Procès des passeurs de migrants à Port-en-Bessin : "un océan de contradictions" trois ans après

Six hommes, originaires d'Irak, sont accusés d'avoir organisé le transport de migrants en bateau depuis Port-en-Bessin (Calvados) vers l'Angleterre, en décembre 2020. Ils ont comparu, ce mercredi 25 octobre 2023, devant le tribunal judiciaire de Caen. Tous ont livré une version confuse des faits.

Ils ne se sont échangé aucun regard tout au long du procès. Leurs versions ne se sont pas croisées non plus. Ce mercredi 25 octobre, six hommes ont été jugés par le tribunal judiciaire de Caen pour avoir tenté de faire passer 12 migrants en Angleterre, à bord d'une embarcation de fortune depuis Port-en-Bessin (Calvados).

Un bateau chavire avec 12 réfugiés

Les faits remontent à la nuit du 30 décembre 2020. Un bateau hors bord de cinq mètres chavire dans l'avant-port normand avec 12 réfugiés irakiens à son bord. Parmi eux, une femme et son nourrisson de trois mois. Avertis vers deux heures du matin, les secours ont pu les sortir, sains et saufs, de l'eau glacée. 

Le bateau aurait été acheté à un particulier quelques jours plus tôt à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), pour la somme de 6 000 euros.

Des auditions confuses

Les prévenus, âgés de 28 à 37 ans et originaires du Kurdistan irakien, ont été mis en cause par le bornage de leurs téléphones portables et de leurs cartes bancaires. Ils sont poursuivis pour aide au séjour irrégulier d'étranger, association de malfaiteur et mise en danger d'autrui.

À la barre, tous minimisent leur responsabilité dans les faits. "Un océan de contradictions", a même osé une magistrate. Leurs auditions, contradictoires et confuses, n'aident pas à y voir clair. Qui a participé à l'achat du bateau et pourquoi ? Si quatre d'entre eux reconnaissent qu'ils savaient que l'embarcation transporterait des migrants, deux hommes réfutent totalement leur implication dans l'affaire.

Ces deux mêmes prévenus, dont l'un parle couramment français, sont accusés par les autres d'être à la tête de la sinistre entreprise.

Ils risquent jusqu'à deux ans de prison

"On est loin d'une mafia de passeurs comme on en a l'image, dangereuse et armée. Dans ce dossier, on a des gens lambda avec des casiers judiciaires vierges. On voit bien que l'on n'est pas face à des professionnels", précise l'avocate d'un des prévenus.

Par ailleurs, aucune des victimes ne s'est constituée partie civile au procès. D'après l'enquête des gendarmes, elles avaient déboursé l'équivalent de 5 000 livres anglaises pour se rendre en Angleterre. Des sommes directement envoyées en Irak. Il avait été indiqué aux passagers de l'embarcation que la traversée de la Manche ne durerait qu'une heure.

Les expertises menées durant l'enquête ont permis au procureur d'affirmer que "le bateau n'avait pas l'autonomie suffisante pour traverser la Manche. Il aurait coulé ou ce serait trouvé en panne en pleine mer".

Le parquet entend sanctionner "le mépris de la vie humaine". Il requiert des peines allant de huit mois à trois ans de prison à l'encontre des passeurs présumés.

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