Mobilisation étudiante en Normandie : "Cette crise renforce une précarité déjà existante"

Une mobilisation nationale étudiante est prévue ce mardi 26 janvier contre la fermeture des universités pour un "investissement massif dans les services de santé universitaires". A Caen et à Rouen, le rendez-vous était pris à 14 heures.

Distribution de produits de première nécessité pour des étudiants à Rouen.
Distribution de produits de première nécessité pour des étudiants à Rouen. © E. Laperdrix/ France Télévisions

A 14 heures, les étudiants sont appelés à se rassembler au Campus 1 de l’Université de Caen, contre la fermeture des universités qui laisse les jeunes face "à leurs idées noires" et pour un "investissement massif dans les services de santé universitaires". "On est dans une mobilisation statique, avec des débats, des prises de paroles… On veut montrer qu’on est capable de respecter les gestes barrières", souligne Marine Rabelle, présidente de la FCBN (Fédération Campus Basse-Normandie), qui regroupe des associations étudiantes. "Le but de cette mobilisation nationale est de toucher le gouvernement, pour nous faire entendre. On est des adultes et on est responsables", souligne celle qui étudie les sciences à l’Université de Caen.

Cette mobilisation nationale étudiante intervient alors que depuis le reconfinement de la fin du mois d’octobre 2020 les étudiants ont exclusivement des cours en ligne. Une situation difficile à vivre pour eux : après le premier confinement déjà, 84% des jeunes avait déclaré être en situation de décrochage selon la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) et d’après une enquête parlementaire, 50% s'inquiètent pour leur santé mentale tandis que 23% des étudiants ont eu des pensées suicidaires. "Peut-être qu’aujourd’hui la situation est encore pire. Il y a des étudiants sous-antidépresseur", s’alarme Marine qui raconte avoir été touchée par la confidence d'un camarade.

On a des étudiants à qui on parle, à qui on demande comment ça va... L’un d’eux nous a dit qu’il était prêt à passer à l’acte et ça nous a marqué. C’est une personne qu’on côtoie. Les étudiants ne montrent pas quand ça ne va pas.

Marine Rabelle, étudiante en sciences à l'Université de Caen et présidente de la FCBN

Même son de cloche du côté de Clémentine, étudiante en deuxième année de psychologie à Caen. Cette dernière, qui a fait le choix de rester en Cité U pour travailler au calme, cumule deux jobs pour s’en sortir financièrement : elle est auxiliaire de vie et travaille à l’épicerie solidaire du campus. Elle se rend compte que la crise sanitaire a précarisé ses camarades. "Les étudiants entre l'isolement, la précarité et tout ce qui va avec sont au bord de la crise de nerf", souffle-t-elle.

Que demande les étudiants mobilisés ?

Et selon la présidente de la FCBN, le gouvernement se désintéresse des étudiants : "Cette crise renforce une précarité déjà existante. Quand Jean Castex s’est exprimé début janvier pour annoncer les mesures de couvre-feu, la seule chose qu’il a dite pour nous c’est : ‘j’ai une pensée particulière pour les étudiants’", pointe Marine Rabelle.

Jeudi, Emmanuel Macron a annoncé des mesures pour les jeunes : l’accès à deux repas par jour à un euro, le retour en présentiel un jour par semaine pour les étudiants et la création d’un "chèque-psy", et si cela est "un premier pas", reconnaît la présidente de la FCBN, c’est "insuffisant face à l’urgence de la précarité étudiante".

Le chèque, c’est bien, mais il faut aller à la source du problème : le mal-être à cause de l’isolement social. Il faut des psychologues à temps pleins dans les universités et les services de prévention. Les psys sont débordés. Il n’y en a que trois pour toute l’Université de Caen.

Marine Rabelle

Et les repas à un euro ? "Il faut que tous les services de restauration puissent le faire, indique l’étudiante en sciences. Si on est dans un établissement délocalisé, il faut que tous les lieux de restauration soient ouverts et sécurisés".

Et si les étudiants demandent un retour en présentiel, la présidente de la FCBN précise qu’il doit être "corrélé à un protocole sanitaire stricte", qu’un "équilibre soit fait" et que "petit à petit la jauge augmente pour que ceux qui en ont besoin puisse revenir sur les bancs des amphithéâtres."

Objectif 50% en présentiel

A Rouen, la mobilisation a pris la forme de plusieurs happenings sur le campus de Mont-Saint-Aignan. Après plusieurs mois à suivre les cours à distance, les étudiants demandent la réouverture des facs et la prise en compte des difficultés liées à la crise sanitaire.

Depuis plusieurs mois, les étudiants sont obligés de suivre les cours en ligne.
Depuis plusieurs mois, les étudiants sont obligés de suivre les cours en ligne. © Myriam Libert / France Télévisions

"Malgré l’épidémie, on avait fait une démonstration dès le début pour montrer que nous pouvions accueillir des étudiants tout en garantissant des conditions sanitaires. Nous voulons revenir à une présence à au moins 50%", explique Joël Alexandre, président de l'Université de Rouen.Les étudiants sont, depuis des mois en souffrance : difficultés de suivre des cours en ligne, isolement, manque de ressources financières car les petits boulots ont disparu.

Socialement on n’a plus de lien, on se renferme. Ça peut entraîner beaucoup de mal-être.

Lola Blanc, étudiante en deuxième année de staps

"On ne peut qu’être solidaire face à leur détresse. Cette situation est insupportable. C’est une détresse financière, mais aussi psychologique. La santé mentale de beaucoup de nos étudiants est atteinte", poursuit Joël Alexandre.

A l’université de Rouen, seulement 16.000 des 35.000 étudiants habitent sur la Métropole Rouen Normandie. "Les autres viennent de loin, beaucoup ont dû rendre leur appartement."

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