Coronavirus : Comment parler d'autre chose à table ou en famille ?

La cuisine est un temps nécessaire, vous allez comprendre pourquoi! / © Laurent Theillet/Maxppp
La cuisine est un temps nécessaire, vous allez comprendre pourquoi! / © Laurent Theillet/Maxppp

On vient de passer les dix premiers jours du confinement. Une phase dite de "sidération", il faut maintenant durer puisqu'on prolonge de 15 jours. Vous ressentez un besoin de parler d'autre chose? C'est normal et il faut le faire, mais comment y arriver? 

Par Alexandra Huctin

On est là, chez nous, sur le canapé ou sur le lit. Souvent bien seul avec nous même, malgré le conjoint ou les enfants. C'est ce monde intérieur que le confinement nous pousse à explorer et c'est lui, notre meilleur ami pour vivre en groupe. Si, si. 

Alors, allez puisez dans vos ressources intérieures et vous trouverez la solution pour vous ouvrir à nouveau aux autres et à la vie.
Pour rire et parler d'autre chose.

L'homme est vulnérable et de passage sur terre, vous le saviez mais maintenant vous en avez la preuve. Alors plus que jamais c'est "la philosophie du moment T " qu'il faut adopter. Profitez du temps présent et rendez-le heureux pour vous et ceux qui vous entoure. Faire du bien, nous fait du bien.
"Il n'y a pas d'échappatoire. Et être confiné, vous l'avez compris, ce n'est pas être en vacances. Il faut se réinventer des rituels", explique Didier Drieu, professeur en psychologie à l'Université de Rouen et spécialiste des parentalités et de la médiation. 


Depuis le 16 mars, peu de choses pouvaient marcher dans notre "nouvelle vie" car nous étions dans la phase de sidération, inévitable. Sous le choc, on fait comme on peut pour s'adapter. Maintenant vous pouvez essayer de nouvelles choses. C'est une autre étape que vous allez franchir ces prochains jours. Vous vous êtes habitués, "adaptés", disent les spécialistes. 


Pendant la phase de sidération on ne peut pas vraiment penser à autre chose. On est figé dans nos angoisses. Mais la bonne nouvelle c'est qu'on va s'adapter. Certains on commencé à intérioriser leur nouveau mode de fonctionnement avec le confinement. D'autres, non. Mais c'est normal, chacun son rythme.
Marjorie Roques, psychologue CHU Caen et maître de conférence à l'Université 

 

Se réinventer : on n'a pas le choix

C'est une conséquence incontournable du confinement. "Oui il faut se réinventer, trouver d'autres rituels en famille et en couple. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire", explique Didier Drieu professeur à l'Université de Rouen, spécialiste des parentalités et de la médiation. On y est contraint et pas forcément à un moment facile. "Nous avons tous (et même ceux qui s'en défendent) des angoisses, grands et petits, sur ce machin venu de l'extérieur qui menace de nous attaquer à l'intérieur. Personne n'y échappe et ça agit sur notre réception des choses."

Les repas : un moment clé qui revient 2 à 3 fois par jour


C'est le plus gros rituel de notre vie : le repas. Il revient 2 à 3 fois par jour. Et comment faire pour qu'il se passe au mieux? Après 10 jours de tensions, de moments de vies qui ne tournent qu'autour du coronavirus, du confinement, de ce qu'on peut faire et ne pas faire. Comment ne plus en parler ?

1-Savoir que ce n'est peut-être pas possible de l'éviter totalement.

2- Le repas doit être le moment où chacun arrête le chacun pour soi dans sa chambre ou son espace dédié - Retisser des liens en famille, c'est le moment !

3-Ne pas hésiter à en parler, à lancer le défi "et si on parlait d'autre chose?"

4- essayer de rester naturel pour ne pas angoisser les autres

"On doit faire en sorte que les repas soient des moments de convivialité ou chacun va pouvoir s’exprimer sur la manière dont il a vécu la journée", conseille Marjorie Roques.

Des sujets à discuter ?

1- "Qu'as tu fais aujourd'hui ?" ( Attention l'adolescent prendra ça pour du viol d'intimité mais lui demander un truc drôle ou intéressant qu'il appris aujourd'hui, par exemple ? )

2-mais aussi "qu'est-ce que tu aurais aimé faire et que ne te permet pas la situation de confinement forcé ?"

"Le fait d’y penser et de se projeter dans un après confinement aide à supporter la situation", affirme Marjorie Roques.

"Il faut aussi penser à demander le matin ou à midi . "Et toi comment s'est passé ta nuit ? Tu arrives à bien dormir ? "Car ne jamais oublier que c'est un moment particulier pour beaucoup", conseille Didier Drieu. 

3- réfléchir ensemble à une organisation. Qui veut cuisiner pour nous demain ? et Quoi ?

La cuisine, nos deux psychologues en sont sûrs, c'est essentiel. C'est LA clé.
On ne parle pas de gastronomie. Mais tiens.... toi, tu adores les hamburgers? Peux-tu en cuisiner pour nous tous demain? On regarde tout à l'heure ce qu'il te faut pour ta recette. Tu veux nous faire un jambon-chips ? pas de problème mais tu prépareras aussi une belle table pour nous tous, etc

4-choisir ensemble le menu de la semaine et "de bons petis plats"- Essayer que chacun mette la main à la pâte

Que chacun ait un rôle dans le système. Et si c'est l'envie de faire un plateau repas-soupe, devant un bon film, c'est pas grave. Il faut se faire plaisir. Mais ça ce n'est valable que pour les familles sans enfants.

On redécouvre avec ce confinement la vie de famille avec des règles. Le repas c'est tous ensemble 2 à 3 fois par jour, à telle heure et dans telles règles. C'est pas toujours facile car on vit dans un monde où les règles s'appliquent à l'école et pas toujours à la maison. Mais là, il n'y a plus le choix. Les parents doivent en donner. Didier Drieu, psychologue Université de Rouen, spécialiste des parentalités et de la médiation 
 

Une réflexion qu'on a pu lire sur les réseaux sociaux ces derniers jours ! / © capture écran Facebook
Une réflexion qu'on a pu lire sur les réseaux sociaux ces derniers jours ! / © capture écran Facebook
 

Vivre des choses ensemble avant ou après le repas


1- Demander aux enfants ou au conjoint quels amis ou quels membres de la famille, ils voudraient contacter ? Téléphoner avec haut parleur ou What's app, pour le vivre tous ensemble.

2- Les plus petits peuvent faire des dessins pour les copains par exemple et vous, vous envoyez des photos aux parents. 

3- Proposer des activités ludiques (jeux de société par exemple) et sportives pour se dépenser et décharger les tensions 

" Il faut axer les journées sur le plaisir et faire participer le reste de la famille, cela fait d’une pierre deux coups ! " précise Marjorie Roques. Et ce sera plus facile de continuer la conversation à table, de rire d'une situation qu'on vient de vivre ensemble ou d'en rediscuter.

Bref, vous connaissez un jeu de société qui dure 15 minutes à proposer avant le repas plutôt que de regarder les titres du 20H ?
N'hésitez-pas, ce sera la meilleure des façons de parler 
 
On se motive ? mental pour tous .... / © capture écran Facebook
On se motive ? mental pour tous .... / © capture écran Facebook

Quoi qu'il en soit, si vous avez besoin de parler ou d'être écouté, les psychologues ont presque tous repris leurs consultations en visioconférence malgré de grandes réticences, au début du confinement. En cas de souffrance et de solitude, contactez les services des CHU et les numéros d'urgence.
 

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