Les agriculteurs normands affichent leur malaise devant les sous-préfectures

© François Pesquet
© François Pesquet

"Macron, réponds-nous". A Dieppe ce mardi matin, ils étaient une vingtaine d'agriculteurs à accrocher une bâche sur le fronton de la sous-préfecture pour faire entendre leur détresse. D'autres actions sont prévues dans toute la France aujourd'hui et dans notre région, à Alençon et au Havre. 
 

Par Marie du Mesnil-Adelée, avec l'AFP

Ils ont choisi des lieux symboliques de l'Etat pour interpeller le président. Ce mardi 22 octobre 2019, dans toute la France, les agriculteurs ont décidé de "bâcher" les préfectures et sous-préfectures. A Dieppe, ce matin, une vingtaine de membres de la FNSEA et des jeunes agriculteurs a donc accroché une banderole : "Macron, réponds-nous". Avec un mot clé : "sauve ton paysan".

Manifestation des agriculteurs Alençon, 22 octobre 2019


Ils demandent au chef de l'Etat de les défendre contre les maux qui affectent un secteur en crise. "Agribashing" ou déconsidération du monde agricole et de ses pratiques, surtranspositions de règlements européens, accords de libre-échange, retards de paiements des aides européennes... les motifs de crispation sont nombreux.

A Dieppe ce matin, l'interview de Patrice Faucon, président de la FNSEA 76 :
Interview de Patrice Faucon, président FNSEA 76

Déjà mobilisés le 8 octobre dernier, les agriculteurs, au nombre de 10.000 selon la FNSEA, avaient bloqué les grands axes routiers dans la France entière.

"Les agriculteurs ont une colère rentrée, encaissent des coups, et ont envie d'exprimer leur exaspération face à certaines incohérences du gouvernement", a déclaré Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, sur CNews.

"On a l'impression que l'agriculture est dans un étau et que personne ne mesure qu'on risque d'assécher le territoire, de désertifier le territoire avec la disparition de dizaines d'exploitations", a-t-elle ajouté.

Le reportage complet de notre équipe à Dieppe François Pesquet et Patrice Cornily (montage : Pierre Cadinot) :
"Bâchage" de la sous-préfecture de Dieppe par les agriculteurs

Vers des actions plus violentes ?

Outre les intrusions dans les élevages des militants antispécistes ou les pressions sur l'utilisation de produits phytosanitaires, avec la mise en place de zones de non-traitement (ZNT) de pesticides, les agriculteurs déplorent, pour beaucoup, des revenus en berne, en partie à cause de la guerre des prix des acteurs de la grande distribution. Une situation que devait régler au moins partiellement la Loi Alimentation, censée ramener du revenu dans les cours de fermes en rééquilibrant les relations commerciales entre paysans, industriels et distributeurs.

"Le compte n'y est pas" quant à la rémunération des agriculteurs, a reconnu lundi le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume lors d'un bilan de cette loi, qui va entrer en novembre dans l'an II de son application, avant de promettre de "durcir les choses, les durcir politiquement".

"On peut avoir des revendications, je les entends et je partage leurs craintes et j'essaie d'y répondre tous les jours", a ajouté le ministre mardi sur LCI, se disant toutefois "choqué" par le slogan des agriculteurs: "On ne s'adresse pas au président de la République en disant Macron, réponds-nous".

"La FNSEA et les Jeunes agriculteurs canalisent le mécontentement, s'il n'y a pas cette canalisation, ce sera je pense beaucoup plus difficile et plus violent", a averti Mme Lambert, qui a demandé aux agriculteurs de "s'impliquer d'avantage dans les conseils municipaux", avec les prochaines élections en ligne de mire.
 

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