Barbara Pompili : “Ce que j'ai vu à l'hôpital Pinel me remplit de honte”

© FRANCOIS DESTOC / PHOTOPQR/LE TELEGRAMME
© FRANCOIS DESTOC / PHOTOPQR/LE TELEGRAMME

Au début du mois, Barbara Pompili a visité l'hôpital psychiatrique Pinel, à Amiens. La députée en est sortie profondément bouleversée.

Par Célia Mascre

Depuis des mois, l'hôpital Pinel est en pleine tourmente. Pétitions, grèves, le personnel de l'établissement a tout essayé pour se faire entendre. Brigitte Fouré, maire de la ville, est également intervenue auprès de la ministre de la santé. Pourtant, aucune évolution n'a eu lieu. 

Le constat est alarmant : 11 millions de déficit cumulé depuis 2008, des unités supprimées ou en cours de suppression, surcharge et suroccupation des services et des chambres... Barbara Pompili avait eu écho de ces problématiques. Mais sa visite de l'établissement, accompagnée de sa collaboratrice, l'a bouleversée. "Nous sommes ressorties ébranlées. Marquées pour longtemps par ce que nous avons vu", écrit-elle sur sa page Facebook.

"Ce que j’ai vu ce vendredi 3 novembre à l’hôpital Pinel me remplit de honte. Ce que j’ai vu ce vendredi 3 novembre dit malheureusement beaucoup de notre société qui se dit si 'civilisée'", poursuit la députée.


Promiscuité "inacceptable", sureffectifs des patients... Barbara Pompili a bien constaté des anomalies. Mais ce n'est pas le pire, selon la députée. "La faiblesse hallucinante des effectifs transforme cet hôpital en gigantesque garderie avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour ceux qui sortent, comme pour ceux qui ne sortent pas... "

"Il n’y a pour ainsi dire personne pour soigner les patients", conclut la députée. Ils [le personnel, NDLR] tentent [...] de donner un peu d’humanité à un système inhumain". 

Le jour de sa visite, le médecin est là, mais c'est exceptionnel. Le vendredi après-midi est le seul moment de la semaine où il est présent. Le reste du temps, deux infirmiers ou infirmières sont sur place, aidés pafois par une ASH. Dans certaines unités, faute d’ASH, ce sont les infirmiers et infirmières qui font le ménage. "Ce jour-là ils ont avec eux deux étudiantes en première année, l’une élève infirmière, l’autre élève aide-soignante. Ils sont donc 5 dont deux personnels soignants aguerris, pour 18 personnes lourdement atteintes," relate Barbara Pompili. 

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Suite à cet article, Barbara Pompili est intervenue en Duplex dans notre JT soir du 13 novembre

Manque flagrant de sécurité

Les personnes lourdement atteintes peuvent s'avérer dangereuses pour elles-mêmes mais aussi pour le personnel. Or le manque d'effectifs les mettent clairement en danger. Barbara Pompili a été boulversée par le cas de celui qu'elle appellera "N", un homme autiste âgé de 40 ans environ. Il vit dans l'unité pour personnes lourdement atteintes depuis qu’il a quitté la pédopsychiatrie. "Les bras griffés des infirmiers montrent à quel point il est difficile de le laisser sans surveillance. Ils sont donc obligés de le laisser seul, attaché, dans son lit la majeure partie de la journée". 

"Le regard de N dont le seul horizon de vie est d’être sanglé à son lit, les regards des autres, réduits à l’état de morts-vivants condamnés à errer dans une grande pièce vide sans occupation... On ne peut pas voir cela et rester indemne."

"Un système aveugle est en train de nous faire revenir en arrière sur la manière dont nous traitons nos plus vulnérables. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire des économies ici. Nous devons d’urgence remettre du personnel auprès des malades. Nous devons d’urgence arrêter de faire des économies sur le soin psychiatrique. C’est une question de dignité humaine. C’est une question de civilisation. C’est une question essentielle pour notre société : celle de pouvoir se regarder en face."

La députée, qui a déjà saisi l’ARS du problème ainsi que le gouvernement, compte les réinterpeller cette semaine accompagnée de François Ruffin, également député dans la Somme.

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