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Choisir une région

Le nord de la France peut-il devenir une zone viticole ? Peut-on produire du vin chez nous ? La question est de moins en moins saugrenue. Entre réchauffement climatique, évolution des règles et volonté agricole.

Etat des lieux

Le nord de la France a été une région de vignes et de vin jusqu'au XVIème siècle. Jusqu'à la reconversion des terres pour des productions plus rentables et mieux adaptées au sol et au climat. La vigne a alors été arrachée et a quasiment disparu.

Ce n'est que depuis les années 90, qu'on assiste à un petit renouveau de la viticulture en région Nord-Pas-de-Calais. Des petites vignes sont plantées à cette époque par des associations, des passionnés.  

A Givenchy-en-Gohelle par exemple, 300 bouteilles sont produites chaque année et consommées par une association. Elles sont offertes aux mariés de la commune. A Pihen-les-Guines, on trouve aussi une vigne, cultivée par des retraités bons vivants. Bientot à Boulogne-sur-Mer, à l'initiative d'un restaurateur-sommelier.

Au moins une dizaine de vignobles privés ou associatifs existent dans la région. Les voici sur une carte. 

 

A Arras, le centre culturel Cité Nature abrite 1000 pieds de vigne. Cultivés avec amour par une vigneron, Eric Bravard : "J'ai travaillé dans plusieurs endroits du monde, notamment aux Etats-Unis. J'ai vu de la vigne au Quebec, en Pennsylvanie, et j'ai voulu en revenant prouver qu'on pouvait faire du vin à Arras."

Pari réussi. Il produit 300 bouteilles par an, offertes aux visiteurs et partenaires de Cité Nature. Fort de son expérience, le vigneron est convaincu que la région va devenir viticole. Cette année encore, soleil et chaleur offrent à son raisin un bon degré de sucre, donc d'alcool. "La première vendange était en 2005, on n'est jamais descendu en-dessous de 11 degrés au niveau du degré naturel du raisin, c'est très bon pour notre région, je pensais qu'on ne dépasserait pas 8-9."


Une des vignes les plus emblématiques de ce petit renouveau viticole nordiste se trouve à Haillicourt dans le bassin minier. Là, des passionnés de vin se sont mis en tête de planter une vigne sur un terril. Et ça marche ! La pente, le sol... Tout semble très favorable à la production d'un bon raisin. Les Charentais qui ont eu cette idée y croient en tout cas fortement. 

Les vendanges y ont eu lieu ce samedi 22 octobre comme le montre ce reportage d'Inès Tayeb et Antoine Morvan.


vendanges
Les vendanges sur le terril d'Haillicourt - France 3 NPDC

 

Réchauffement climatique ?

Oui, il y a donc bien dans la région, des possibilités d'obtenir du raisin parfait pour produire du vin. Pas étonnant selon Patrick Marlière,  météorologue. C'est le réchauffement climatique qui s'opère. Et s'accélère. "Si on fait la moyenne générale de l'été, on sera environ 2 degrés au-dessus de la normale, et c'est ce que craignaient les scientifiques", dit-il graphiques à l'appui. 

Année après année, la température moyenne à Lille, les aprés-midi d'été. Ça fluctue mais... 22,1 degrés, c'est la "normale", calculée sur 30 ans. Or, ces toutes dernières années, on est plutot à 22,7°C. La hausse peut sembler faible. En fait, elle impacte déjà l'écosystème. Et ce n'est pas fini ! D'ici la fin du siècle, la température moyenne dans le Nord-Pas-de-Calais pourrait grimper de 2 à 3 degrés. Il ferait donc à Lille, la chaleur que l'on connaît aujourd'hui... à Bordeaux. Là-bas, le réchauffement climatique modifie déjà le raisin. Les vignerons adaptent leurs techniques pour préserver le goût habituel des grands crus. Mais à terme, les vignes pourraient être déplacées vers le nord. Sans attendre, en Hauts-de-France, quelques projets de plantation voient le jour. Des démarches tout à fait pertinentes, selon Patrick Marlière. "Certes, il faudra qualifier les sols, mais l'ensoleillement, les précipitations, tout ça va devenir favorable. Aujourd'hui il faut juste financer, mettre en place il faut préparer le changement climatique, commencer à envisager les nouvelles cultures."

Un avis, que ne partage pas la Chambre régionale d'agriculture. Dommage, c'est elle qui conseille les agriculteurs, et qui pourrait pousser en faveur d'un vignoble régional.


 

Changement de législation

Pas de volonté politique donc. Il faut dire que jusqu'ici, il était interdit de vendre du vin produit dans le Nord-Pas-de-Calais. Tout devait se faire dans un cadre uniquement associatif. Pour protéger les grands crus, la viticulture est très encadrée par la loi. Mais une réglementation européenne ouvre de nouvelles perspectives.

Depuis début 2016, la France a le droit d'étendre la surface de son vignoble de 1% par an. Et les nouvelles plantations peuvent être autorisées n'importe où. On pourra donc vendre du vin des Hauts-en-France. Au Nord de la Somme, à la limite du Pas-de-Calais, un agriculteur vient d'obtenir son autorisation. Il va planter un hectare de vignes dans les prochains mois, et espère trouver la rentabilité. "On va planter du chardonnay, peut-être un peu de pinot noir, explique Maximilien de Wazières. L'objectif est de faire un blanc. (...) Je suis céréalier, mais c'est plus comme il y a 20-30 ans, il faut diversifier."

L'année prochaine, les Vignobles bio en Grande Thiérache, tenteront d'obtenir aussi leur autorisation. C'est une association parrainée par Gérard Hernandez, soutenue par Michel Leeb, qui invite les vignerons et la population, à investir dans une coopérative. Et planter sur 50 hectares.
Les Vignobles Bio en Grande Thiérache
Spot publicitaire avec Michel Leeb & Gérard Hernandez qui présente le territoire de la Grande Thiérache.

Cette année, à Haillicourt, le vin ne sera plus associatif et sera bien vendu dans le commerce. Un signe fort de l'évolution des vignes et du vin en Nord Pas-de-Calais. 

Même s'il manque encore un peu d'argent, d'expérience, de volonté politique, les astres s'alignent.... Pour que dans quelques années, on puisse s'acheter une bonne bouteille des Hauts-de-France, trinquer avec un vin d'ici, un vin de là-haut, qui ressemblera peut-être à ce montage, que nous nous sommes amusés à faire !