Les nouveaux trains Omnéo de la Région ont un défaut, des voyageurs bloqués 5 heures entre Paris et Caen

Ces nouvelles rames Omnéo-Bombardier, c'est le plan Marshall du train Normand lancé par le Président de la Région, Hervé Morin. Un défaut semble apparaître, à l'usage, sur l'alimentation électrique de l'Omnéo et des voyageurs sont restés bloqués 5 heures entre Paris et Caen. Faut-il s'inquiéter?

Ce 13 janvier, vers minuit, les passagers de l'Omnéo parti de St Lazare à 16H59 ont pu -enfin- être transbordés dans un autre train, avant de se voir distribuer bouteilles d'eau et repas en gare de Lisieux et d'arriver à destination avec plus de 5 heures de retard.
Ce 13 janvier, vers minuit, les passagers de l'Omnéo parti de St Lazare à 16H59 ont pu -enfin- être transbordés dans un autre train, avant de se voir distribuer bouteilles d'eau et repas en gare de Lisieux et d'arriver à destination avec plus de 5 heures de retard. © Thomas Tavitian/ France Télévisions

"C'est une nouvelle fois, hélas, trois fois hélas...", réagit Pierre Dumont, le président de l'association des Usagers du Paris-Caen-Cherbourg.

Il a suivi en direct, la nuit dernière, le naufrage des voyageurs partis de la gare Saint-Lazare à 16h59 ce 12 janvier 2021 et arrivés à 0h45, le 13 janvier, en gare de Caen. Dans la Manche, il est arrivé bien plus tard puisque des autocars ont été affectés en gare de Lison (14)  pour les derniers passagers. 

De nouveaux échanges tendus ont eu lieu avec la direction régionale de la SNCF. Et les rapports risquent de se compliquer encore dans les semaines à venir. 

Un défaut sur ces trains Bombardier ? 

Les trains Omnéo, neufs et flamboyants, fabriqués en France par le constructeur Bombardier, arrivent déjà (la faute au confinement du printemps dernier) au compte-goutte et avec retard sur les lignes normandes. Mais il y a plus inquiétant encore : ces rames présenteraient un défaut sur les pantographes, l'élément qui permet l'alimentation électrique du train. 

On a déjà été alertés par les cheminots inquiets après la même panne de pantographe qui s'est produite il y a peu de temps, entre Paris et Le Havre , le 1er Octobre 2020. L'incident d'hier vient le confirmer. Il y a visiblement un défaut sur les Omnéo et leur alimentation électrique. Je vais écrire tout de suite au Président de Région, Hervé Morin, pour qu'il demande des comptes à Bombardier et une solution pour ces pantographes défaillants.

( Usagers du Paris Caen Cherbourg)

"Plusieurs alertes de cheminots nous alertent. Les avaries de pantographes sur ces rames seraient un problème connu", rapporte ci-dessous le courrier adressé à Hervé Morin et à la SNCF. 

Hervé Morin risque d'apprécier l'alerte alors qu'il a misé sur un plan Marshall pour le ferroviaire normand à son arrivée à la tête de la Région, en 2015. Il est candidat à sa succession dans les prochains mois, et ne peut pas se permettre cette "mauvaise plaisanterie" auprès des Normands excédés par les retards, les manques de trains et les naufrages de ce type, entre Paris et la Normandie. 

L'Omnéo était le train haut de gamme et confortable promis aux voyageurs pour sortir "du Moyen- âge ferroviaire" (expression d'Hervé Morin) et beaucoup apprécient son confort moderne.

Arrivés à 0h45 au lieu de 19h, sans boire ni manger

Les techniciens à bord, et le seul contrôleur du train, ont tout essayé. Un deuxième train a échoué à recharger celui-en-panne. Ils ont du se résoudre à transborder les 150 passagers dans la nuit noire, avec tout le lourd protocole de sécurité qui va avec.
Les techniciens à bord, et le seul contrôleur du train, ont tout essayé. Un deuxième train a échoué à recharger celui-en-panne. Ils ont du se résoudre à transborder les 150 passagers dans la nuit noire, avec tout le lourd protocole de sécurité qui va avec. © Thomas Tavitian/ France Télévisions

" Nous étions partis avant 17 heures de Saint-Lazare avec déjà quelques minutes de retard. J'aurais dû me douter que c'était mauvais signe", raconte Thomas Tavitian qui s'est retrouvé embarqué dans la mésaventure ce 12 janvier 2021, entre Paris et Caen.

"Plus d'une heure après le départ, il y a eu un premier petit problème électrique annoncé mais, après une pause, le train est reparti. Puis vingt minutes plus tard, tout s'est arrêté. On a compris très vite que c'était la grosse panne, cette fois. Nous étions en pleine campagne entre Bernay et Lisieux."

Les 150 voyageurs ont été transbordés vers un autre train puis emmenés en gare de Lisieux où des boîtes-repas ont été distribuées. Avant ils étaient au milieu des voies en pleine campagne et isolés de tout
Les 150 voyageurs ont été transbordés vers un autre train puis emmenés en gare de Lisieux où des boîtes-repas ont été distribuées. Avant ils étaient au milieu des voies en pleine campagne et isolés de tout © Thomas Tavitian/ France Télévisions

On pourrait alors imaginer que certains "s'échappent" des rames pour fuir cette galère. Mais le protocole est très strict et toutes les portes se ferment.

Notre train était bloqué au milieu de plusieurs voies. Des trains sont passés à côté de nous à 200 km/h, en nous frôlant. C'est très impressionnant. On apercevait la route à moins de 10 mètres de nos fenêtres. Certains demandaient à sortir pour aller à Lisieux à pieds. Le contrôleur était tout seul. Avec des gens qui voulaient aussi fumer. D'autres qui enlevaient leurs masques. Dans certains wagons, c'était très tendu.

Thomas, voyageur dans l'Omnéo

Les techniciens à bord ont tout essayé, et selon les témoins, ils semblaient bien en peine. Des voix s'échappaient pour regretter qu'on ne connaisse pas bien ces nouveaux trains. Une première tentative a voulu qu'un deuxième train se rapproche d'eux pour alimenter l'Omnéo en électricité. Mais, la connexion a échoué. Par manque d'expérience ? Les voyageurs n'ont jamais eu franchement la réponse, l'UDUPC non plus.

Passé 22 heures, la décision a été prise de faire descendre les voyageurs pour qu'ils rejoignent un autre train. Le cordon de sécurité est alors mené avec des pompiers de l'Eure et du Calvados et des agents SNCF. " Mais il faut 50 minutes environ pour changer de train avec 150 passagers." Un calvaire pour Thomas et ses compagnons de route.

"Dans ma rame, un étudiant se lamentait d'avoir voulu rejoindre Caen ce soir-là entre deux partiels à Paris. Arriver à 19 heures, c'était jouable pour lui mais minuit passé, c'est une autre histoire. Et puis des gens avaient des bus verts à la sortie du train de prévu pour rejoindre leurs communes sur la côte de Nacre. Mais à cette heure, il n'y a plus rien. La galère était loin d'être finie pour tous ces gens là, à leur arrviée en gare."

Le président- directeur général de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, avait promis, en octobre, de revenir fin janvier en Normandie, faire le point avec la Région, le Président Morin et les abonnés. "On l'attend impatiemment, on a vraiment des choses à lui dire", assure l'Udupc. 

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