La Brittany Ferries dans une situation critique : "on en appelle à la solidarité nationale"

La compagnie a emprunté beaucoup d'argent pour survivre au Brexit et au Coronavirus qui ont mis son activité à l'arrêt. Sans une aide de l'Etat, l'entreprise pourra-t-elle supporter "le boulet de la dette Covid" ?
Le Galicia est le dernier né des Ferries de la compagnie française. Il était en escale à Cherbourg le 28 juin. Ce navire effectue les rotation entre Portsmouth et Santander.
Le Galicia est le dernier né des Ferries de la compagnie française. Il était en escale à Cherbourg le 28 juin. Ce navire effectue les rotation entre Portsmouth et Santander. © France Télévision

Le Galicia est une vitrine. Ce nouveau bateau, qui effectuait une escale à Cherbourg le 28 juin, est le premier d'une série de trois ferries que la compagnie avait commandés bien avant la crise. Le Galicia peut transporter un millier de passager dans un confort sans égal, il est propulsé au gaz, un carburant bien moins polluant que le fioul. Quant aux 85 marins, ils sont français. Ce dernier détail a son importance à l'heure où la compagnie lance un appel à l'aide.

Le Galicia dans le port de Cherbourg le 28 juin
Le Galicia dans le port de Cherbourg le 28 juin © France Télévisions

Quand l'armateur a entrepris de moderniser sa flotte, l'activité était florissante. Le Brexit et le Coronavirus ont brutalement changé la donne. En 2020, la Brittany Ferries a transporté 600 000 passagers contre deux millions l'année précédente. L'année 2021 devrait être encore plus mauvaise. Le directeur général parle de "deux saisons pourries" qui ont mis l'entreprise à genoux. Cristophe Mathieu admet que la situation est aujourd'hui "économiquement difficile".

Le boulet de la dette Covid

Pour faire face à l'effondrement de son activité, la Brittany Ferries a souscrit un PGE (Prêt Garanti par l'État). Elle a aussi emprunté aux collectivités locales. Il lui faut encore trouver de l'argent pour tenir jusqu'en 2022, quand l'activité aura repris un rythme normal. L'ardoise va se monter à 200 millions d'euros. "C'est une dette qui ne produit rien, c'était juste pour ne pas mourir, souligne Christophe Mathieu. L'entreprise n'est pas structurée pour encaisser un endettement comme celui-ci".

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Le directeur ne le cache pas : l'entreprise a besoin d'être soutenue d'une manière différente. "On nous prête de l'argent. On nous a aidés et nous en sommes reconnaissants. Si on doit rembourser cette dette, on va avoir un vrai problème économique parce que nous avons aussi besoin d'investir dans des nouveaux bateaux plus propres : c'est stratégique", insiste Christophe Matieu.

Ce n'est pas une urgence de trésorerie pour la semaine prochaine, mais on a besoin de pouvoir se projeter, d'avoir de la visibilité, de rassurer les banques. C'est un problème vu et su de tout le monde. C'est la pérennité de l'entreprise qui est en jeu. On en appelle à la solidarité nationale".

Christophe Mathieu, directeur de Brittany Ferries

À Cherbourg, la Britany Ferries a trouvé un relais. La députée Sonia Krimi (LREM) plaide pour que l'État convertisse tout ou partie de ses prêts en subventions. "J'ai envie de soutenir une entreprise qui respecte le modèle social français, qui fait le choix de recruter des marins chez nous." Avec d'autres parlementaires de la majorité, l'élue cherbourgeoise compte saisir Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie.

Le Maître d'équipage du Galicia écoute, sans être pleinement rassuré, lui qui venait de dire sa "grande joie de naviguer sur un bateau comme ça". Les 2400 salariés de la Brittany Ferries ont été ébranlés par la crise. Des bateaux sont encore à quai. Une partie du personnel est toujours en chômage partiel et les finances de l'entreprise interrogent. "On ne peut pas faire des prêts pour payer les prêts. Il arrivera un moment où ce ne sera plus possible. Il faut vraiment qu'on nous aide", plaide Jérôme Loison. Sa famille travaille pour l'entreprise depuis trois générations et "ce serait dommage que ça s'arrête".

 

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