TEMOIGNAGE. Coronavirus : “On invente tous les jours, on ne dort pas beaucoup”, raconte le maire de Coudekerque-Branche

Le bureau du maire est dans sa cuisine / © DAVID BAILLEUL
Le bureau du maire est dans sa cuisine / © DAVID BAILLEUL

Le maire de Coudekerque raconte son quotidien à l'heure du coronavirus et du confinement.

Par Jean-Louis Manand

"On invente tous les jours, et on ne dort pas beaucoup." Voilà comment David Bailleul, le maire de Coudekerque-Branche (Nord), vit ces premières journées de confinement. Deux heures en mairie le matin. Et le reste du temps chez lui. La table de la cuisine est son nouveau bureau. C'est de là qu'il tente d'occuper ses deux jeunes enfants et gère sa commune. 22 000 habitants. La deuxième ville la plus importante du Dunkerquois.

"Il faut innover dans tous les domaines, explique David Bailleul. Ma mission, ce matin, c'était de trouver... des élastiques ! A Coudekerque, nous avons depuis dix ans une ressourcerie. Elle s'est lancée dans la confection de masques. Elle peut en produire une centaine par jour. Sauf... sauf qu'elle n'arrivait pas à trouver ces fameux élastiques. J'ai fait jouer les réseaux. J'ai trouvé une solution auprès d'un commerçant de la commune." 

L'autre préoccupation de la matinée, c'est le ramassage des encombrants, à la fin du mois. "Comment prévenir les habitants que ce ramassage est annulé, se demande David Bailleul. Comment faire pour que la ville, le jour J, ne se transforme pas en décharge à ciel ouvert ? On édite donc dans l'urgence un flyer qu'on distribuera dans les boites aux lettres. Et ainsi de suite. A chaque instant."
 

"Un vrai casse-tête"


Le maire (DVG) de Coudekerque-Branche est atypique. Ce docteur en histoire politique, universitaire, créateur des Ecoles de la Deuxième Chance, vient d'être réélu avec 100% des suffrages. Il était seul en lice pour ces élections municipales. Cas unique en France pour une ville de plus de 20 000 habitants. David Bailleul, 45 ans, entame donc son troisième mandat. 

Un mandat qui démarre sur les chapeaux de roue. David Bailleul envoie ses premiers mails dès six heures du matin, les derniers vers minuit. Parfois plus tard. "En cette période, explique t-il, tout est compliqué. Par exemple, pour toute la durée du confinement, nous avons décidé de suspendre le loyer des entreprises qui occupent des locaux appartenant à la commune. Une quarantaine d'entreprises au total. Ici, c'est un restaurant gastronomique qui loue la plus vielle maison de la ville. Ailleurs, c'est une structure d'insertion qui nous loue un hangar. Mais pour arrêter les paiements, il faut en avertir la perception ; c'est elle qui encaisse les loyers. Et à la perception... il n'y a plus personne. Un vrai casse-tête."
 

Le maire de Coudekerque-Branche estime malgré tout que ce confinement permet de mettre en place de nouvelles solidarités. Là encore, plusieurs exemples. Pour tenter de rompre l'isolement des personnes agées vivant en Ehpad, une collecte de dessins d'enfants est organisée. Le dessin est pris en photo par un parent et envoyé par mail en mairie. Et la photo finit sur la vitre de l'Ehpad.

Pour favoriser l'entraide au niveau local, le maire a créé lundi une page Facebook : "Coud'main". Une dame y propose des gardes d'enfants. Un cumulus en panne a trouvé réparateur. "Déjà une centaine de demandes résolues",  assure David Bailleul. 

A Coudekerque-Branche, les bibliothécaires - privées de bibliothèque - sont en télé-travail chez elles pour appeler et s'inquiéter des anciens. 4500 seniors recevront cet appel, et pour ceux qui ne peuvent pas sortir, une solution sera trouvée, pour une course à faire, un médicament à aller chercher. La ville promet de rendre au moins une petite visite à chacun des 750 Coudekerquois de plus de 80 ans. 
 


La ville achète en ce moment des livres neufs - des romans, des BD, des mangas - pour garnir les "Boites à Livres" disséminées à travers la commune. "Voilà donc ce qu'est devenu mon quotidien, témoigne David Bailleul. Répondre à tous les courriers que je reçois. Répondre aux inquiétudes des élus ; sur les 35 conseillers municipaux, une vingtaine seulement est vraiment opérationnelle. Produire des textes. Réorganiser les services municipaux. Adapter ces services aux défections du jour."

On l'a compris, le temps du père-maire de Coudekerque-Branche est précieux. L'entretien téléphonique se termine. On entend une voix de petite fille. "C'est Victoire, 6 ans, qui me demande son dessin animé. Et vous savez ce que c'est ? Barbie se présente aux élections municipales... à Malibu !" Malibu... Loin de Coudekerque-Branche. Loin du coronavirus.
 

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