La région Hauts-de-France accorde une subvention de 170.000 euros à une fédération d'associations anti-éoliennes, les élus écologistes verts de rage

Publié le Mis à jour le
Écrit par Romane Idres

Lors d'une commission qui s'est tenue jeudi 19 mai à Amiens, le conseil régional a voté l'attribution d'une subvention de 170 000 euros à la fédération "Stop éoliennes Hauts-de-France". L'opposition écologiste est vent debout contre cette décision.

Les élus écologistes du conseil régional l'avaient annoncé sur Twitter : des sujets "tumultueux" étaient au programme de la commission permanente du 19 mai. 

La discussion la plus attendue ce jour tournait autour de l'éolien, très présent dans la région. Le conseil régional a voté l'attribution d'une subvention de 170 000 euros, à la toute nouvelle fédération "Stop éoliennes Hauts-de-France", créée en janvier 2022 pour "fédérer les associations qui luttent contre le développement éolien dans cette région". La subvention sera échelonnée ainsi : 40 000 euros en 2022, 60 000 euros en 2023 et 70 000 euros en 2024.

Des fonds pour financer les recours en justice

"Une excellente nouvelle, estime Christophe Grizard, président d'une association membre de la fédération. Un sondage sorti en mars 2022 dit que 62% des Français réclament un moratoire sur l'éolien, et que 65 % des Français sont conscients que ça crée des problèmes sur la qualité de vie des riverains. Le conseil régional est là pour défendre l'intérêt du citoyen français, donc il va dans ce sens-là." Il estime qu'il existe une "impunité totale des promoteurs éoliens" et précise que cet argent pourra servir à financer les recours en justice lancés par les riverains et les associations contre les projets d'implantation. "Grâce à cette enveloppe, nous allons pouvoir payer des avocats, et mettre en place des études", ajoute-t-il.

Le président de Région Xavier Bertrand s'est souvent prononcé contre le développement de nouveaux projets d'implantation d'éoliennes dans la région, qui est celle qui en compte le plus en France. Il affiche clairement l'objectif derrière cette subvention : "accompagner les associations et les habitants dans leurs recours contre les projets".

"En France, aujourd'hui sur 6% du territoire national, 30% du nombre de mâts, c'est chez nous. Il y a une densité incroyable, à tel point que ça devient envahissant, ça étouffe certains territoires et on a des remontées de certains habitants et des élus qui nous démontrent qu'ils n'en peuvent plus", explique Christophe Coulon, le vice-président du conseil régional. D'après lui, la fédération aura un rôle de "sensibilisation" et "d'information" sur l'éolien auprès des élus et des citoyens, "et si c'est nécessaire, elle pourra engager des actions contentieuses contre ces projets".

Mais l'opposition écologiste s'est offusquée d'une telle décision. Katy Vuylsteker, conseillère régionale écologiste estime que ce n'est pas "une bonne façon de dépenser l'argent des habitantes et des habitants des Hauts-de-France", et que cet argent pourrait servir à financer "de plus beaux projets pour notre région" et "d'autres associations qui ont besoin de fonds."

durée de la vidéo : 53sec
Katy Vuylsteker, conseillère régionale écologiste ©FTV

"Xavier Bertrand a une obsession anti-éoliennes depuis très longtemps. Il passe son temps à dénoncer un développement qui serait anarchique de l'énergie éolienne, mais nous on dit que les services de l'État contrôlent tout ça et que le développement éolien peut se faire de manière raisonnée, et en concertation avec les habitants." 

Pour elle, la majorité régionale présente une vision déformée de la réalité du développement de l'éolien. "Il est faux d'affirmer que n'importe quel porteur de projet d'éolien va voir son projet aboutir, il y a énormément de projets qui ne voient pas le jour, et c'est heureux. Quand il y a de bonnes raisons d'empêcher un projet à tel ou tel endroit pour préserver le paysage ou parce que ce n'est pas le bon endroit et que ce n'est pas efficace, nous on appuie cette décision. Mais Xavier Bertrand doit respecter la loi et l'augmentation de production des énergies renouvelables."

Sur ce dernier point, Christophe Coulon estime que dans le domaine de l'éolien, "en Hauts-de-France, on a déjà fait notre part du travail, on a déjà fait beaucoup, énormément même". Il affirme préférer se concentrer aujourd'hui sur des projets d'énergie solaire et de méthanisation.

La fédération remise en cause par l'opposition

Mais au-delà de la position politique, certains élus d'opposition, comme Jennifer de Temmerman, conseillère régionale et députée du Nord, pose la question de la légitimité de la fédération. Sur Twitter, elle interroge : "qui se cache derrière cette association "transparente" ?"

De son côté, Thomas Hutin, également conseiller régional d'opposition, s'interrogeait, la veille du vote, sur Twitter : "serons-nous la 1ère région d'Europe à financer une trop jeune association climatosceptique qui partage des vidéos complotistes ?". Il fait ici référence à une vidéo intitulée "Le GIEC vous ment" et publiée sur la page de la fédération anti-éoliennes. 

Une "majorité silencieuse" favorable au développement de l'éolien ? 

En dehors de ces querelles politiques se pose la question de la volonté (ou non) des habitants des Hauts-de-France de voir les projets éoliens se développer. Pour Laure Verhaeghe, directrice et co-fondatrice de Lendosphere, une plateforme de financement participatif qui permet aux particuliers d'investir dans les projets d'énergies renouvelables, il existe dans la région un engouement croissant : "c'est à contre-sens de ce qu'on observe à Lendosphere. Les habitants des Hauts-de-France ont investi plus de 15 millions d'euros en cinq ans via notre plateforme dans les projets d'énergies renouvelables de leur région, assure-t-elle. C'est une majorité silencieuse qui agit très concrètement en faveur de ces projets, et les montants des investissements des particuliers sont en croissance constante."

Elle s'étonne surtout de cette décision qui va à l'encontre des préconisations du GIEC, le groupement international d'experts sur le climat qui alerte régulièrement sur le réchauffement climatique et ses conséquences. "Il y a une urgence climatique, on a en ce moment des températures de mois de juillet alors que nous sommes en mai, il y a une sécheresse qui sévit dans tout le pays, et le GIEC qui nous dit qu'il faut multiplier par trois à six les investissements dans les énergies renouvelables pour espérer maintenir un réchauffement climatique viable pour l'humanité", rappelle-t-elle.

Et si sa plateforme valorise d'autres alternatives au nucléaire, comme les centrales solaires et les unités de méthanisation, elle souligne l'importance de l'éolien : "il est essentiel d'accélérer le développement de l'éolien qui est l'énergie la plus compétitive, la plus efficace pour décarboner notre mix énergétique."