L'impuissance des apiculteurs normands face aux ravages du frelon asiatique

Le frelon asiatique est arrivé en France en 2005. / © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP
Le frelon asiatique est arrivé en France en 2005. / © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP

Arrivé en France en 2005, le frelon asiatique, classé comme "espèce nuisible", décime les colonies d'abeilles pour nourrir ses larves. En Normandie, les apiculteurs sont confrontés à la multiplication des nids de frelons qui menacent leurs ruches. Le phénomène s'est fortement accentué cet été. 

Par Camille Belsoeur

À côté des pesticides, c'est l'autre grande menace pour les colonies d'abeilles des apiculteurs. Depuis son arrivée sur le territoire français en Gironde et Lot-et-Garonne en 2005, le frelon asiatique s'est au fil des ans étendu sur l'ensemble du pays. En Normandie, cet insecte, classé comme "espèce nuisible" par le ministère de l'Agriculture en 2012, se multiplie de manière rapide et inquiétante depuis 2016, avec un nouveau pic atteint en ce mois d'août 2018.

Un habitant du sud de la Manche est même décédé en août après avoir fait une réaction allergique suite à une piqûre à proximité d'un nid de frelons dans son jardin.

"Les frelons asiatiques tuent les abeilles pour fournir leurs larves en protéine. C'est au mois d'août que le nid est au maximum de sa croissance et que les frelons ont besoin d'énormément de protéine, donc de tuer des abeilles", explique Adrien Guillemot, président de la Confédération des apiculteurs du Calvados.  
 


"Les frelons stressent les abeilles"

La chasse aux abeilles menée par les frelons fragilise les ruches. "Les frelons s'attaquent aux ruches les plus faibles. Quand il y en a toujours trois ou quatre autour de la ruche, cela stresse les abeilles qui sortent moins", dit Adrien Guillemot, installé à Jort dans le Calvados.

Les frelons, qui tuent un nombre élevé d'abeilles chaque jour, font baisser les populations des colonies et entravent également la production de miel. Certains apiculteurs ont perdu jusqu'à 25 ruches

La Fédération départementale de défense contre les organismes nuisibles de la Manche a déjà enregistré un record de 2 230 nids de frelons asiatiques en 2018. Une véritable explosion : 869 nids avaient été recensés en 2016 et 1 447 nids en 2017.
 

Des nids difficiles à détruire

L'Union nationale des apiculteurs français (Unaf) déplore les faibles moyens pour lutter contre l'expansion du frelon asiatique. 

"Malheureusement, l’arrêté ministériel du 26 décembre 2012 a classé le frelon en danger sanitaire de 2ème catégorie au lieu de la 1ère catégorie initialement annoncée. La différence est simple. Dans la 1ère catégorie, la lutte est rendue obligatoire par l’administration avec les moyens qui l’accompagnent. Dans la 2ème, le danger est considéré de moindre gravité et la lutte est volontaire avec des moyens financiers quasi-inexistants", note l'Unaf sur son site internet

Le président de la Confédération des apiculteurs du Calvados, Adrien Guillemot, estime lui que les collectivités locales se sont emparées du problème en envoyant des entreprises spécialisées indemnisées par les mairies pour détruire les nids repérés par les habitants ou les apiculteurs. Mais les frelons sont difficiles à exterminer. "Les nids peuvent être enfouis sous terre ou êtres construits à 20 mètre de hauteur dans les arbres. Ils sont difficiles d'accès", dit Adrien Guillemot. 
 

Agir avant l'automne

"Un nid qu'on ne détruit pas donne quatre nids l'année suivante. Dans la Manche, on était à un taux de multiplication de 1,67 l'an dernier. Cela montre que si l'on ne faisait rien, cela serait bien pire", témoigne Antoine Métayer, président de la Fédération départementale de défense contre les organismes nuisibles de la Manche.

"La difficulté, c'est de localiser les nids. Beaucoup sont dans les branches d'arbres et ne sont visibles qu'à la chute des feuilles à l'automne. C'est trop tard à ce moment-là. Les frelons quittent leur nid à l'automne pour se mettre en hivernage et reviennent ensuite en mars ou en avril dans de nouveaux nids", conclut Antoine Métayer.

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