Masques, gants, lingettes : une protection contre le coronavirus mais un danger pour la nature

La crise du coronavirus est-elle en train de nous faire oublier la nécessité de réduire nos déchets? Depuis deux mois, le recours aux protections jetables a fait un grand bond en avant. Si le civisme des utilisateurs apparaît indispensable, cette surconsommation appelle également un recyclage.
 

Un masque chirurgical met plus de 400 ans à se dégrader
Un masque chirurgical met plus de 400 ans à se dégrader © IP3 PRESS/MAXPPP
Ils ont, eux aussi, été en première ligne durant ce confinement. Malgré une réduction du nombre de collecte, les agents chargés du ramassage des déchets ont poursuivi leur travail sur le terrain, et ce malgré la peur de certains d'entre-eux. Un investissement qui a reçu, en retour, peu de considération de la part de certains usagers, comme dans l'agglomération caennaise. 
 
Parmi les déchets jetés sur la voie publique, des petits "nouveaux" ont fait leur apparition. Parmi eux, l'accessoire tendance du moment, que tout le monde s'arrache : le masque.

Difficile à trouver durant les premières semaines de confinement, celui-ci est désormais incontournable dans les lieux publics : obligatoires dans les transports en commun et vivement recommandés dans les magasins (voire obligatoire si le gérant d'un commerce le souhaite, comme le recommande la préfecture du Calvados). Bref, un accessoire qui prolifère sur les visages mais aussi, malheureusement, abandonné dans l'espace public et naturel. "Depuis le déconfinement, ça monte en puissance", déplore Florian Pêche, chef du service de la propreté urbaine de la Ville de Caen, "on en trouve beaucoup aux abords des hôpitaux et des centres commerciaux. Quelqu'un sort de ses courses, il balance àar la fenêtre de sa voiture sa paire de gants ou son masque. C'est une vraie problématique." Et pourtant, 2500 "corbeilles de propreté" sont réparties dans toute la ville. De quoi se délester, sans trop d'effort, de ces objets encombrants.
 

"On est au-delà de l'incivilité"

"Mégots, déjections canines, les incivilités sont notre coeur de métier mais là, on est au-delà de l'incivilité", souligne Florian Pêche, "l'idée centrale, le message à faire passer, c'est protéger les autres et les agents du service de la propreté." Ces derniers sont équipés de gants de manutention, de masques et doivent manipuler ces objets à l'aide de pelles, balais ou pinces avec un impératif absolu : éviter tout contact. "C'est un risque sanitaire pour les usagers et pour nos agents. Sans oublier l'environnement.
 
Mais gants et masques ne sont pas les seuls. L'épidémie de coronavirus a également entraîné une augmentation de la consommation de lingettes, films plastiques, suremballages. Si leur utilisation apporte une certaine sécurité sanitaire, leur élimination pose d’autres problèmes.

Les hôpitaux ont déjà leur filière qui dirige ces déchets vers l’incinération. Ils séparent les déchets en DASRI, Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux, et en DAOM, Déchets Assimilables aux Ordures Ménagères. Mais le problème va surgir du côté du grand public, peu habitué à l’usage de ces protections.

Des lingettes qui bouchent les stations d'épuration

Le service Cycle de l’eau de la communauté urbaine de Caen a déjà alerté début mai sur une arrivée massive de lingettes de nettoyage dans les stations d’épuration, une accumulation pouvant causer des dommages sur les installations et donc sur la qualité des eaux.

 
Début mai,
Début mai, © Caen la mer


Le Centre d’Information sur l’Eau, organisme piloté par des organismes comme la Fédération des entreprises de l’eau, Veolia ou encore Suez, vient de publier une alerte du même type :

C'est une conséquence de l'épidémie, le recours aux lingettes désinfectantes et aux masques jetables s'est amplifié, avec des effets néfastes sur les réseaux d'assainissement et sur notre environnement. Les masques commencent à joncher nos caniveaux. Quant aux lingettes, si elles participent à l'hygiène domestique, elles restent, encore et toujours, un véritable cauchemar pour les services de dépollution des eaux usées.
-Alerte du Centre d'Information sur l'Eau-


Les masques usagés à l'isolement pendant 24 heures

Dans certaines grandes surfaces commerciales, un employé doit être affecté au ramassage des masques et des gants jetés sur les parkings. Pour le grand public, ces masques, gants et lingettes sont à jeter impérativement dans la poubelle ménagère.

