"Il y a plus de 20 producteurs de pommes de terre dans le coin", la patate en fête à Warloy-Baillon

La petite commune de Warloy-Baillon dans la Somme organise ce weekend sa première fête de la pomme de terre, une façon de mettre en lumière le rôle clef de ce tubercule pour l'économie locale. L'occasion aussi de vivre des moments cocasses, avec un concours de la plus grosse patate.

Au nord d'Amiens, le village de Warloy-Baillon, 750 habitants, accueille les 21 et 22 octobre des dizaines de kilos de pommes de terre. La commune organise en effet sa première fête de la pomme de terre, avec un concours de la plus grosse patate au programme. 

Une façon pour la municipalité d'animer le village, mais aussi de mettre en valeur les nombreux producteurs locaux du délicieux tubercule. Car dans les Hauts-de-France, première région de production de pommes de terres au niveau national, un exploitant agricole sur cinq cultive cette racine ramenée du Pérou au XVIè siècle. 

Des Andes à Montdidier, l'épopée d'un tubercule 

C'est en effet lors de la colonisation de l'Amérique du sud que la pomme de terre fait son apparition en Europe, ramenée à l'origine par les conquistadors espagnols. Cultivée en Italie et dans quelques autres pays européens, elle est alors réputée toxique en France et les quelques paysans qui la cultivent la destinent à l'alimentation du bétail. 

Antoine Parmentier, pharmacien militaire né en 1737 à Montdidier dans la Somme, découvre ses qualités nutritionnelles alors qu'il est prisonnier de l'armée prussienne, pendant la guerre de sept ans. Dans une France en proie aux famines, il tente de promouvoir la pomme de terre en publiant l'Examen chymique des pommes de terre en 1779

"Seroit-il donc probable que cette multitude d’hommes qui se nourrit continuellement de ce végétal, s’accordât à avancer qu’il n’y a pas d’aliment plus sain & plus agréable que celui des Pommes de terre, si elles étoient aussi nuisibles que quelques personnes l’ont prétendu ?" écrit alors Antoine Parmentier. En effet, de 1748 à 1772, la culture de la pomme de terre était interdite dans le nord de la France, par crainte de sa toxicité. 

Mais Antoine Parmentier s'en fait l'ardent défenseur, écrivant un peu plus loin "Je sais qu’on a déjà beaucoup écrit sur la culture & sur les avantages économiques des Pommes de terre ; mais ce sujet est du nombre de ceux dont on ne ſauroit trop parler, puisqu'il intéresse la nourriture du peuple, & je ne crois pas qu’il y ait d’objet plus important, plus digne des méditations du Philosophe & de la protection du Gouvernement. Que l’on fasse attention que dans un temps de calamité & de disette, un petit coin de terre suffit pour fournir à une famille très-nombreuse, assez de Pommes de terre pour attendre le retour de l’abondance."

C'est finalement la Révolution française qui sonnera l'avènement de la pomme de terre en France et le nord de la France deviendra son principal berceau de culture. 

La patate de génération en génération

Créer des fêtes locales, c'est la spécialité de Jean-Paul Plez, président de l'association Organisation tradition spectacles. Quand la mairie de Warloy-Baillon l'a contacté pour élaborer un événement dans le village, il n'a pas hésité : "Il fallait faire la pomme de terre. Je l'avais déjà préparée dans mon dossier, j'attendais que quelqu'un vienne me voir ! Il y a plus de 20 producteurs de pomme de terre dans le coin. L'accueil que m'ont réservé les producteurs et artisans était excellent, tout le monde a dit "on y va !"

""Il y a des variétés pour tout faire, je pense que c'est de l'or."

Baptiste Wattelain, étudiant en agronomie

Et pour achalander les stands du concours de la plus grosse pomme de terre, il peut compter sur les curiosités tirées des champs de Laurent Cardon, agriculteur de Flesselles, à quelques kilomètres de là. 

"Ce sont des spécimens atypiques, qui ont profité un peu plus que les autres. Pour l'épluchage, ce sera plus compliqué, sourit l'agriculteur. Normalement ce n'est pas un calibre qu'on recherche." Mais ces mastodontes difformes font le bonheur des juges du concours organisé ce dimanche matin. 

Un peu plus loin, Baptiste Wattelain est venu donner un coup de main à son père, il se forme pour reprendre l'exploitation familiale de Millencourt et en tire une certaine fierté : "La pomme de terre est cultivée par mon père, mon grand-père et mon arrière-grand-père, j'ai toujours vécu dedans. Il y a des variétés pour tout faire, je pense que c'est de l'or, ce légume peut se cultiver partout dans notre secteur, s'enthousiasme le jeune homme. On a amené de la marabel, qui sert à tout, de l'amandine, une chair ferme pour faire à l'eau, de la bintje, c'est la variété pour faire des frites." Et des frites, il y en a forcément au menu de cette fête.

La récolte 2023 sera bonne 

 Avec 8% des pommes de terre consommées en Europe produites dans la région, la récolte qui se termine est forcément un enjeu économique majeur pour les agriculteurs des Hauts-de-France. Et l'année 2023, marquée par une progression des surfaces cultivée, s'annonce bien meilleure que 2022.

En Picardie, c'est plus de 2500 hectares de pomme de terre supplémentaires qui ont été cultivés en 2023, comparé à l'année précédente. "On a terminé la récolte cette semaine, ça s'est bien passé, des collègues ont encore quelques hectares à faire, indique Baptiste Cardon. On a eu un peu peur, car on a planté avec trois semaines de retard au printemps, donc récolté un peu plus tard que d'habitude, mais la nature a bien rattrapé les choses.

Il n'y a pas que pour les agriculteurs que cela est une bonne nouvelle : 70% des frites de France sont également transformées par l'industrie agroalimentaire locale. 

Avec Yolande MALGRAS / FTV 

L'actualité "Économie" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
Hauts-de-France
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité