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Normandie et pénurie de médecins : pourquoi il n'y a toujours pas de généralistes près de chez vous ?

© AltoPress / Maxppp
© AltoPress / Maxppp

Aides au maintien, aides à l’installation, nouveaux centres de santé… D'année en année, les pouvoirs publics tentent de trouver un remède contre le manque de médecins à échelle locale, en vain. Les départs en retraite peinent encore à être remplacés. On a essayé de comprendre pourquoi.

Par Anaïs Lebranchu

Depuis le 4 juillet dernier, 46% des Normands vivent dans des territoires où les médecins généralistes peuvent bénéficier de contrats d'aide au maintien ou à l'installation. Ce zonage est le deuxième arrêté par l'Agence Régionale de Santé, l'ARS. Normalement, la proportion de ces zones, dont les aides sont financées par la convention médicale, est limitée à 23% par région.
L'ARS Normandie a doublé leur nombre grâce à un Fond d'Intervention Régional. Un "choix" selon Valérie Desquesne, directrice de la stratégie à l'ARS Normandie, dont le but est de répondre à l'important manque de médecins généralistes dans la région.
 
Zonage conventionnel régionalisé 2019 / © ARS Normandie / Dstrat (FC)
Zonage conventionnel régionalisé 2019 / © ARS Normandie / Dstrat (FC)
 

Peu d'étudiants en médecine ? Peu de médecins !

Il est facile d'établir un lien de cause à effet entre les territoires normands qui manquent cruellement de professionnels de santé et les jeunes médecins qui peinent à s'installer dans ces zones, souvent rurales. Pourtant, les raisons de leur démobilisation se justifient.... en commençant par les études.

Le cursus des étudiants en médecine pour obtenir leur diplôme d'état est périlleux. Par exemple, il faut passer un concours d'entrée en deuxième année d'étude. Or, le nombre de places est limité. C'est le fameux "numerus clausus" institué en 1971.  Il permet notamment de réduire les dépenses publiques et de pérenniser une image élitiste des professionnels de santé.

Or, ce quota limite à 20% le pourcentage d'étudiants en médecine qui peuvent poursuivre leur cursus universitaire en deuxième année. Selon l'Onisep, pour lutter contre la désertification médicale, il s'élèvera à 9314 places en France, contre 9000 habituellement, à la rentrée prochaine. Il devrait être supprimé en 2020... Reste à savoir quel dispositif sera mis en place.
 

Quitter la fac à 30 ans ...


Après avoir passé le concours d'entrée en deuxième année de médecine, il faut compter entre 9 ans, pour la médecine générale, et 12 ans d'études, pour les spécialisations, avant d'obtenir son diplôme d'état. 

Après plusieurs années d'étude difficiles, on a envie de s'installer dans un endroit sympa

Une étudiante qui s'apprête en entrer en troisième année à la Fac de Caen confie : "certains ont envie d'aller dans les grandes villes pour profiter".

Certes, à chacun son droit de choisir ce qu'il définit comme un "endroit sympa" comme l'explique la jeune femme "certains adoreraient s'installer dans des zones rurales et y faire leur vie". La plus part du temps, lorsque les jeunes médecins terminent leur cursus, ils approchent la trentaine. Certains vivent avec un ou une partenaire, en poste dans les environs, et ont parfois mêmes des enfants scolarisés. Difficile pour eux de quitter leur lieu d'études, par exemple à Caen ou à Rouen en Normandie.

... pour être médecin de campagne ?


Un autre facteur important vient biaiser les choix effectués par les jeunes médecins : le sentiment de valorisation lié à la spécialisation et au lieu d'exercice. "Un médecin généraliste dans la Creuse n'a pas la même reconnaissance qu'un neurochirurgien à Paris" constate-t-elle. Une reconnaissance accordée à ceux qui arrivent en tête des Epreuves classantes nationales, dites ECN, qui permettent aux étudiants en médecine de choisir, ou non, leur type de médecine.

Dans les choix les plus prestigieux : la neurochirurgie, l'ophtalmologie ou la cardiologie. En queue de peloton : la médecine générale. Pourtant, nombreux reconnaissent l'importance des médecins de cabinet et leurs nombreuses compétences... souvient liées à leur isolement. Des conditions de travail difficiles que les pouvoirs publics tentent d'améliorer à échelle locale.  

Un médecin de campagne est seul et travaille 72 heures par semaine (Etudiante en médecine)

En novembre 2017, nos équipes avaient réalisé un reportage pour l'émission "Enquêtes de régions" à propos de la désertification médicale dans l'Orne.

 


Difficile de trouver un remède


Le zonage régional réalisé par l'ARS n'a pas encore réellement fait ses preuves. A titre d'exemple, l'Orne ne compte qu'une dizaine de nouvelles arrivées depuis le premier démarquage réalisé début 2018. Parmi eux, aucun jeune médecin sortant de la faculté de Rouen ou de Caen.

Un constat établi par Jean-Michel Gal, président du Conseil régional de l'Ordre des médecins de l'Orne : "les aides de l'Agence Régionale de Santé ont bénéficié à des médecins européens qui se sont organisés pour venir s'installer" explique-t-il. Des venues qui se font attendre puisque le département ne compte que 58 médecins généralistes libéraux par tranche de 100 000 habitants. En 2016, le département est passé en dessous de la barre des 200 médecins.

La situation est catastrophique 

Jean-Michel Gal fait partie des 27% de généralistes âgés de plus de 65 ans toujours en activités dans l'Orne. Les zonages prioritaires et complémentaires délimitent les territoires sous-denses... et ceux qui font l'être. "C'est un travail d'anticipation" explique Valérie Desquesne, directrice de la stratégie à l'ARS Normandie, "Nous savons que les médecins de campagne vont finir par partir en retraite".

Les aides existent pour faciliter le remplacement des généralistes mais également pour les pousser à rester le plus longtemps possible. Le but étant "d'alléger leur charge de travail" explique-t-elle. A cet effet, d'autres dispositifs ont été soutenus par l'ARS Normandie comme la télémédecine ou des Pôle de Santé Libéral et Ambulatoire, les PSLA.

Lutter contre l'isolement des médecins


Les PSLA permettent aux médecins généralistes de se regrouper et de s'associer dans les zones sous dotées. Cela fonctionne sur la base du volontariat et suite à la construction d'un projet de santé.

Il faut créer une dynamique collective !

Valérie Desquesne s'enthousiasme : "Il faut motiver les médecins à exercer dans plusieurs domaines, avec d'autres personnes, sur un projet commun". Un dispositif qui fait l'unanimité : "Il y a le partage des charges, même pour le secrétariat" constate la jeune étudiante en médecine de Caen, "Tu n'es pas tout seul dans ton cabinet 10 heures par jour à enchaîner les patients... c'est top !", et de rajouter, "ça permet de diversifier un peu les offres de soins tout en les regroupant au même endroit".

Certaines communes ont décidé d'opter pour le salariat de ses généralistes. Plus généralement, à échelle locale et régionale, tout est mis en œuvre pour tenter de répondre aux inégalités démographiques médicales. Une prise de responsabilité que l'état devrait peut-être prendre en exemple. 

 

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