VIDÉO. Musiques électroniques : quelle place pour la diversité ?

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La musique électronique a toujours été un symbole d'ouverture d'esprit et de mixité. Qu'en est-il vraiment ? ©France Télévisions

Quand on regarde les affiches des festivals français, on ne peu pas ignorer que les femmes et les minorités y sont encore trop peu représentées sur scène. Le monde de la musique électronique n'échappe pas à la règle mais a peut être un peu d'avance. La preuve avec le festival caennais NDK.

Grand rendez-vous des amateurs de musique électronique, le festival NDK a débuté cette semaine à Caen. Cette année, l’équipe de programmation a mis un point d’honneur à concocter une affiche qui compte quasiment autant de femmes que d’hommes. 

Les femmes dans l’électro ? comment ça va ?

La musique électronique : une affaire d’hommes ? Ce n'est pas si évident. Il suffit de regarder les premières affiches de Nordik Impakt pour constater qu’il y a 20 ans, des artistes féminines se faisaient déjà une place dans la programmation du festival normand. Néanmoins, on était loin de la parité affichée en cette année 2022. Aujourd’hui, les choses ont changé dans le bon sens et les femmes sont nombreuses à monter sur scène.

Une femme derrière les platine, il n’y a rien de plus normal selon nous.

Thomas Aguirregabiria et Ludovic Jumel (Collectif Ladacore - Caen)

Pour Thomas Aguirregabiria et Ludovic Jumel (Collectif Ladacore - Caen) "Ça n’est pas du tout un critère. Nous avons programmé trois femmes sur notre dernier événement en août, mais le choix se fait avant tout sur la qualité artistique. Nous avons le sentiment que dans le monde la musique électronique, c’est moins problématique que dans d’autres styles. Une femme derrière les platine, il n’y a rien de plus normal selon nous. “ 

Jean-Claude Lemenuel (Directeur du FAR Agence Musicale Régionale - Caen) ajoute que "ce n'est pas un problème propre aux musiques électroniques. Dans l’ensemble des musiques actuelles, les femmes sont sous-représentées. Ça tend à changer, il faut faciliter, favoriser, rendre plus visible les femmes, peut-être même les survaloriser. Cela va mettre du temps.” 

Si le fait de voir des femmes monter sur scène n’est pas vraiment une nouveauté dans le milieu de la musique électronique, elles sont encore largement sous-représentées. Pour corriger le déséquilibre, organisateurs, programmateurs et institutions mettent en place différentes actions et notamment des quotas.

Il n’y a pas de raison qu’il y ait plus d’hommes que de femmes sur scène", affirme Jérémie Desmet (Directeur du Cargö et de NDK Festival - Caen). "Si il n’y a pas d’actions volontaires, si on n’essaie pas d’agir collectivement, ça avance moins vite.” 

“La parité, c’est important, en revanche, je trouve qu’il faut faire attention avec les politiques de quotas" tempère Emmanuelle Dormoy (Maire Adjointe en charge de la culture - Caen). "Il y a une vraie pertinence à programmer des femmes, tout simplement parce qu'il y a des femmes qui méritent d’être programmées.”  

C’est important de créer des modèles pour donner envie aux jeunes femmes de se projeter dans ces métiers- là.

Thomas Franco (Président du collectif M.A.D Brains - Caen)

“Sur la programmation d’un événement, et notamment sur les festivals, c’est important de tendre à la parité sur scène. C’est important de créer des modèles pour donner envie aux jeunes femmes de se projeter dans ces métiers- là. Après, imposer une stricte parité, ça n’est pas notre démarche” explique Thomas Franco (Président du collectif M.A.D Brains - Caen).

Pour Zélie Jeanne-Le Guern, artiste et co-présidente d’un important regroupement de collectif, le problème est loin d'être réglé et c’est en proposant des exemples que les choses évolueront : “Aujourd’hui, dans notre association, nous sommes environ 70, et il n’y a que 5 femmes… Mais nous prenons notre place, je suis coprésidente, et il y a une autre femme qui fait partie du bureau. L’important c’est de montrer l’exemple aux jeunes générations. Depuis quelque temps, de plus en plus de femmes rejoignent notre collectif, c’est que ça fonctionne. Pour ce qui est des quotas dans les programmations, moi je n’ai pas peur de ce mot, je suis pour. Ça crée des modèles, et ça crée un cercle vertueux.”

