Le "camembert de Normandie" est mort : la guerre est relancée

Producteurs, transformateurs et industreils se retrouvaient ce mardi 3 mars pour une réunion de la dernière chance dans les locaux de l'INAO à Caen. L'appellation "camembert de Normandie" qui devait assurer la montée en gamme de la filière ne verra pas le jour. 

Il s'était tant investi sur ce dossier. A la sortie de la réunion organisée ce mardi 3 mars dans les locaux de l'INAO à Caen, Patrick Mercier, président de l'AOP Camembert, ne cachait pas sa profonde déception. Pourtant, deux ans plus tôt, presque jour pour jour, il pensait être parvenu à conclure un accord entre industriels, transformateurs et producteurs autour du fromage emblématique de la région. Mais devant les micros de la presse, ce mardi, c'est le décès du "camembert de Normandie" qu'il a prononcé.

Depuis de nombreuses années, les producteurs de Camembert au lait cru AOP, soumis à un strict cahier des charge, dénonçaient l'utilisation du label "fabriqué en Normandie" par les géants de l'agro-alimentaire laitier. Le 21 février 2018, la création de deux appellations était annoncée : l'AOP "Véritable camembert de Normandie" (lait cru, moulé à la louche avec 70 % de lait de vaches normandes nourries à l'herbe et au pré) et le "Camembert de Normandie" (pasteurisé ou au lait cru avec 30 % de lait de vaches normandes).
  Mais à mesure que l'échéance se rapprochait (2021), les tensions se ravivaient entre les différentes parties et le nouveau cahier des charges était finalement rejeté le 29 janvier dernier. Un espoir subsistait. Mais un mois plus tard, celui-ci est bel et bien éteint. "Elle (ndlr: l'appellation "Camembert de Normandie") a été refusée par les principaux industriels", a déclaré aux médias Patrick Mercier ce mardi 3 mars, sans dévoiler les raisons de ce refus. "Je pense que chacun s'est contenté de regarder ce qui n'allait pas pour lui et pas le verre aux trois-quarts plein."

Avec la mort du "Camembert de Normandie", c'est la perspective du développement de toute une filière qui disparaît, selon le président de l'AOP Camembert. "Je suis très déçu parce que nous pouvions emmener 1500 producteurs demain dans cette démarche en Normandie, que cette appellation "Camembert de Normandie" mérite vraiment la notoriété internationale, tant en volume qu'en quantité et que le fait de rester à 6000 tonnes nous rend extrêmement fragiles, sachant que nous sommes une appellation au lait cru et qu'aujourd'hui, pour pratiquer le lait cru, il faut d'énormes moyens." 

"la race normande devait s'en trouver sauvée dans son berceau"

Selon les prévisions des défenseurs du "Camembert de Normandie", le nouveau cahier des charges aurait permis de passer la production à 40 000 tonnes. Une augmentation de la production qui aurait profité à d'autres acteurs. "Je me mets aussi à la place des éleveurs qui attendaient beaucoup", a ajouté Patrick Mercier, "La Normandie est un peuple d'éleveurs, cette race normande devait s'en trouver sauvée dans son berceau et ce n'est pas avec nos 500 producteurs de lait de la filière actuelle qu'on peut espérer ça."

Si le "Camembert de Normandie" est mort, les producteurs de camembert au lait cru espèrent bien qu'il en soit de même pour le label "fabriqué en Normandie" apposé par les industrels sur leurs emballages. "On est sur la non application d'une loi, c'est le réglement 2081-92 qui précise que l'usurpation de notoriété, la confusion, est interdite quand on a à faire à un signe de qualité. Ça a été renforcé avec un article de loi en 2006 - ce sont des lois européennes - qui interdit l'évocation même. Là on est dans un cas de figure beaucoup plus prononcé parce qu'il y a homonymie du nom", estime Patrick Mercier, "il suffit d'appliquer la loi, il n'y a pas besoin de justice. Il suffit de lancer les agents de la répression des fraudes pour le faire".

Néanmoins, l'actuel président de l'AOP Camembert sait aussi qu'en 20 ans aucune sanction n'a été prononcée. Et exclue de rester passif s'il n'obtenait pas gain de cause. "On peut mener une action en justice contre les gens qui fabriquent mais aussi contre les gens qui vendent, puisqu'ils sont considérés comme faisant du recel", prévient Patrick Mercier. 

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