Du tramway oublié aux bus au biogaz, l'histoire pleine de rebondissements des transports publics à Amiens

L'histoire du dimanche - Le projet d'un tramway a fait couler beaucoup d'encre lors des élections municipales de 2014. Certains en ont rêvé, mais peu d'Amiénois savaient que la ville en avait déjà accueilli un dès 1880. Du tramway initial à aujourd'hui, de nombreux moyens de transport se sont succédé.

"Les vieux Amiénois savent qu'il y a eu un tramway à Amiens, mais il n'y a plus beaucoup de vieux Amiénois", confie Pierre Mabire, co-auteur avec Maurice Duvanel des Amiénois - À pied, à cheval, en avion. Dès la fin du XIXe siècle, tramways hippomobiles puis électriques, mais aussi trolleybus et bus thermiques se sont succédé jusqu'à notre actuel réseau de bus.

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Le tracé des lignes de bus conserve certains détails inchangés. La place Alphone Fiquet, en face de la gare, reste un point central du réseau. En revanche, le parcours a été étendu et développé pour s'adapter à l'évolution démographique et à l'extension de la métropole.

Un premier tramway tracté par un cheval

C'est en 1879 qu'est créé le premier tramway. "La haute société amiénoise, au XIXe siècle, ne manquait pas de moyens pour aller d'un point à un autre de la ville grâce aux "voitures de places" tirées par un attelage aux ordres d'un cocher. En revanche, pour la population modeste, c'était la marche à pied..." explique Jean-Marie Fouré dans son livre Amiens, du tram au bus, publié en 2009.

La première génération de tramway était bien différente de ceux que l'on connaît aujourd'hui puisqu'ils étaient tractés par des chevaux. D'après Jean-Marie Fouré, "le 10 octobre 1887, la création d'un réseau de tramways à traction animale fut déclarée d'utilité publique". Deux personnes travaillaient dans ces tramways : le cocher et le receveur. Le second vendait les titres de transport. Tous deux prenaient place dans ce véhicule surnommé "la baladeuse".

"Le cheval blanc sur cette photo était très aimé des gens. Ils le voyaient arriver de loin. C'était l'un des premiers à tirer les tramways", raconte Pierre Mabire.

Dès 1899, le tramway hippomobile laisse place à un tramway électrique dont le dépôt se trouvait à Saint-Acheul. "Pour alimenter les lignes en énergie, deux centrales électriques ont existé. La première fut mise en service en 1899. Elle se situait boulevard du Cange et fonctionnait au charbon", peut-on lire dans Amiens, du bus au tram.

Les lignes principales restent les mêmes, mais en 1905 deux nouvelles lignes sont créées pour desservir les quartiers d'Henriville et de Saint-Pierre. Le receveur est toujours là, mais le cocher est remplacé par un "wattman". Les voyageurs achetaient des tickets détachables d'une souche que les receveurs marquaient au crayon de couleur, mais ils pouvaient aussi payer avec de la monnaie propre au réseau de transport. "En 1922 et 1923, devant la nécessité, l'État autorisa un certain nombre d'organismes à battre monnaie. La Société de Tramways d'Amiens frappa donc une monnaie de trente centimes (six sous) qui avait valeur de titre de transport.", peut-on lire dans Amiens, du tram au bus.

La fin du tramway à cause des bombardements

En 1932, la Société des Tramways met en place un nouveau mode de transport : quatre autobus Citroën de type C6G1, pour assurer la liaison entre Amiens et Longueau. Le bus a dû prendre le relais des tramways en 1940. Les 19 et 20 mai de cette année, les bombardements allemands ont détruit le dépôt de Saint-Acheul. "Les traminots ont été employés pendant un an et demi, le personnel disponible (de la Société des Tramways d'Amiens) fut employé à la démolition des maisons endommagées et à la récupération des matériaux de construction, principalement les briques réutilisables", révèle Jean-Marie Fouré dans Amiens, du tram au bus. Malgré le déblaiement partiel des immeubles bombardés tombés sur les rails, le tramway ne reprendra jamais de service. La rue des Trois-Cailloux est aujourd'hui piétonne.

Pour le remplacer, la Société des Tramways d'Amiens a loué des autobus équipés d'un gazogène au réseau des transports parisiens. Une grande réserve de gaz est positionnée sur le toit de ces bus Renault PM6 qui étaient appelés "les Parisiennes". Quelque 80 ans plus tard, des bus, alimentés au biogaz cette fois, ont été relancés dans la métropole en janvier 2024.

Lorsque la guerre s'est terminée et qu'un nouveau réseau a dû être reconstruit, c'est le trolleybus qui a été choisi. Moins cher que le tram, le trolley était relié au réseau électrique aérien par de deux perches placées sur son toit. Il avait parfois une remorque qui pouvait accueillir tout autant de passagers.

