Nucléaire : comment l’EPR de Flamanville est devenu un gouffre financier à près de 20 milliards d'euros

Le coût prévisionnel du dernier réacteur nucléaire de Flamanville (Manche) s'élève à 19,1 milliards d'euros selon la Cour des comptes. C'est cinq fois plus que la somme prévue et annoncée par le groupe EDF à sa création officielle, en 2007. On vous montre l'évolution en graphiques.

Le chantier du troisième réacteur de la centrale nucléaire de Flamanville (Manche) en Normandie devrait s'achever à la fin de l'année 2024 mais du côté des comptes, la facture ne cesse de s'alourdir.

Depuis la création du projet en 2007, le coût prévisionnel de construction de l'EPR (réacteur pressurisé européen) a été réévalué à la hausse à huit reprises et a été multiplié par quatre soit 3,3 milliards d'euros au lancement à 13,2 milliards en décembre 2022, selon les derniers chiffres du groupe EDF.

Douze ans de retard

D'après une estimation réalisée par la Cour des comptes en août 2020, ces coûts s'élèveraient plutôt à 19,1 milliards d'euros, pour une hausse totale de 5,8% par rapport au prix initial. Ils englobent notamment les frais financiers intercalaires, les dépenses liées à la pré-exploitation, à l’aménagement et au stock de pièces détachées. 

La livraison de Flamanville 3, initialement annoncée en 2012, a été repoussée de douze ans, notamment en raison du traitement thermique de détensionnement de certaines soudures. Ce nouvel EPR viendra compléter le parc de la centrale nucléaire de Flamanville - qui compte déjà deux réacteurs en activité d'une puissance de 1300 MW  d'ici à la fin de l'année 2024.

Le groupe EDF indique par ailleurs que le premier chargement de combustible est prévu au mois de mars. "Les activités de démarrage se poursuivront avec la fermeture de la cuve du réacteur, la mise en service des différents systèmes, des essais complémentaires "cœur chargé", la montée en pression et en température du circuit primaire, et enfin la première réaction nucléaire", ajoute-t-il.

Le coût des futurs EPR en hausse

En Normandie, l'énergéticien a également lancé la construction deux réacteurs de type EPR2 à Penly, en Seine-Maritime. Les demandes d'autorisations de construction ont été déposées en juin 2023, comme l'avait annoncé Xavier Ursat, directeur exécutif d'EDF, sur son compte X (ex-Twitter).

La paire de réacteurs, chiffrés à 16,9 milliards d'euros sur la base d'audits, sera le premier exemplaire du programme de relance du nucléaire en France. Quatre autres réacteurs devraient être construits à Gravelines (Nord) et au Bugey (Ain) ; et ils ne font pas exception à la hausse des coûts de travaux.

Selon les informations du journal Les Echos en mars 2024, EDF évaluerait désormais à 67,4 milliards d'euros le coût de construction prévisionnel des six réacteurs commandés par les pouvoirs publics. Au total, c'est 30% de plus que l'estimation de 51,7 milliards d'euros annoncés par EDF en avril 2021.

En réponse, le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire qui assistera au prochain comité exécutif d'EDF, fin mars, a appelé le groupe à "tenir ses délais et ses coûts", dans un entretien accordé le 6 mars au Monde. 

En visite dans la Manche, le ministre de l'économie a par ailleurs annoncé la prolongation du recyclage de combustibles en France au-delà de 2040, et l'ouverture de deux nouvelles usines de fabrication et de retraitement.

Des annonces qui ne sont "pas une surprises" mais "n'en restent pas moins absurdes", a contesté Yves Marignac, le porte-parole de l'association NégaWatt, qui prône la sobriété énergétique. Pour le gouvernement en revanche, ces investissements sont la condition de "l'indépendance énergétique" de la France.