Enduropale Touquet 2023. Le défi d'un père et son fils de 11 ans : "Ce que je veux, c'est de ne pas décevoir papa"

David Nozière et son fils Robin se lanceront sur l'Enduropale du Touquet le 4 février prochain. Pour le père, âgé de 50 ans, il s'agira de son dernier. Pour le fils qui aura 12 ans bientôt, ce sera la première fois qu'il s'élancera sur la mythique course des sables.

Le point fort du papa, c'est la mécanique. David Nozière, pompier dans la vie, effectue les derniers réglages sur les motos qui prendront bientôt la direction du Touquet pour l'emblématique course sur la plage, le 4 février prochain. Avec son fils Robin âgé de 11 ans, ils se préparent à partager un Enduropale ensemble, et pour le jeune garçon, il s'agit d'une grande première.

Dans la famille Nozière, tout le monde est mordu de deux roues. Depuis son plus jeune âge, Robin monte derrière ses parents qui sont motards tous les deux. "Il a eu sa toute première moto à 4 ans et demi, une 49 cm3", nous raconte David, son papa. L'histoire avec l'Enduropale du Touquet commence avec lui : "C'est une course mythique, le graal quand on fait de la motocross. Je l'ai fait deux fois, le premier en 2010, sous la neige... Le deuxième en 2012. Mon petit avait à peine 9 mois à l'époque."

Après cette dernière course, David Nozière revend tout son matériel. Il a quitté la compétition en tant que participant, mais assiste encore des copains qui se rendent chaque année au Touquet. Depuis dix ans, sa place est désormais au stand de ravitaillement.

"Tu feras ton dernier et moi je ferai mon premier"

Cette année, le pompier professionnel fera son retour en tant que pilote grâce à son fils Robin. En 2019, alors que celui-ci l'accompagne sur l'Enduropale et qu'il voit des 85 cc passer (le type de moto de la catégorie espoir) il demande à son père quel est l'âge minimum pour y participer : 11 ans. Il les aura en 2022, mais pas au moment de la course. Il faut donc viser 2023. "À l'époque, il m'a demandé quel âge j'aurai à ce moment-là : 50 ans et un mois. Avec son innocence enfantine, il m'a balancé 'tu feras ton dernier et moi je ferai mon premier'. Je lui ai dit qu'il ne savait pas dans quoi il s'embarquait, mais que moi oui. Mais s'il checke, on y va." C'est le début de l'aventure.

À l'époque, Robin, qui possédait déjà une motocross, une 85 Kawasaki, n'avait jamais participé à aucune compétition. Pour son père, son expérience d'alors de la motocross ne consiste qu'à rouler en ligne droite, ou à faire des petits sauts dans une pâture. Pour se frotter à l'ogre de l'Enduropale, il faut s'entrainer sur du sable. Son père craignait que la magnifique aventure ne se transforme en cauchemar : "Je ne voulais pas qu'il découvre le sable le Jour J et qu'il perde ses moyens. Il fallait qu'il gagne de la technique avant son premier enduro pour qu'il ne soit pas perdu. Moi, à l'époque, j'ai découvert le sable à Loon-Plage, ça m'a pris 45 minutes pour faire 4 kilomètres. En me souvenant de tout ça, je ne voulais pas que Le Touquet soit un calvaire pour Robin".

Se frotter à l'endurance sur le sable

Père et fils ont eu deux années pour se préparer sérieusement. Après la crise du Covid, en 2021, David Nozière fait appel à Laurine Hugues, vice-championne de France des sables, troisième féminine sur le dernier Enduro, qui a été championne de France des sables en junior et vainqueur dans la même catégorie au Touquet en 2020. Avec l'association MX Les Frangines, elle coache les jeunes femmes qui veulent performer en motocross ainsi que les petits pilotes dès 4 ans. Robin débute un entraînement spécifique endurance et sable, et se lance dans la compétition.

En 2022, il fait une saison complète de moto-cross : au championnat espoir Hauts-de-France, il termine septième. Il y a six mois, sa moto tombe en panne et il fait l'acquisition d'une nouvelle qui l'accompagnera au Touquet, une Husqvarna 85 TC. C'est avec elle qu'il fera les deux premières courses des sables de sa vie, fin octobre à Loon-Plage, et mi-janvier à Grayan-et-l'Hôpital.

Le papa, David Nozière, a également dû reprendre le motocross, qu'il avait délaissé depuis dix ans. Pour l'Enduropale, il rachète donc une machine, une Husqvarna 250 4 temps : "Elle est moins violente qu'une 450, moins physique, moins lourde et elle a du coffre. À mon âge, je ne voulais pas me fatiguer inutilement." David s'est remis à s'entraîner à Loon-Plage, et à Ribécourt-Dreslincourt où il y a un circuit à une distance plus raisonnable de leur domicile situé à Amiens. Avec son fils, ils travaillent le renforcement musculaire, abdominal et dorsal grâce à des séances de natation qui leur permettent de détendre également leurs muscles. Pour travailler l'endurance physique et le rythme cardiaque, ils font du cross.

"La grande victoire, c'est contre soi-même"

Mentalement, David s'aperçoit que Robin angoisse sur les lignes de départ et dès qu'il fait de la compétition. "Même pendant les cross avec le collège, avec le stress, je faisais des mini-malaises" confie le jeune élève de sixième. Pour gérer ces épisodes, il consulte une sophrologue et met en pratique les exercices de respiration pour se calmer sur ses deux dernières courses des sables. "Ce que je veux, c'est de ne pas décevoir papa. Le Touquet c'est hyper impressionnant. Il y a beaucoup de monde, c'est un grand circuit avec de belles bosses... Dans le sable, j'ai trouvé comment gérer, explique Robin. Avec mon père, même si on roule ensemble pour s'entraîner, je ne l'ai jamais vu vraiment rouler en compétition, je suis curieux de le voir. Ce sera peut-être plus facile pour moi, car on a quand même une différence d'âge."

Ses mots font sourire son père. Même si ce dernier a déjà terminé deux fois l'Enduropale, le stress sera nouveau cette année : "Quand on est papa et qu'on voit son fils au milieu de centaines de fous furieux, on a beau l'avoir déjà vécu, on connaît les risques. Robin a déjà fait quelques tours aux urgences. D'ailleurs sa mère sera là le samedi en tant que panneauteuse. Mais elle ne veut pas entendre parler d'accidents ou de chutes. Elle est très inquiète et moi aussi."

"Il faut que ça reste un plaisir cet enduro... Le plus grand que j'ai eu sur cette course, c'est de tracer sur la ligne droite, on a la plage pour nous. C'est quelque chose qu'on n'a pas le droit de faire en temps normal, de rouler sur cette belle plage à 100 km/h. Je veux que mon fils se fasse plaisir, qu'il ne subisse pas, qu'il ne soit pas dégoûté, c'est pour ça que je lui ai donné quelques notions de mécanique, au cas où s'il a un pépin, qu'il puisse au moins revenir au stand de ravitaillement pour qu'on règle le souci ensemble."

Samedi 4 février, Robin débutera les festivités sur la course espoir à 9h. Il portera le dossard 56. David sera lui sur le départ classique, à 14h, dossard 1248, dans la deuxième vague. Son objectif : faire 7 ou 8 tours. "À notre niveau, la grande victoire, c'est contre soi-même, c'est passer la ligne d'arrivée. Que les bonhommes et que les machines tiennent."