Il y a 60 ans, l'arrivée du bus

Ce mode de transport a été exploité jusqu'en 1964, avant de céder la place aux autobus. "À l'époque, il y avait une centrale électrique à charbon qui était dédiée au trolleybus et la municipalité a fait le calcul. C'était trop cher et puis ça polluait beaucoup l'air ; elle était en pleine ville et les cheminées crachaient du noir en permanence. Il fallait fermer les fenêtres pour ne pas salir l'intérieur des maisons ; comme on faisait avec les fenêtres du tramway pour que les passagers ne ressortent pas tout noirs d'ailleurs.", explique Pierre Mabire.

Dès 1964, ce sont des bus au gasoil qui ont remplacé les trolleybus. Thierry Bonté, le candidat socialiste à la mairie d'Amiens en 2014, explique pourquoi des tramways n'ont pas été remis en place alors que la guerre était terminée : "C'était l'époque du tout voitures. Beaucoup de villes détruisaient les lignes de transports en commun parce qu'elles entravaient la circulation des transports individuels."

La campagne municipale de 2014 a placé le renouvellement des transports en commun de la métropole amiénoise au cœur du débat. Le développement de la ville nécessitait un réseau de transport plus efficace. Les électeurs devaient choisir entre le tramway proposé par le Parti socialiste et le bus électrique à haut de niveau de service de l'Union des démocrates et indépendants. "C'était une erreur d'axer la campagne sur ce sujet parce que ça a cristallisé les oppositions autour de cela. Les anti-tram ont gagné face aux pro-tram", reconnaît Thierry Bonté.

C'est en effet la candidate UDI Brigitte Fouré qui a finalement emporté cette élection. Les bus électriques, fabriqués en Espagne et baptisés Nemo, ont été mis en service en 2019 dans la métropole amiénoise, non sans difficultés. La flotte devrait être très prochainement complétée par des bus au biogaz.

Thierry Bonté ajoute : "Aujourd'hui les Amiénois sont fatigués qu'on leur parle des transports. Ils sont fatigués qu'on leur propose des choses qui ne fonctionnent pas." Jean-Marie Fouré le confirme. L'auteur d'Amiens, du tram au bus et président d'honneur de l'Association de découverte et histoire du transport urbain amiénois, aujourd'hui dissoute, refuse d'accorder une interview à France 3 Hauts-de-France. Il affirme que plusieurs personnes auraient subi des pressions en abordant ce sujet. Ce que réfute Amiens Métropole, qui "s'étonne de ces propos et ne perçoit pas à quoi ils font référence." 

L'auteur conclut son livre en disant : "Que sera devenu dans 5, 10 ou 30 ans le réseau Amétis ? L'avenir le dira." À bonne distance et à travers le portail de sa maison, il lâche tout de même : "le bus électrique, c'est une grande erreur et aujourd'hui le gaz aussi. Je ne suis plus pour le tram non plus puisque maintenant, il y a l'hydrogène. On devrait produire au maximum de l'hydrogène pour donner quelque chose à nos enfants, vu le coût de l'énergie. D'ailleurs, il y a une usine qui réhabilite des anciens bus en les transformant en bus à hydrogène, juste à côté, à Hangest-en-Santerre. Ce n'est pas en Espagne."

Amiens Métropole souhaite rappeler que "sa flotte de bus électriques est désormais fonctionnelle. Les lignes NEMO représentent aujourd'hui 80% du flux des usagers, qui sont en augmentation. La dernière enquête de satisfaction des usagers, réalisée par le délégataire Kéolis, témoigne de la satisfaction de 90% des usagers (88% sur le réseau global)".

Concernant les bus électriques et au biogaz, la métropole précise que "ces technologies, en plus de garantir un haut niveau de service, concourent aux objectifs de transition écologique de la collectivité. Le circuit de vie des bus électriques, comme celui des bus biogaz, est 80% moins polluant que le circuit de vie des bus au diesel. Les bus électriques Nemo, par ailleurs, ne génèrent aucune nuisance sonore. Leur efficacité est reconnue, pour les grandes lignes structurantes et urbaines du réseau Ametis."

Pour les lignes de son réseau de proximité, reliant notamment les communes périphériques de la communauté d'agglomération, Amiens métropole a fait le choix de bus biogaz, "dont les capacités kilométriques sont plus adaptées aux zones périurbaines et rurales. Un réseau électrique aurait par ailleurs induit la création de nouvelles infrastructures aux terminus, notamment des bornes de recharge".

Article mis à jour le 17 janvier 2024 avec réponse d'Amiens Métropole.

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