Pour l’association ActRight qui milite, entre autres, pour la parité dans le monde de la musique électronique, les mentalités ont bien changé, mais il y a encore du chemin à parcourir à certains niveaux.

Il reste encore un gros travail à faire sur les postes à responsabilité.

Cindie LE DISEZ et Marion DELPECH (Association Actright - Paris)

"Ça va mieux, c’est vrai. Aujourd’hui beaucoup de femmes se sont mises à la musique électronique, elles sont moins isolées, il y a beaucoup d’initiatives pour favoriser leur présence sur scène ou parmi les équipes de techniciens par exemple. Mais les programmateurs sont encore très souvent des hommes qui ont dit pendant longtemps qu’il n’y avait pas de femmes à programmer ou que ça allait être moins bien que si c'était un homme. Il reste encore un gros travail à faire sur les postes à responsabilité.“ expliquent Cindie Le Disez et Marion Delpech (Association Actright - Paris).

Jérémie Desmet (Directeur du Cargö et de NDK Festival - Caen) précise que “les carrières artistiques sont souvent courtes, le renouvellement est plus rapide, c’est aussi pour ça que les choses évoluent plus vite sur scène. Dans les bureaux, il y a encore des efforts à faire, c’est vrai, et ça mettra plus de temps.” 

Des minorités encore sous représentées dans l'electro

Si l’ensemble des acteurs que nous avons rencontré s’accordent sur le fait que la situation s’arrange pour les femmes, le sujet des minorités racisés ou lgbtqia+ est encore sensible.

Si on regarde la scène des musiques électroniques, combien compte-t-on d’artistes issus du monde du Maghreb ou d'Afrique noire ..? Très peu.

Jean-Claude Lemenuel (Directeur du FAR Agence Musicale Régionale - Caen)

Pour Jean-Claude Lemenuel (Directeur du FAR Agence Musicale Régionale - Caen), "la question des minorités est globale, c’est une question que le monde du théâtre s’est déjà posée par exemple. Si on regarde la scène des musiques électroniques, combien compte-t-on d’artistes issus du monde du Maghreb ou d'Afrique noire ..? Très peu. Pour moi, c’est un changement sociétal qui doit s'opérer, le monde artistique suivra. Mais ça, c'est long, et compliqué.” 

“A vrai dire, je ne suis pas trop à l'aise avec ces questions-là. Je n’aime pas “caser” les gens en fonction de leur genre, leur attirance sexuelle ou que sais-je…" déclare Thomas Franco (Président du collectif M.A.D Brains - Caen). "Quand j’écoute de la musique, ça n’est pas une question que je me pose. L’histoire de notre musique fait qu’on est une grande famille. Dans les années 90, dans les rave, je crois qu’on ne se posait pas ces questions, tout le monde était le bienvenu, c’est tout.” 

Tommy Vaudecrane (Président de l'association Technopol - Paris) explique : “Une partie des musiques électroniques sont nées dans les ghettos noir américain, comme la house ou la techno. Ces minorités par exemple sont très peu représentées. Il y a du changement sur le continent africain où beaucoup d’artistes et de nouveaux genres émergent. Mais il y a encore beaucoup à faire. Aujourd’hui certaines subventions sont conditionnées à une parité sur scène ou dans les équipes. Ce n’est donc plus une simple volonté mais une véritable obligation.

Force est de constater qu’il n’y a pas plus de difficultés pour les minorités dans le monde des musiques électroniques qu’ailleurs. Pour certains, c’est même un milieu qui a toujours été en avance sur le sujet. Le monde de la musique est à l'image de la société, il évolue en même temps qu’elle. Avec cette nouvelle édition, le festival prend sa part de responsabilité.

Pour aller plus loin, vous pouvez feuilleter le livre blanc (de couleur rose) "Danser demain" publié par l'association Technopol qui traite, entre autre, de l'inclusivité en milieu festif.

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