PORTRAIT - De Péronne à la convention citoyenne pour le climat : “un petit sacrifice pour une grande cause”

Le 10 janvier dernier, le président Emmanuel Macron a reçu les 150 membres de la Convention Citoyenne pour le Climat / © Stephane Lemouton /MAXPPP
Le 10 janvier dernier, le président Emmanuel Macron a reçu les 150 membres de la Convention Citoyenne pour le Climat / © Stephane Lemouton /MAXPPP

Depuis octobre 2019, 150 citoyens tirés au sort travaillent autour de la question du réchauffement climatique. Jean-Luc Verdière, l'un des deux Picards de cette Convention Citoyenne pour le Climat prend son travail à coeur. Il raconte son quotidien. 

Par Paul-Antoine Leclercq

"Introduire un peu de citoyenneté dans nos institutions", c'est ce qui enchante Jean-Luc Verdière dans cette mission que lui a confiée le Premier ministre. Quand il a été contacté pour participer à la convention citoyenne pour le climat (CCC), ce Péronnais n'a que très peu hésité, avant d'accepter. "Bien entendu, j'en ai discuté avec ma compagne. Comme nous sommes tous les deux sensibles aux questions environnementales, c'était logique de participer à ce projet, explique-t-il. On a conclu que faire un petit sacrifice pour cette cause ne nous poserait pas de problème". 
 

"C'est un vrai travail"

Aujourd'hui, cette tâche occupe le quotidien de ce jeune retraité de 58 ans. "C'est un rythme très soutenu, explique-t-il. Je passe mes journées à me documenter sur le sujet. Je lis des articles, des études. Je vérifie les informations que je trouveC'est un vrai travail, presque journalistique", s'amuse-t-il. 

Les 150 membres de cette convention citoyenne pour le climat sont répartis dans cinq groupes de travail différents. Les groupes "Se nourrir", "Se loger", "Travailler Produire", "Se déplacer" et le groupe de Jean-Luc, "Consommer". Ils se sont déjà réunis à quatre reprises, au Palais d'Iéna, dans le XVIe arrondissement de Paris. La dernière réunion en date ? Vendredi 10 janvier et un tête à tête avec le Président de la République, Emmanuel Macron, venu répondre à leurs questions. Jean-Luc a même eu l'honneur de lui poser la première question : "Je lui ai fait remarquer qu'on venait du même coin", plaisante l'ancien officier sapeur-pompiers, avant d'aborder les choses sérieuses.   
 

Une mission : réduire les émissions de gaz à effet de serre

Lors de ces rassemblements à Paris, les 150 membres de la CCC réfléchissent aux questions environnementales, dans le but de trouver des solutions pour limiter le réchauffement climatique. "Dans la lettre de mission que nous avons reçue du Premier ministre Édourd Philippe, il est marqué que l'on doit réfléchir à des mesures pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 40% d'ici 2030 par rapport à 1990. Tout ceci avec l'objectif d'atteindre l'équilibre en 2050". 
 

Pour Jean-Luc Verdière, il ne faut pas faire "n'importe quoi". "Je suis très attaché à la justice sociale, insiste-t-il. Je n'ai pas envie que nos conclusions puissent créer des catastrophes dans les foyers, mettre des gens au chômage. Il faut agir de manière raisonnée". Les sujets de discussion ? Les voitures électriques, les énergies propres, la question du charbon, du nucléaire... "L'énergie nucléaire ne produit certes pas de gaz à effet de serre. Mais le problèmes ce sont les déchets nucléaires", détaille Jean-Luc. 

"Tout le monde joue le jeu"

Dans sa feuille de route énergie, librement consultable jusqu'au 19 février, le gouvernement met l'accent sur l'éolien en mer dans le cadre des énergies renouvelables. Une perspective qui plaît peu à Jean-Luc. "L'éolien c'est bien, mais ça peut être dévastateur pour la biodiversité. Même l'éolien offshore", avance-t-il. "Le tout électrique, ce n'est pas la solution non plus, car ça produit également des déchets. En fait, la transition énergétique telle qu'on l'imagine dans la CCC, ça serait un patchwork, composé de différentes sources d'énergies propre, qui permettrait de se passer des énergies fossiles", détaille Jean-Luc, qui ne veut pas en dire plus concernant les discussions en cours. 

Uniquement deux Samariens

Durant les quatre week-ends de travail, les 150 membres de la CCC sont soumis à un rythme auquel ils ne sont pas habitués. "Les séances débutent le vendredi à 14h. Le samedi de 9h à 18h et le dimanche de 9h à 16h, explique-t-il. C'est intense, mais on est très bien entourés par l'équipe d'encadrants et par nos garants. Cyril Dion [écrivain, réalisateur et militant écologiste, NDLR] par exemple est très investi", remarque-t-il. "On a envie de bien faire notre travail, donc on se met une pression tout seul", affirme Jean-Luc, qui reconnaît parfois "rogner sur la pause déjeuner pour finir un travail en cours". "Tout le monde joue le jeu, l'ambiance de travail est bonne", insiste-t-il. 

Parmi les 150 personnes tirées au sort, onze sont originaires des Hauts-de-France. Ils ne sont en revanche que deux en Picardie, tous les deux basés dans la Somme. 

Changer ses habitudes

Désormais, les questions environnementales occupent quasiment toutes les conversations de l'ancien pompier : "Dès que je peux en parler, j'en parle, s'enthousiasme Jean-Luc. J'essaye de sensibiliser les gens autour de moi. Ça marche plus ou moins bien. Pour certains, il faut qu'ils aient les deux pieds dans le plat pour qu'ils se rendent compte de l'urgence climatique dans laquelle on se trouve", regrette-t-il. Jean-Luc et sa femme sont attentifs à l'environnement "depuis un bon bout de temps", affirme-t-il. Pourtant son récent engagement l'a poussé à modifier ses habitudes. "Maintenant, je n'achète plus de légumes au supermarché. Je me suis inscrit dans une AMAP [Association pour le maintien d'une agriculture paysanne]. J'essaye de manger bio au maximum et je privilégie les circuits de proximité", détaille-t-il. Une manière pour lui de réduire son empreinte carbone, finalité de sa mission.  

150 citoyens tirés au sort

Pour participer à cette Convention Citoyenne pour le climat, Jean-Luc Verdière, comme les autres membres, a été tiré au sort. "J'ai reçu un premier SMS qui me disait que j'étais pré-sélectionné pour participer à la CCC". 255.000 citoyens français ont ainsi été contactés entre aout et septembre. 
La CCC s'est attachée à obtenir un panel représentatif de la population française, selon l'âge, le sexe, le niveau de diplôme, les catégories socio-professionnelles, les types de territoires et la zone géographique. 

Un deuxième tirage au sort a été organisé, avec les personne ayant accepté de poursuivre l'aventure, pour sélectionner les 150 membres de la CCC. 
9% des personnes tirées au sort sont orginaires des Hauts-de-France. 

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