Le Père Mansour Labaky renvoyé par l'église, un an après sa condamnation à Caen pour viols

Publié le
Écrit par DF avec CM et PMP

La cour criminelle du Calvados l'avait condamné en novembre 2021 pour viols et agressions sexuelles sur mineurs. 10 mois après, l'Eglise vient d'officialiser son renvoi : Mansour Labaky perd sa qualité de prêtre. Mais réfugié au Liban, malgré un mandat d’arrêt international, il n'a toujours purgé aucune peine.

Ce mercredi 28 septembre, le diocèse de Lisieux et Bayeux vient d'officialiser une décision du Pape François : le Père Mansour Labaky est renvoyé de l’état clérical. Cette décision a fait l’objet d’un décret signé du Pape François et du Dicastère pour la Doctrine de la foi.

Mansour Labaky perd sa qualité de prêtre et ne peut plus en exercer les fonctions. Nous continuons à dénoncer fermement les abus sexuels et renouvelons tout notre soutien aux personnes victimes.

Assemblée des patriarches et évêques catholiques au Liban

Le délai peut surprendre, mais les arcanes de l'Eglise sont parfois tout aussi compliquées que celle de l'administration. Cette décision arrive un an après le procès à Caen, et la condamnation de Mansour Lakaby à 15 ans de réclusion criminelle. L'homme de 82 ans était poursuivi pour quatre viols sur mineurs et trois agressions sexuelles.

"Un bon samaritain" décrit comme un manipulateur 

La première alerte date de 2011. Le père Labaky était alors un homme admiré au Liban, son pays d'origine. Il était également très respecté en France pour son dévouement : ce prêtre maronite avait créé un orphelinat dans le Calvados, à Douvres-la-Délivrande, au sortir de la guerre civile qui avait éclatée au pays du cèdre. 

Le prêtre libanais a dirigé cet orphelinat jusqu'en 1998. Mais durant toutes années, celui qui déclarait sur notre antenne avoir "voulu agir en bon samaritain" en emmenant en France une trentaine d'orphelins libanais, se serait livré à des viols et des agressions sexuelles sur des mineurs, dont certains âgés de moins de 15 ans. 

Il profite à fond de cette célébrité, il sait la manipuler, il utilise son charisme pour se faire aimer et créer une sorte d'image de prêtre irréprochable. Et c'est comme ça qu'il a apprivoisé ses proies quand elles étaient vulnérables, mineures, pour les abuser.

Céleste Akiki

Nièce de Mansour Labaky

Sa nièce, Céleste Akiki, était venue spécialement des Etats-Unis pour participer à ce procès en qualité de témoin. "Il est adulé au Liban. Il est mis sur un piédestal. Depuis mon enfance, presque tout le monde m'enviait de l'avoir comme oncle. Il profite à fond de cette célébrité, il sait la manipuler, il utilise son charisme pour se faire aimer et créer une sorte d'image de prêtre irréprochable.  Et c'est comme ça qu'il a apprivoisé ses proies quand elles étaient vulnérables, mineures, pour les abuser."

Parmi les victimes, trois jeunes femmes, dont deux sœurs âgées au moment du procès de 39 et 43 ans. D'autres anciennes "protégées" du prêtre avaient aussi saisi la justice, mais les faits qu'elles dénonçaient sont prescrits.

Refugié au Liban, il ne peut pas être extradé

Bien avant son procès, Mansour Labaky avait déjà été condamné à renoncer à toutes ses responsabilités et à se retirer dans un couvent.  "A partir de 2011, à partir du moment où des victimes commencent à s'exprimer et demandent à rencontrer Mgr Boulanger (à l'époque évêque de Bayeux-Lisieux) et le cardinal XXIII de Paris, elles sont accueillies, écoutées", avait alors précisé le père Laurent Berthout, porte-parole du diocèse de Bayeux-Lisieux. "Le cardinal et l'évêque demandent une enquête qui aboutit à la découverte de ces faits effrayants et demandent à la congrégation de la foi de prendre ses responsabilités."

Reparti au Liban, le Père Labaky n'a jamais répondu aux convocations des magistrats français. Son pays n'a pas signé de convention d'extradition avec la France. Le mandat d'arrêt international lancé par un juge d'instruction de Caen est resté sans effet. "Il est censé s'être retiré dans un couvent or il se déplace comme il veut. Il n'a jamais respecté les sanctions (...) Encore maintenant, il a au Liban des partisans qui le suivent aveuglément, qui ne croient pas les victimes.", s'insurgeait sa nièce au procès.

Pas sûr que ce renvoi tardif change beaucoup de choses. Mais désormais, c'est officiel, Mansour Labaky n'est plus prêtre.

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