Camembert : la hache de guerre est loin d'être enterrée

Les petits producteurs et les industriels devaient adopter ce mercredi 29 janvier un nouveau cahier des charges mettant fin à plus de dix ans de conflit. Au dernier moment, l'accord annoncé deux ans plus tôt a capoté.

BELPRESS/MAXPPP
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Le 21 février 2018, voilà bientôt deux ans, les industriels et les producteurs de Camembert au lait cru AOP de Normandie parvenaient enfin à trouver un terrain d'entente. Une véritable révolution dans ce secteur après dix ans de conflit entre deux camps. Le noeud du conflit : l'utilisation du label "fabriqué en Normandie" par les géants de l'agro-alimentaire laitier, un label qui faisait hurler les défenseurs de l'AOP, soumis à un strict cahier des charges.
 
Pour parvenir à un compromis, chacun avait fait une partie du chemin. Le lait pasteurisé, bête noire des défenseurs de l'authenticité et du terroir, était toléré mais celui ci devait en partie provenir de vaches normandes. Deux appelations voyaient le jour : une apellelation premium, l'AOP "Véritable camembret de Normandie" (lait cru, moulé à la louche avec 70 % de lait de vaches normandes nourries à l'herbe et au pré) et le "Camembert de Normandie" (pasteurisé ou au lait cru avec 30 % de lait de vaches normandes). "Pour moi, c'est le départ d'un chemin qualitatif", estimait à l'époque Patrick Mercier, président de l'AOP Camembert,
 
Au fil du temps : le camembert

L'accord devait entrer en vigueur en 2021 et aurait permis d'augmenter considérablement la production de camembert sous AOP ( de 6 000 tonnes à plus de 40 000 tonnes selon certaines prévisions). Mais coup de théâtre ce mercredi 29 janvier. Au moment d'adopter définitivement le nouveau cahier des charges, les membres de Organisme de Défense et de Gestion du Camembert de Normandie l'ont rejeté à une courte majorité (53%).

Deux ans après l'annonce d'un accord, de nombreux points de discorde semblent perdurer comme l'utilisation de certaines techniques ou l'extension de la zone géographique concernée par l'appellation et réclamée par les industriels (Mayenne ? Bretagne ?), des industriels qui selon certains connaisseurs du dossier seraient responsables de l'échec de l'accord.

« Tout le monde est sonné. Il va falloir laisser du temps au temps, analyser ce vote, voir si c'est un accident de parcours ou une fermeture définitive », a déclaré Marie Guittard, directrice de l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao), qui supervisait les négociations au sein de l'OGD. En cas de fermeture définitive du dossier, la guerre pourrait reprendre cette fois-ci devant les tribunaux pour faire disparaître le "fabriqué en Normandie" sur les étiquettes.


 
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