Certaines communautés de communes comme Le Havre Seine Métropole demandent même à leurs administrés un double emballage de ces déchets pour protéger au maximum les personnels de collecte et de tri. "Ce sont des préconisations nationales", souligne le Syndication pour la Valorisation et l'Elimination des Déchets de l'Agglomération Caennaise (Syvedac).

Le ministère de l'écologie recommande ainsi d'isoler les masques usagés (mais aussi les mouchoirs, lingettes usagés et gants) durant 24 heures dans un sac avant de les jeter à la poubelle des ordures ménagères. 
  Ces équipements de sécurité sanitaire ne doivent surtout pas être mis au tri sélectif. Les sacs noirs, une fois collectés, sont "déchargés dans une fosse et un grappin les récupère pour alimenter un four, dont l'énergie produira de l'électricité", nous informe le Syvedac.

Si la combustion de ces nouveaux "déchets" peut régler, à court terme, le risque de contamination sanitaire, cette solution ne constitue pas pour autant la panacée. Notamment d'un point de vue environnemental. Le 5 mai dernier, une trentaine de parlementaires, dont Damien Adam, député (LREM) de Seine-Maritime ont adressé un courrier au ministère de la Transition écologique et solidaire pour demander la mise en place d'une véritable filière de recyclage de ces équipements.
  La préoccupation de ces élus fait écho à celle des associations environnementales. Le GRAPE (Groupement Régional des Associations pour la Protection de l’Environnement) ou Manche Nature s’inquiètent très sérieusement pour la suite. Alors que nous commencions à prendre conscience de la nécessité de rompre avec le « tout plastique », la pandémie du Covid-19 vient tout mettre à terre … ou à l’eau.

Un masque chirurgical met 450 ans à se désagréger

Les masques chirurgicaux jetables sont fabriqués avec des « non tissés polypropylènes », des textiles issus du pétrole aux propriétés intéressantes pour la filtration grâce à l’électricité statique, mais qui comme les lingettes, les couches et autres serviettes mettront près de 450 ans pour disparaitre.
 
Composition des masques chirurgicaux.
Composition des masques chirurgicaux.

Jetés dans les toilettes ou dans la nature, ces ustensiles finiront sur nos plages ou alimenteront le 7ème continent. De plus, les élastiques des masques formant une boucle sont un piège pour de nombreux organismes vivants. 
 
© Consoglobe


Une solution en vue ?

La question du recyclage des masques est d'autant plus urgente que sa présence sur le territoire va bientôt se chiffrer en milliards. Le salut de notre planète pourrait venir du département de l'Isère. Un consortium, réunissant scientifiques et industriels, a vu le jour en mars dernier à l'initiative du CHU de Grenoble. Le CNRS et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) coordonnent le travail de 17 laboratoires répartis dans toute la France.
  Plus qu'un recyclage, c'est à une réutilisation des masques, notamment chirurgicaux, que travaillent les différentes disciplines et métiers (virologues, médecins hygiénistes, spécialistes des matériaux et des procédés de filtration) réunis dans ce consortium. "Il faut, dans un premier temps, vérifier que le procédé qu'on utilise pour décontaminer le masque est bien efficace", explique Laurence Le Coq, directrice de recherche à l’IMT Atlantique à nos collègues de Franceinfo, "Et puis, dans un deuxième temps, on vérifie que le traitement de décontamination ne lui fait pas perdre ses performances de protection."

Si les essais sont toujours en cours, le consortium se montre plutôt optimiste et espère des solutions "dans un horizon relativement court". Ces solutions, au départ destinées au monde hospitalier, pourraient être transposées "assez facilement pour une utilisation plus grand public", affirme Laurence Le Coq. 


 
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