Attentat de Karachi : le juge Van Ruymbeke disposerait de nouvelles pièces

Edouard Balladur / © AFP
Edouard Balladur / © AFP

Le juge Renaud Van Ruymbeke, qui instruit le volet financier de l'affaire Karachi, "a très certainement trouvé la pièce du puzzle qui lui manquait" révèle France Info ce samedi matin. Des documents prouvant le financement illégal de la campagne d'Edouard Balladur en 1995.

Par Catherine Berra

Selon France Info, ces documents sont le lien qui manquait au juge d'instruction "entre les commissions versées à des intermédiaires étrangers en marge de contrats d'armement conclus par la France en 1994 et 1995 et le financement présumé occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur".

Renaud Van Ruymbeke aurait la preuve que l'intermédiaire Abdul Rahman El Assir, ex-associé de Ziad Takieddine, a utilisé une partie des commissions qu'il a perçues grâce au gouvernement Balladur pour faire l'achat de sondages d'opinion au cours de la campagne présidentielle de 1995. 

Chargés du volet financier de l'enquête sur l'attentat de Karachi qui a fait 15 morts dont 11 salariés de la Direction des Constructions Navales (DCN), le 8 mai 2002 au Pakistan, les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire travaillent depuis deux ans et demi sur l'hypothèse de commissions versées en marge de contrats d'armement, qui auraient donné lieu à des rétrocommissions pour financer la campagne d'Edouard Balladur.

Rappelons que lorsque Edouard Balladur était premier ministre, de 1993 à 1995, il avait mis en place un système de commissions légales pour conclure des contrats d'armement avec le Pakistan et l'Arabie saoudite. Des intermédiaires étaient payés pour faire du lobbying auprès de ces deux pays. 

Ce procédé n'avait rien d'illégal. Mais ce que les juges soupçonnent, c'est qu'une partie de l'argent reçu par ces intermédiaires soit revenu à Edouard Balladur, via des sociétés écrans, afin de financer sa campagne pour l'élection de 1995. C'est ce que l'on appelle les rétrocommissions. Celles-là sont illégales.

Abdul Rahman El Assir, "le sulfureux intermédiaire – qui était à l'époque l'associé de Ziad Takieddine – a fait appel à un spin doctor américain très réputé, Paul Manafort, pour réaliser des études sur les chances de réussite d'Edouard Balladur à l'élection" détaille France Info. Le juge Van Ruymbeke aurait mis la main sur le contrat de 51 000 dollars pour ces deux études. Une somme dont le compte suisse de l'intermédiaire aurait été débité le 22 mai 1995 via un chèque "à l'ordre de Tarrance Group, l'une des anciennes sociétés de Paul Manafort".

Le juge a pu enquêter sur ce dernier grâce à une commission rogatoire internationale, et a découvert qu'"il avait reçu près de 250 000 dollars de la part d'Abdul Rahman El Assir en l'espace de quelques mois" poursuit France Info.

Mis en examen en mai 2012, entendu en octobre, Abdul Rahman El Assir a reconnu avoir travaillé avec Paul Manafort, mais nié tous liens entre ses paiements et la campagne d'Edouard Balladur.

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