Une fois par mois, deux coiffeuses apportent leur matériel dans les rues de Caen et offrent leurs services aux personnes à la rue. Une maraude qui sert autant à soigner l'apparence de ceux qui le demandent qu'à réchauffer les cœurs. Reportage.

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C'est devenu une routine. Un dimanche par mois depuis maintenant trois ans, Julie Bourges et Aurélie Leconte, coiffeuses professionnelles installées à Caen (Calvados), sortent de leurs salons et arpentent les rues de la ville.

Elles partent à la rencontre des personnes sans domicile fixe pour leur offrir leurs services. "J'ai vu un reportage sur un jeune homme qui faisait ça à Marseille. Ça m'a intéressé tout de suite, je suis entré en contact avec lui et il m'a expliqué comment il fait", se rappelle Aurélie Leconte. Trois ans après, les deux coiffeuses bénévoles se sont liées d'amitié avec leurs bénéficiaires, qui les retrouvent à chaque maraude.

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Une fois par mois, deux coiffeuses apportent leur matériel dans les rues de Caen et offrent leurs services aux personnes à la rue. Une maraude qui sert autant à soigner l'apparence de ceux qui le demandent qu'à réchauffer les cœurs. ©Maëlenn Nicolas / Ayi-Benjamine Rombhot / France Télévisions

Coiffure et lien social

Ce dimanche 3 mars, rendez-vous a été donné à 11 heures sur le parvis du théâtre de Caen. Un petit groupe de personnes les attendait. Certains sont des habitués. "On a créé des liens particuliers. C'est un bon moment qu'on passe ensemble, on est heureux de les retrouver", se réjouit Aurélie Leconte, ciseaux à la main.

Un petit chariot, un tabouret et un sac contenant rasoirs et ciseaux : le nécessaire est là. "C'est pas les mêmes conditions qu'en salon, mais on se débrouille très bien comme ça", avance la coiffeuse. "On prend soin d'eux de la même manière" que les clients des salons, abonde Julie Bourges, sa collègue. Et d'ajouter : "On est vraiment utiles, c'est important".

J'ai un entretien mardi. Je suis content, je ne vais pas y aller avec une barbe drue.

Jamka, bénéficiaire de la maraude

à France 3 Normandie

Ce qui se joue, pour les personnes qui passent sous le rasoir, c'est une coiffure soignée, mais aussi plus de confiance en soi. "J'ai un entretien mardi pour être vendeur. Je suis content, je vais y aller en confiance, je ne vais pas y aller avec une barbe drue", confie Jamka, qui est coiffé ce jour-là par Aurélie. Lui ne vit plus à la rue, mais continue de venir rencontrer les coiffeuses chaque mois. "C'est aussi enrichissant au niveau social, au niveau de l'amitié. Quand on a l'encouragement et le soutien des gens, on va de l'avant", se réjouit-il.

Une thérapie

Car il ne s'agit pas là que de cheveux. Ce rendez-vous mensuel, c'est aussi une thérapie. "On se retrouve le dimanche, c'est une belle bande de potes, une belle dose de bonheur dans la face", sourit Mélissa, qui vit en foyer d'hébergement. On lui tend un miroir : "Je suis rafraîchie, ça m'a refait ma journée". "Depuis toutes ces années, on a créé des affinités et on ne peut plus s'en passer", lance Julie.

Depuis toutes ces années, on a créé des affinités et on ne peut plus s'en passer.

Julie Bourges, coiffeuse

à France 3 Normandie

Et l'initiative inspire. Désormais, l'entourage des coiffeuses leur fait passer des objets et des denrées alimentaires à offrir lors de leurs maraudes. "Là, par exemple, on a ramené beaucoup de vêtements qui nous ont été donnés, donc ils vont regarder ce qui les intéresse. J'ai quelqu'un qui m'a fait beaucoup de gâteaux, aussi. Il y a un élan de solidarité", explique Aurélie. "Le café à beaucoup de succès, en général", rit-elle.

Une fois le travail sur la place du théâtre terminé, les deux collègues prennent le temps d'arpenter les rues de Caen, partant à la rencontre d'autres personnes qui pourraient avoir besoin de leurs services. "Pour l'hygiène et le regard des autres, c'est important", avance Jamka. Aussi, l'opération est utile pour sensibiliser à la défense des personnes sans abris, estiment les coiffeuses. "Il y a parfois des gens qui s'arrêtent, ça leur permet aussi de discuter avec nos amis de la rue", raconte Aurélie.

Alors que la maraude se termine, un bénéficiaire qui ironisait sur son look "vilain pas beau" en prenant place sur le fauteuil des coiffeuses est heureux de repartir avec la barbe taillée et les cheveux coupés.