Affaire Karachi : des rescapés et familles des victimes reçus par des juges à Paris

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Écrit par Lucie Caillieret avec AFP

Bientôt 20 ans après l'attentat de Karachi, ayant causé la mort de 11 employés de la DCN de Cherbourg, des rescapés et familles de victimes ont été reçus au tribunal judiciaire de Paris, ce vendredi 22 avril. Objectif : les informer des avancées de cette enquête, notamment le volet sécurité.

Le 8 mai 2002, une voiture piégée explose contre un bus à Karachi, au Pakistan. L'attentat fait 14 morts dont 11 Français ainsi que 12 blessés. Tous employés de la Direction des constructions navales (DCN) de Cherbourg, ils se rendaient à la base où devait être assemblé l'un des trois sous-marins vendus par la France au Pakistan.

En 2012, des victimes avaient déposé plainte pour de possibles négligences quant à la sécurité du personnel. Bientôt 20 ans après l'attentat, les volets "terrorisme" et "sécurité" de cette affaire ne sont toujours pas refermés. 

Ce vendredi 22 avril, les juges d'instruction antiterroristes ont organisé cette rencontre afin d'informer une quarantaine de parties civiles de l'évolution du dossier. Rescapés et familles de victimes n'avaient pas été réunis depuis sept ans.

Un nouvel élan ?

"On attend dans les semaines à venir peut-être des changements dans le dossier", a confié Gilles Sanson, rescapé de l'attentat qui a participé à ce temps d'échanges d'environ deux heures, avant d'ajouter : "On n'en sort pas avec le sentiment d'en voir le bout prochainement, malheureusement." 

"On n'en voit pas le bout sur le volet terroriste mais ça ce n'est pas anormal, c'est un attentat qui a été perpétré si loin, dans un pays si opaque", a réagi Maître Marie Dosé, avocate des victimes de l'attentat. "Sur le volet sécurité par contre, on en voit le bout, on va finir par en voir le bout, en tout cas on l'espère."

On a eu le sentiment d'un dossier en sommeil et peut-être qu'aujourd'hui, les magistrats ont voulu acter un nouvel élan donné au dossier.

Me Marie Dosé

Avocate des victimes

Sandrine Leclerc, fille d'un défunt de l'attentat de Karachi et représentante de six familles de victimes, se dit quant à elle "rassurée" après cette réunion même si elle déplore un obstacle : "On est à quelques jours malheureusement du vingtième anniversaire de ce tragique attentat et on a encore des documents qui nous empêchent d'obtenir la vérité et la justice par la suite.

Nous nous adressons au futur président de la République afin qu'il puisse prendre l'engagement de mettre en œuvre tout ce qui peut être déclassifié (…) mais les juges en ont besoin pour avancer dans cette manifestation de la vérité.

Me Olivier Morice

Avocat de six familles de victimes

Selon cet avocat, le lien entre l'attentat de Karachi et le volet financier est "toujours plausible" pour les juges. 

De nouveaux éléments 

Plusieurs témoignages recueillis ces derniers mois, selon le journal Le Monde, relatent des signaux qui auraient pu alerter sur la sécurité.

Par exemple, quelques jours avant l'attentat, certains pays occidentaux rapatrient leurs personnels du Pakistan. En février 2002, un engin est découvert sous la voiture d'un diplomate français. Le même mois, un employé d'un sous-traitant s'est fait voler une sacoche contenant la liste des personnels français présents à Karachi. Mais le plan de sécurité pour les personnels est maintenu au plus faible niveau (un sur les quatre possibles) et le trajet du bus n'est pas changé. 

Selon l'AFP, qui évoque des sources proches du dossier, des mises en examen de personnes physiques pourraient intervenir in fine.

Le volet financier déjà jugé

Dans cette affaire existe aussi un volet financier. Après la piste d'un attentat terroriste, une autre hypothèse s'est dégagée : celle de représailles contre la France qui, lors de l'arrivée de Jacques Chirac au pouvoir en 1995, a cessé de payer des commissions promises sur les contrats d'armements.  

Une autre question a émergé : y a-t-il eu des rétrocommissions pour financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, alors Premier ministre ? 

En 2020, six personnes (ancien conseiller politique, haut fonctionnaire et homme d'affaires) ont été condamnées à de la prison ferme par le tribunal correctionnel, pour avoir participé à un système de commissions occultes. Un procès en appel doit avoir lieu en 2023. 

L'an dernier, la Cour de justice de la République a relaxé Edouard Balladur, ancien Premier ministre. François Léotard, ex-ministre de la Défense, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende, pour complicité et recel d’abus de biens sociaux.