TÉMOIGNAGE - Le quotidien d'une assistante d'éducation à Amiens : "On est surveillant, animateur, psychologue"

Les assistants d'éducation manifestent dans toute la France mardi 1er décembre pour dénoncer la précarité de leur statut et un manque de reconnaissance malgré leur investissement quotidien auprès des élèves. Esra Ercan, assistante d'éducation au collège Guy Mareschal à Amiens, témoigne.
Manifestation des assistants d'éducation devant le collège Guy Mareschal à Amiens mardi 1er décembre 2020
Manifestation des assistants d'éducation devant le collège Guy Mareschal à Amiens mardi 1er décembre 2020 © Léa Broquerie / FTV
Mardi 1er décembre, la vie scolaire est fermé au collège Guy Mareschal d'Amiens. Douze assistants d'éducation sur treize sont en grève pour dénoncer leurs conditions de travail précaires. Parmi les grévistes, Esra Ercan. Elle n'est assistante d'éducation que depuis la rentrée de septembre, mais elle a déjà pu expérimenter les problèmes liés à son statut.
 
Esra a un master en sciences politiques spécialisé en management des collectivités territoriales. Elle aimerait un jour intégrer les services d'une collectivité et prépare ainsi les concours d'attaché territorial et de la fonction publique d'État. En attendant, comme beaucoup d'étudiants, il lui fallait "un travail alimentaire", alors Esra a choisi d'être assistante d'éducation. 

Elle travaille à plein temps, soit 40 heures par semaine. Comme elle assure l'accueil des élèves en internat, elle travaille aussi la nuit. Deux fois par semaine. "Cela ne laisse pas vraiment de possibilité d'avoir une activité à côté, confie-t-elle. Quand on rentre du travail, on est souvent épuisé psychologiquement, c'est très difficile d'avoir une formation en parallèle ou préparer un concours."

Pour être assistant d'éducation, Esra l'assure, il faut être polyvalent. "On est surveillant, animateur, psychologue. On remplace les familles le soir, on est à l'écoute des élèves. On gère l'aide aux devoirs, on anime les soirées, on surveille les cours, on gère les absences..." La liste est longue et pourtant la jeune femme n'a reçu aucune formation pour assurer ce genre de missions. "Mon entretien d'embauche a duré une heure, ensuite j'ai appris sur le tas."

Un statut temporaire et donc dévalorisant

Au-delà de la charge de travail imposée, le statut d'assistant d'éducation est très précaire. "Ce sont des contrats d'un an renouvelable chaque année dans la limite des six fois, explique Esra. Ce qui est problématique, c'est qu'on ne peut pas faire valoir nos acquis. C'est considéré comme un job alimentaire, un soutien aux étudiants plus qu'un vrai métier."

Ce statut temporaire est d'autant plus contraignant lorsqu'il s'agit de participer au bon fonctionnement de l'établissement. "Nous ne sommes pas associés aux prises de décision, nous ne sommes pas dans la confidence avec les CPE, nous ne participons pas aux réunions alors que nous sommes les personnes les plus proches des élèves, indique-t-elle. Cela s'explique par le fait que l'on n'associe pas des gens qui ne sont pas là sur le long terme."

Elle dénonce ce manque de reconnaissance jusque dans la sémantique. "La notion de pion est dévalorisante, car il n'englobe pas notre rang dans l'établissement. Alors que dans assistant d'éducation, il y a assistance et éducation. Un pion, c'est quelque chose que l'on peut éjecter à tout moment du jeu", estime Esra.

Ne pas être titulaire les prive aussi de la prime REP+ (réseau d'éducation prioritaire) comme c'est le cas ici. "C'est une prime donnée par le ministère de l'Éducation nationale à tout le personnel qui travaille en établissement REP+, donc les CPE, le personnel administratif, les enseignants, les agents d'entretien mais pas nous puisque nous ne sommes pas titulaires de l'Éducation nationale", déplore la jeune femme. Une prime de 300 euros net mensuelle qui aurait pu faire de bien. "Je touche le SMIC horaire, soit environ 1230 euros net par mois pour 40 heures par semaine", affirme-t-elle. 

Le protocole sanitaire, un casse-tête supplémentaire

En période de crise sanitaire, des missions particulières sont venues s'ajouter : le respect du protocole sanitaire. Un casse-tête constant pour les assistants d'éducation. "On doit limiter au maximum les déplacements, répéter de bien porter le masque, de se laver les mains. À la cantine, les élèves mangent par classe. À la récréation ils sont regroupés également par classe, il y a des zones par niveau pour ne pas se mélanger. Les entrées sont aussi échelonnées par niveau", détaille Esra. 

Du travail supplémentaire qui a nécessité une adaptation immédiate. "Là non plus on n'a pas été conviés pour décider de l'organisation à mettre en place", dénonce-t-elle. Certains assistants d'éducation réclament aujourd'hui de pouvoir bénéficier de la prime covid. "Je suis d'accord, nous sommes encore un secteur en présentiel à 100% donc il existe des risques", poursuit la jeune femme. 

Elle le conçoit, il est plutôt rare de voir les assistants d'éducation manifester. "Je pense que c'est la crise sanitaire qui a créé de l'incertitude face à l'emploi et a poussé les assistants d'éducation à s'interroger sur leur statut, indique Esra. Et cela fait du bien de pouvoir en parler." La manifestation du 1er décembre a rassemblé un grand nombre d'entre eux en Picardie mais aussi partout en France, comme en Saône-et-Loire ou encore dans la Drôme
 
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