Cancer pédiatrique : un nombre anormal d'enfants malades à Pont-de-l'Arche, les parents s'inquiètent

Publié le Mis à jour le
Écrit par Mathilde Riou

Sur la commune de Pont-de-l’Arche et Igoville (Eure), 11 cas de cancers pédiatriques ont été enregistrés entre 2017 et 2019. Les parents se mobilisent pour trouver les causes de ces maladies.

C’est dans une ambiance conviviale que se sont déroulés les prélèvements de cheveux samedi 19 mars 2022 à Pont-de-l’Arche. Pourtant l'inquiétude est bien présente dans cette commune et à Igoville, voisine de 2 kilomètres.

Laetitia, commerçante très active dans la vie de la cité, avait mis à disposition son local pour effectuer les prélèvements. 

Le coiffeur avait prêté une paire de ciseaux, la boulangère offrait les viennoiseries et le propriétaire du bar voisin les boissons chaudes. Chacun veut aider comme il peut ces enfants atteints de cancers hématologiques. C’est Coralie Jarguel, la maman de Marcus, qui a prélevé les mèches de cheveux.

Un lymphome plutôt rare diagnostiqué

En 2019, on diagnostique à son fils un lymphome assez rare selon les médecins. Agé de 10 ans à l’époque, Marcus est traité au CHU de Rouen. Actuellement en rémission, il suit un traitement de consolidation qui va durer deux ans. Le garçon a déjà connu une récidive : « aujourd’hui, il va bien » dit sa maman soulagée. Mais pour elle le combat continue. Avec deux autres mamans, rencontrées à l'hôpital Charles Nicolle, et des habitants de Pont-de-l’Arche et Igoville, un collectif va voir le jour : « chacun est inquiet pour sa santé » nous précise-t-elle.

Au cours des prélèvements de samedi, ces mères courage ont reçu la visite de plusieurs habitants inquiets prêts à s’engager auprès d’elles pour déterminer les causes de ces cancers. Sur la commune de Pont-de-l’Arche, 11 cas de cancer pédiatriques ont été enregistrés entre 2017 et 2019. L’agence régionale de santé (ARS) a rendu ses conclusions en 2021. Tout comme en Bretagne dans le dossier des enfants nés sans bras, l’autorité n’apporte aucune réponse aux familles.

Des causes multifactorielles

« En off, ils reconnaissent que la situation est anormale mais ils n’ont pas la méthodologie pour croiser les facteurs » précise Coralie Jarguel. Des analyses de l’air ont été réalisées pendant trois semaines seulement déplorent les familles. Sans incriminer une entreprise en particulier, les mamans rappellent qu’elles vivent entourées d’usines. Parmi elle, Manoir industries qui avait reçu des amendes en 2017 car elle n’était pas aux normes.

C’est d’ailleurs le collectif des Sinistrés de Lubrizol qui a fait don de 10 kits de tests utilisés pour les prélèvements de cheveux des enfants. 

Les tests peuvent détecter jusqu’à 1 800 polluants organiques et 49 métaux différents. Ces analyses pourraient permettre de trouver une donnée qui puisse se recouper avec les autres. C’est le laboratoire toxSeek qui va gérer ces prélèvements. L’entreprise a mis au point un projet de santé environnementale qui se propose de déceler quels polluants organiques (pesticides, bisphénols…) et quels métaux (mercure, aluminium…) sont ceux auxquels les sujets testés ont été les plus exposés.

Ces recherches ont un coût et pour faire un envoi groupé, l’association des sinistrés de Lubrizol doit procéder à des prélèvements le week-end prochain. Ces derniers seront envoyés en même temps que les cheveux des enfants pour des résultats espérés à la fin du printemps. L’association voudrait trouver un soutien financier chez les communes concernées par le cluster (chaque kit coute 320 €).  

Des antennes relais à côté des écoles

Parmi les pistes envisagées pour expliquer ces cancers, la présence de deux antennes relais à proximité des lieux de vie des enfants : "nous avons mis en garde le maire sur la présence de deux antennes relais juste à côté des écoles. On sait que l’exposition aux champs électromagnétiques a des conséquences sur la santé. Une va être démontée car son contrat arrive à échéance mais il reste une antenne Free qui doit rester jusqu’à 2028." s’inquiète Coralie Jarguel.

"La première antenne relais a été installée en 1995, à côté du collège, et une habitante nous a dit que l’historique des cancers remonte à 30 ans ». Le maire a pris note de la demande des habitants. Il souhaite également que le registre des cancers pédiatriques soit mis à jour. Le document enregistre un retard de 18 mois. Il voudrait également que l’ARS réalise une cartographie des cancers pédiatriques.

C’est pour faire la lumière sur toutes les causes qui pourraient être à l’origine de ces cancers que les habitants de Pont-de-l’Arche et Igoville veulent se battre. Malheureusement le triste recensement des cancers pédiatriques continue : en début d’année 2022, une fillette de 8 ans a été diagnostiquée d’un cancer hématologique.