Dans la Somme, l'inquiétude des agriculteurs face à l'augmentation du prix des engrais azotés : "il a plus que doublé"

La hausse des cours de l'énergie touche aussi fortement les agriculteurs. Le prix des engrais azotés, liés au cours du gaz, ne cessent de s'envoler. Dans la Somme, même si beaucoup de professionnels ont été prévoyants, certains s'inquiètent pour les jours à venir.

Si le cours du blé a augmenté, cela ne suffit pas à rassurer Edouard Brunet, agriculteur céréalier à Pendé dans la Somme. Il a commencé à semer, mais n'a pas encore acheté ses engrais habituels et leur prix ne cesse de grimper. "Sachant que l'on a besoin de trois unités d'azote pour faire 100 kilos de blé, aujourd'hui ça fait peur parce que le prix de l'engrais azoté a plus que doublé, ce qui va avoir des répercussions sur notre coût de production et on ne peut pas se permettre de l'augmenter", déplore-t-il. 

En attendant que les grains poussent, le président des Jeunes agriculteurs des Hauts-de-France espère une baisse de prix, car selon lui, il n'existe pas d'alternative pour conserver ses rendements, pas même un engrais naturel comme le lisier. "Ce serait compliqué de tout apporter pour couvrir l'ensemble des parcelles et puis ensuite il faudrait expliquer aux citoyens que si l'on apporte un fumier et un lisier sur une culture de céréales, on ne pourra pas la renfouir et donc il y aura des odeurs, qui nous conviennent à nous, mais peut-être un peu moins à la population", explique-t-il. 

Vendu l'an dernier entre 200 et 220 euros la tonne, l'engrais à base de nitrate d'ammonium avait déjà connu une forte hausse au mois de juin dernier. Mais le prix a continué à flamber jusqu'à atteindre une cotation de 495 euros la tonne actuellement.

Une hausse des prix qui ne touche pas que l'engrais

Face à cette augmentation, Denis Bully, président de la FDSEA et agriculteur à Heucourt-Croquoison dans la Somme, a préféré jouer la sécurité avant l'été, mais ce n'est pas le cas de tous les agriculteurs. "Personnellement, je suis couvert pour la campagne 2022, mais l'ensemble des agriculteurs ne se couvre pas forcément précocement. Et la difficulté, c'est que l'on a aucune visibilité aujourd'hui sur la fourniture d'engrais que l'on aura d'ici le printemps prochain", constate-t-il. 

D'autant que la hausse des prix ne touche pas que l'engrais. Le prix des remorques, composées de fer, a aussi fortement augmenté. "Avec la crise du Covid, on a vraiment une perturbation des marchés à tout point de vue, notamment sur les métaux ou la ressource en bois, affirme le président de la FDSEA de la Somme. On peut avoir une inflation de 15% à 20% depuis le printemps dernier sur certains équipements. Ce genre de chose commence à devenir insupportable quand on sait que beaucoup d'agriculteurs, avec le plan de relance, ont contracté des PCAE (plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles) pour moderniser leur exploitation. Finalement, je crains que la subvention qu'ils vont obtenir servira juste à compenser l'inflation."

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