leur temps de pause pour se plaindre de la méthode. Selon eux, la direction tenterait de négocier en douce des départs volontaires pour faute grave. "Ils nous disent que c'est tout simple", raconte l'un des salariés approchés. "Un beau matin, on ne se présente pas à notre poste de travail. Alors, la direction nous envoie une première relance par courrier, puis une seconde. On ne bouge toujours pas et là, c'est la faute grave". Chaque salariés volontaire recevrait un chèque de 11.000€ pour solde de tout compte, contre la promesse de ne pas intenter d'action devant les Prud'hommes. "Totalement illégal !" s'indigne la CGT.

Une rupture conventionnelle plutôt qu'un plan social

Depuis cette manifestation et sa médiatisation, les choses ont un peu évolué. La direction confirme s'orienter aujourd'hui vers une procédure de rupture conventionnelle collective. Moins contraignante toutefois pour elle qu'un plan de sauvegarde de l'emploi (voir encadré ci-dessous). Les négociations sont toujours en cours avec les syndicats. Contactée, la direction de Segula affirme vouloir reclasser le maximum de salariés possible. Soit au sein du groupe, qui travaille aussi dans les secteurs automobile et ferroviaire, soit en les accompagnant vers de nouveaux projets professionnels. Quant à la direction régionale du travail, interpellée par le comité d'entreprise, elle refuse de communiquer sur ce dossier "en cours de traitement".

Notre intention est claire. Nous souhaitons maintenir notre pôle aéronautique dans les Hauts-de-France car nous avons confiance dans la capacité de rebond du secteur.

Direction du groupe Segula

Face aux syndicats, qui craignent que ces suppressions de postes ne soient le prélude à une fermeture totale de l'usine d'Albert, la direction de Segula se veut rassurante : "Notre intention est claire. Nous souhaitons maintenir un pôle aéronautique dans les Hauts-de-France car nous avons confiance dans la capacité de rebond du secteur (...) Les plans d'aide à la filière aéronautique (...) devraient nous permettre de préserver notre outil industriel et un maximum d'emplois".

La Simra n'est pas le seul sous-traitant impacté par la crise : Figeac, Laroche, Blondel, 3A, Derichebourg, entre autres, sont aussi menacés. Dans ce coin de la Somme que l'on appelle le Pays du Coquelicot, l'aéronautique fait vivre, directement ou indirectement, des milliers de familles.
 
Rupture conventionnelle ou plan social : les différences
La rupture conventionnelle collective (RCC) est un dispositif qui existe depuis septembre 2017. Elle fait partie de l'arsenal des mesures mises à disposition des entreprises pour faciliter les cessations de contrats. Contrairement au plan social, la rupture conventionnelle collective ne nécessite pas de justification économique. Aucun motif formel n'est nécessaire. C'est juste une réorganisation de l'activité. Ce n'est pas un licenciement, puisqu'elle implique l'accord des salariés (ou de leurs représentants). Aucun calendrier ni délai n'est fixé par la réglementation. Cela peut donc aller beaucoup plus vite qu'un plan social. Les obligations de l'employeur sont moindres, notamment en terme de mesures sociales ou de reclassements. Une fois l'accord signé entre la direction de l'entreprise et les salariés, la direction du travail a 15 jours pour le valider.
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