Coronavirus : la fermeture des jardins familiaux sème les graines de la discorde

En raison du confinement, plusieurs maires ont interdit les jardins familiaux. A Cherbourg, ils viennent de rouvrir, non sans une certaine ambiguité. A Caen, la fermeture est maintenue et le président de l'association n'est pas sur la même longueur d'onde que certains des usagers.

Le jardin familial à proximité du zénith de Caen
Le jardin familial à proximité du zénith de Caen © Google Streetview
Mise à jour du 15 avril : le Calvados permet la réouverture des jardins familiaux et ouvriers sous condition. 
 

Cherbourg avait pris les devant et rouvrait ses jardins au 31 mars 

"J'ai pris les choses avec philosophie, il n'y a pas de raison qu'on ait plus de droits que les autres", nous confie Gilbert Levagini, secrétaire de l'association des jardins familiaux d'Equeurdreville, dans l'agglomération cherbourgeois. Avant d'ajouter :" mais la fermeture me paraissait peu justifiée, parce que les parcelles sont éloignées. Le jour où on a affiché les avis d'interdictions, il y avait encore pas mal de gens qui travaillaient. Certains ont trouvé ça injuste, parce que ce n'était pas dangereux."

Si "tout le monde a accepté les règles" dans le Nord-Cotentin, les associations d'Equeurdreville et de Tourlaville ont toutefois mobilisé leur réseau et contacté les différents maires-adjoints de Cherbourg-en-Cotentin pour tenter de faire évoluer la situation. "Il reste des légumes qu'on peut récolter comme les poireaux, les betteraves ou les panais. Et puis, c'est la période idéale pour les pommes de terre, les oignons, les échalottes, pour faire des semis pour ceux qui ont des serres", plaide Gilbert Levagnini. 

On n'a pas trop le temps de discuter comme on n'a qu'une heure

Les efforts des jardiniers "cherbourgeois" ont fini par payer. Ce mardi 31 mars, la mairie annonçait la réouverture des jardins familiaux. En l'assortissant de quelques restrictions : pas plus d'une heure sur place et moins d'un kilomètre de distance avec le domicile du jardinier. "On est quelques privilégiés à habiter près des jardins, mais pour beaucoup un kilomètre c'est trop loin", regrette Gilbert Levagnini. "Il y a pas mal de retraités parmi les jardiniers. Pour eux, c'est une sortie, ça permet des contacts humains. Enfin, on n'a pas trop le temps de discuter comme on n'a qu'une heure. Dés qu'on arrive on se met au travail."

Deux jours plus tard, ce jeudi, la préfecture de la Manche se fendait d'un communiqué dans la presse locale pour indiquer "qu'elle n'avait pas demandé aux communes de les fermer". Le représentant de l'Etat indiquait ensuite que la visite du jardin familial pouvait être un motif de "promenade", un motif limité à une durée d'une heure. Mais qu'elle pouvait aussi s'inscrire dans le cadre des "achats de première nécessité", sans restriction de temps et de distance, donc. De quoi laisser dubitatif plus d'un acteur de ce dossier.

C'est complètement idiot, c'est ridicule, aberrant

A Caen, la fermeture est toujours d'actualité. Elle est clairement affichée sur la page d'accueil de l'association des jardins familiaux.
 

Malgré la bonne volonté d'un de nos contacts à la mairie, impossible d'avoir ce jeudi un interlocuteur sur ce sujet. Un sujet qui ne fait pas l'unanimité dans la communauté des jardiniers caennais.

"C'est complètement idiot, c'est ridicule, aberrant", fulmine Jules, un quinquagénaire qui tient un potager à proximité du Zénith, "Quand vous êtes dans votre jardin, entouré de haies, vous êtes souvent seul ou en couple, les mesures de confinement se font d'elles-mêmes." Dans l'appartement de Jules, le salon est envahi par des petits plants de tomate, en attente d'être plantés. "Si t'es jardinier, tu guettes le printemps et t'as envie de jardiner. Il va bientôt falloir qu'on transvase nos graines. Si ça ne rouvre pas dans les deux semaines, ça n'aura servi à rien."

Jules enrage mais respecte l'interdiction. "On prend notre heure de ballade et on passe reluquer, voir ce qui pousse mais on n'y travaille pas." Un peu plus loin, dans dans une autre commune de l'agglomération caennaise mais sur un terrain appartenant à la ville de Caen, Maurice, lui, continue de travailler la terre. "A cette époque de l'année, c'est important d'y être, on a vraiment du travail (...) Il y a une semaine, il y avait du monde. Là depuis deux-trois jours, il n'y a plus grand monde. Je n'ai pas vu d'avis d'interdiction officielle", explique-t-il, un sourire en coin. Pour lui ausi, pas de danger. "J'y vais seul, les parcelles sont grandes, très éloignées les unes des autres. Je ne vois pas de gens discuter entre eux." Maurice nous rappellera quelques heures plus tard pour nous indiquer qu'un avis vient d'être apposé : les jardiniers son autorisés à travailler mais pas plus d'une heure.

La santé du peuple français est prioritaire à quelques salades


Si les associations du Nord-Cotentin se sont mobilisés pour obtenir la réouverture des jardins familiaux, pas question à Caen de contester les décisions des autorités. "La santé du peuple français est prioritaire à quelques salades", tranche fermement Jacky Lozac, le président de l'association des jardins familiaux de Caen, "beaucoup ont compris la nécessité du confinement. Certains ont du mal à accepter que leurs intérêts individuels soient mis en-dessous de l'intérêt général." Et le président d'asséner un tacle à ses homologues cherbourgeois : "A Cherbourg, pour des raisons strictement climatiques, les jardins ne sont pas commencés avant courant avril. Il n'y a pas de temps perdu."
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