Handicap : une plateforme de 7 000 m² en construction à Boves pour une prise en charge plus efficace

L'association France handicap Somme pose ce vendredi 5 avril la première pierre de sa plateforme de services coordonnés, située à Boves, près d'Amiens. Ce dispositif doit permettre d’accompagner près de 200 enfants et adultes en situation de handicap dans tout le département, en leur simplifiant la vie.

Près de 20 ans après la loi "handicap" du 11 février 2005, le secteur du handicap opère un grand virage, reflet de l'évolution de notre société.

APF France handicap Enfance & Adultes de la Somme s'inscrit dans ce mouvement en posant ce vendredi 5 avril 2024, la première pierre d'une plateforme de services coordonnés. Implanté sur 7 000 m² de terrain rue Cascabel à Boves, près d'Amiens, le bâtiment accueillera cinq établissements et services dédiés à l'accompagnement de près de 200 enfants et adultes en situation de handicap résidant sur tout le département de la Somme. 12 chambres accueilleront 15 enfants de l'Institut d'éducation motrice (IEM) Jules Verne, en internat de semaine.

Une première pierre pour un projet ambitieux

Lorsque Catherine Wiersch prend ses fonctions de directrice du pôle APF France Handicap en 2019, elle dirige alors deux établissements et un service. Rapidement, l'association lui confie tous les services à domicile qui accompagnent des enfants et des adultes sur leur lieu de vie et la direction des IEM. Chaque structure ayant son propre mode de fonctionnement, la tâche est complexe.

"Il y avait très peu de transversalité. Il y avait très peu de communication et donc les parcours des enfants et des adultes que nous, nous accompagnons, n'étaient pas pensés à l'aune des besoins des personnes, mais les parcours étaient pensés en fonction de ce que les établissements et les services proposaient comme accompagnement."

Éviter les ruptures de parcours

Partant de ce constat, La directrice décide de rassembler l'ensemble des services afin d'éviter les ruptures de parcours. À ce jour, une dizaine d'enfants est sur liste d'attente à l'IEM. "Si un enfant qui est accompagné par un service à domicile a besoin d'être hébergé pour avoir un peu de répit, en fait, il faut repasser par l'instance MDPH (ndlr : Maison départementale des personnes handicapées) qui va refaire une notification pour que cet enfant puisse accéder à une autre forme de prise en charge. Cette notification prend 4 à 6 mois. En attendant, plus rien ne se passe. Même à l'IEM, quand je recevais une famille, je leur disais 'nous, on fonctionne comme ça, à vous de vous adapter'. En pensant ce projet, j'ai voulu apporter une réponse différente".

Grâce à cette plateforme, l'association espère non seulement réduire ces ruptures de parcours, mais surtout proposer des services d'accompagnement à la fois dans le champ du médico-social et dans le droit commun. "On ne peut pas rendre ces enfants invisibles dans notre société, insiste Catherine Wiersch. Il faut qu'ils participent à des choses en inclusion avec d'autres parce qu'ils en tireront le bénéfice. À titre d'exemple, là, ils vont aller participer à des ateliers auprès de l'Orchestre de Picardie. C'est une chose qui ne se faisait pas avant et qui commence à émerger".

Flexibilité et mutualisation

À terme, le bâtiment va abriter tous les services à domicile, ce qui devra faciliter la communication entre les professionnels ainsi que la mutualisation dont l'association a besoin pour créer cette plateforme, comme la salle Snoezelen, salle dédiée à la stimulation sensorielle ou un espace de balnéothérapie. "Ils appartiennent à l'association, souligne Catherine Wiersch, n'importe quel professionnel peut les utiliser. Mais comme avant, ils ne se connaissaient pas, ça ne se faisait pas".

On souhaite mettre en place une équipe mobile qui, elle, pourrait intervenir à domicile et accompagner les familles, pour que les parents puissent continuer à mener leur vie et que leur enfant ne soit pas seul.

Catherine Wiersch, directrice du pôle APF France Handicap Somme

L'idée est d'avoir de la souplesse au fur et à mesure que les besoins évoluent. "Pour un enfant qui est accompagné uniquement à domicile, indique la directrice, les parents pourraient avoir un besoin de relais parce qu'ils sont en difficulté le week-end, aujourd'hui, on ne sait pas répondre. Autre exemple, on a des enfants qui sont en situation de polyhandicap. Ce sont des enfants qui ont parfois de longues périodes d'hospitalisation ou de longues périodes où ils sont obligés de rester à domicile parce que leur santé est très fragile. On souhaite mettre en place une équipe mobile qui, elle, pourrait intervenir à domicile et accompagner les familles, pour que les parents puissent continuer à mener leur vie et que leur enfant ne soit pas seul". La proposition a été déposée. Dès qu'elle sera validée par l'ARS, l'équipe mobile sera créée pour compléter l'offre de services de l'association.

Toujours dans cette dynamique, les professionnels ont déjà modifié leurs plannings afin d'être plus flexibles et la plage horaire d'ouverture des sites a été élargie. "J'essaie de limiter au maximum ce temps d'attente, insiste la directrice. J'ai dix enfants sur liste d'attente à l'IEM. Or, beaucoup d'enfants ne viennent pas le mercredi parce que les parents sont à la maison. Donc sur cette journée, on accueille des enfants qui sont sur la liste d'attente parce qu'il y a de la place. Ça, c'est quelque chose qui ne s'était jamais fait avant. Ça permet à la fois de proposer aux enfants d'être accompagnés par une équipe au sein d'une structure médico-sociale et aux parents d'avoir un peu de répit. Et nous, on commence à connaître l'enfant".

Livraison prévue en 2025

80 salariés travailleront sur la plateforme. À ce jour, 218 personnes sont accompagnées par AFP France Handicap Somme.

Le pôle est constitué de :

  • l'IEM Jules Verne avec 25 enfants en situation de polyhandicap accompagnés ;
  • l'IEM Les Chrysalides, avec 16 adolescents et adultes en situation de polyhandicap accompagnés ;
  • le SESSAD (service d'éducation et de soins spécialisés à domicile) avec 65 enfants et adolescents accompagnés à domicile et en milieu scolaire ;
  • le SAVS (service d'accompagnement à la vie sociale) avec 85 adultes accompagnés à domicile ;
  • le SAMSAH (service d'accompagnement médico-social pour adultes handicapés avec 20 adultes accompagnés à domicile ;
  • le DASMO (dispositif d'accompagnement et de soins en milieu ordinaire avec 12 adultes porteurs de handicap lourd accompagnés à domicile ou en établissement.

Le projet est financé par l'agence régionale de santé, le conseil départemental de la Somme et l'association.

Si le chantier se déroule sans obstacles, les équipes prévoient d'emménager dès 2025 pour que la plateforme puisse être efficiente en 2027. Toutes les structures seront transférées sur le nouveau site, sauf l'IEM Les Chrysalides qui restera dans ses locaux actuels à Cagny.