De plus en plus de migrants contrôlés sur le littoral picard : "on a mis en place un dispositif de surveillance inédit"

Face à la présence accrue des forces de l'ordre dans le Calaisis, certains migrants risquent leur vie pour effectuer la traversée vers l'Angleterre depuis le littoral picard. 10 tentatives ont été recensées cette année. Une brigade à cheval assure déjà la surveillance et des renforts sont attendus.

C'est un phénomène nouveau sur le littoral picard. La présence policière s'étant intensifiée dans le Calaisis, de plus en plus de migrants tentent de rejoindre l'Angleterre depuis les côtes samariennes avec tous les risques que cela comporte. "On a effectivement des flux qui viennent du littoral du Nord et du Pas-de-Calais en plus de ceux qui viennent depuis Paris. On a des dynamiques migratoires dans la Somme qui sont liées à sa géographie, et du coup on est face à une pression migratoire qui s'accroît", analyse la préfète de la Somme, Muriel Nguyen.

Depuis le début de l'année, la préfecture de la Somme recense une dizaine de tentatives de traversées contre trois l'an passé. La surveillance s'est donc intensifiée. D'Ault à Fort-Mahon, une brigade à cheval assure toute l'année et quotidiennement la surveillance des plages. À ses missions usuelles sur le littoral, est venue s'ajouter la lutte contre les départs clandestins vers l'Angleterre. "On va essayer de voir s'il y a des personnes qui sont effectivement cachées dans les dunes, dans les bois. Ensuite, on va essayer de retrouver du matériel de traversée : tout ce qui est bateaux pneumatiques, des gilets de sauvetage...", indique le gendarme Vincent Guenez, membre de la brigade équestre de Saint-Valery-sur-Somme.

900 gendarmes mobilisés

Dans la nuit du 25 au 26 septembre dernier, dans le cadre de ces opérations de lutte contre l'immigration clandestine, les gendarmes ont intercepté 37 migrants à Quend qui tentaient d'effectuer la traversée vers l'Angleterre. Les conducteurs de deux camions, l'un qui transportait les migrants et l'autre le matériel nécessaire à la traversée, ont été interpellés et placés en garde à vue. L'un d'eux, d'origine polonaise, a été condamné à trois ans de prison avec sursis avec obligation de quitter le territoire français.

"Depuis le début du mois de septembre on a accentué l'effort sur le littoral. On a effectué 110 opérations, mobilisé plus de 900 effectifs et interpellé plus de 100 étrangers en situation irrégulière. C'est un dispositif inédit dans la Somme, indique la préfète de la Somme. Mais pour endiguer le phénomène, on a besoin de renforcer encore ces moyens et de s'inscrire dans le cadre de la coordination zonale, parce que ce n'est pas qu'un problème qui se limite à la Somme."

À ce titre, le président du département, Stéphane Haussoulier, avait déjà interpellé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin lors de sa visite au congrès des maires de la Somme vendredi 24 septembre. "J'attends que le gouvernement nous donne les moyens de faire face à cette nouvelle délinquance. Parce que c'est un phénomène qui s'inscrit dans la durée. Comme les passeurs n'ont pas de foi ni de loi et qu'ils font prendre des risques inconsidérés à ces malheureux qu'ils transportent vers la Grande-Bretagne, on risque d'avoir d'autres phénomènes comme ceux-ci qui s'amplifient dans les semaines et les mois qui viennent", déplore-t-il.

"Éviter des catastrophes"

Malgré une présence policière accrue, la grande majorité des passages s'effectue quand même depuis le Nord et le Pas-de-Calais. Une politique, selon l'association Human Rights Watch, qui soumet les migrants à une "humiliation et un harcèlement quotidien." Mais les services de l'État assument ce renforcement. "Quand les gendarmes patrouillent, c'est déjà pour éviter des catastrophes. Et puis derrière ces prises de risques inconsidérées, il y a des passeurs, il y a des trafiquants d'êtres humains, des personnes qui se jouent de la vie humaine pour faire de l'argent. La réponse de l'État face à ceux qui développent des trafics, de la clandestinité, de la délinquance doit être ferme", affirme la préfète de la Somme.

L'État a d'ores et déjà annoncé une augmentation des moyens de contrôle dans la zone, avec notamment un doublement du nombre de réservistes.

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